J'accuse: le coeur au poing

Catherine Trudeau livre dans J'accuse un monologue particulièrement... (Le Soleil, Pascal Ratthe)

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Catherine Trudeau livre dans J'accuse un monologue particulièrement abrasif.

Le Soleil, Pascal Ratthe

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CRITIQUE / Drôle, cinglante, vibrante, crue, touchante... Portée par la plume bien affûtée d'Annick Lefebvre et une costaude brochette d'actrices, la pièce J'accuse lance l'année 2017 à La Bordée entre le coup de coeur et le coup de poing.

Créée en 2015 au Théâtre d'aujourd'hui, la suite de monologues de J'accuse n'a certes pas peur des mots. Cinq comédiennes - des visages connus du petit écran - s'y succèdent dans un environnement scénique brut, entre des murs aux joints visibles qui n'ont pas reçu leur couche de finition. Si la forme nous donne une indication sur le propos, c'est qu'on n'aura pas droit ici au côté lisse et verni des choses. Bien au contraire.

À bien des égards, les filles de J'accuse en ont ras le bol. Elles l'expriment haut et fort dans des prises de parole à la fois revendicatrices et intimes. Sans le savoir, elles se répondent l'une à l'autre. Et elles se jugent souvent l'une l'autre, aussi.

Il y a celle qui encaisse (Catherine Paquin-Béchard), vendeuse de bas dans une boutique du centre-ville qui se sent rabaissée par ses clientes, qu'elle condamne à son tour. Il y a celle qui agresse (Catherine Trudeau), entrepreneure de la classe moyenne dont les idées de droite et la xénophobie sont attisées par la pression qu'elle ressent et qu'elle s'impose. Il y a celle qui intègre (Alice Pascual), immigrante souhaitant plus que tout être acceptée et prônant une fierté québécoise à des lieux des discours grandiloquents entendus à la Saint-Jean-Baptiste. Celle qui adule (Debbie Lynch-White) défend avec véhémence le culte qu'elle voue à la chanteuse Isabelle Boulay. Et il y a finalement celle qui aime (Léane Labrèche-Dor), qui promet justement de préserver ce droit d'aimer... Même si elle le fait mal. 

Par ce texte sportif et bien ficelé, aussi sensible que frondeur, Annick Lefebvre ébauche des personnages d'une grande vérité (les ancrages dans le réel sont d'ailleurs nombreux), avec leur lot d'imperfections et de contradictions. La mise en scène sobre signée Sylvain Bélanger mise souvent l'immobilisme des actrices, qui n'ont que leur visage et leurs mots pour atteindre la cible. Solides, elles la touchent la plupart du temps. 

On grince un peu des dents devant une Catherine Trudeau particulièrement abrasive, on croule de rire devant une Debbie Lynch-White à la fois ridicule dans la passion irrationnelle qu'elle nourrit pour Isabelle Boulay, mais tout de même attendrissante par le bonheur assumé qu'elle y trouve. C'est toutefois au final Léane Labrèche-Dor, qu'on a davantage vue en comédie, qui nous fait quitter le théâtre la gorge nouée, après un monologue d'une intense vulnérabilité. 

J'accuse est présenté à La Bordée jusqu'au 4 février.

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