Fire Lake, Ville minière, 1986: renaître à petit feu

En plaçant au centre de son histoire un... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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En plaçant au centre de son histoire un couple d'adolescents (Vincent Nolin-Bouchard et Marie-Pier Lagacé), Fire Lake, ville minière, 1986 nous amène immédiatement dans un sentiment d'urgence, mais aussi dans une belle fraîcheur.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) CRITIQUE / Que reste-t-il quand tout fout le camp? Les pessimistes répondront : «pas grand-chose». Avec Fire Lake, ville minière, 1986, l'auteur Maxime Allen choisit le camp inverse. Dans une habile mise en scène de Lorraine Côté, la pièce installée au Périscope brode une fresque percutante de déracinement, d'abandon et d'une spectaculaire résilience.

Inspirée par l'histoire de la municipalité éphémère de Gagnon, constituée sur la Côte-Nord en 1960 après la découverte d'un gisement de fer et démolie 25 ans plus tard quand la mine a cessé ses activités, Fire Lake, ville minière, 1986 nous amène dans «la fin d'un monde». Celui de gens qui ont cru faire leur vie dans un certain lieu et d'une certaine manière avant de se faire tirer le tapis sous les pieds. Acculés au pied du mur, ils doivent choisir entre se réinventer ou abdiquer. 

Dans cette petite bourgade recluse liée par un employeur commun, les voix de trois femmes se mêlent et les histoires s'entrecoupent dès le départ. Déjà endeuillées par un accident minier qui a emporté pères et maris, elles mettent la table pour ce récit habité de personnages meurtris - «pas indemne», dira l'une d'elles en quête de mots pour décrire son sentiment -, à qui on a annoncé la mort prochaine de leur mode de vie... Ou du moins de la vie telle qu'elles la connaissaient jusque-là. Un destin collectif fait de déracinement et d'abandon, mais qui ne se concrétise pas tant sur scène dans l'apitoiement et le cynisme. La plupart du temps, on a plutôt affaire à une forme vibrante de résilience et de solidarité. 

En plaçant au centre de son histoire un couple d'adolescents, la pièce nous amène immédiatement dans un sentiment d'urgence, mais aussi dans une belle fraîcheur. Marie-Pier Lagacé et Vincent Nolin-Bouchard incarnent cette ferveur, attendrissante dans ses maladresses et ses premières amours, percutante dans son trouble et ses doutes... et drôle dans son insolence et son sens de la répartie. 

Dans une esthétique ancrée dans les années 80 (les espadrilles à velcro, la salopette délavée, la veste à franges et le look tie-dye sont joyeusement à l'honneur ici), la justesse du jeu des acteurs se démarque. Ils naviguent aisément dans ce texte plein d'humanité construit sur des contrastes, qui réussit en quelques instants à nous chambouler le coeur et à nous faire éclater de rire... À ce chapitre, le personnage de mère campé par Véronika Makdissi-Warren et la mamie d'adoption incarnée par Paule Savard sont particulièrement convaincants. 

En filigrane, des images de l'explosion de la navette Challenger traversent la pièce. Une tragédie brusque survenue devant les yeux du monde, mise en comparaison avec la lente agonie d'une communauté condamnée à mourir, semble-t-il, dans l'indifférence générale. L'effet est pour le moins frappant. 

Fire Lake, ville minière, 1986 est présentée au Périscope jusqu'au 3 décembre.

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