Beau Willimon: la réalité dépasse la fiction

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(Québec) À quelques heures de la première québécoise de sa pièce Les marches du pouvoir, l'auteur américain Beau Willimon - bien connu pour son adaptation de la série à succès House of Cards sur Netflix - n'a pas tardé à mordre dans le vif du sujet : «Au nom de mon pays, je veux m'excuser pour l'existence de Donald Trump», a-t-il lancé devant les journalistes réunis au théâtre La Bordée.

Démocrate convaincu, Willimon avait, avant d'offrir ce crochet au candidat présidentiel républicain, fait son mea culpa en avouant sa piètre connaissance du français. «Je peux faire quelque chose pour régler le premier problème en suivant des cours, a-t-il ajouté. Mais la solution au deuxième problème dépend du choix, en espérant que ce sera le bon, que feront mes 150 millions de compatriotes mardi prochain.»

Les marches du pouvoir, une adaptation de David Laurin de la pièce Farragut North de Willimon, a pris l'affiche de La Bordée jusqu'au 26 novembre. À la suggestion du comédien Charles-Étienne Beaulne, qui tient aussi le rôle principal, le théâtre de la rue Saint-Joseph a ainsi souhaité souligner la tenue de la présidentielle américaine, alors que nos voisins du sud sont appelés aux urnes le 8 novembre. 

Écrite en 2004 et montée pour la première fois à New York quatre ans plus tard, la pièce nous amène dans les coulisses d'une course à l'investiture démocrate, alors qu'un jeune relationniste ambitieux fera une erreur qui pourrait en un clin d'oeil mettre sa carrière - et la campagne de son candidat - en péril. «Une des choses que j'ai voulu décrire était l'aspect de séduction, cet attrait du pouvoir, mais placé entre les mains d'une jeune personne. À 25 ans, il porte une grande responsabilité sans avoir les années de sagesse nécessaires pour bien le gérer», décrit l'auteur, qui était de passage à Québec mercredi pour assister à la première médiatique. Willimon s'est entre autres inspiré de sa propre expérience politique, lui qui a notamment oeuvré dans l'équipe de campagne du gouverneur Howard Dean lors des primaires de 2004. 

Télé et cinéma

Il y a cinq ans, Farragut North a été portée à l'écran par George Clooney sous le titre The Ides of March. En plus de porter le chapeau du réalisateur, Clooney y partage l'écran avec Ryan Gosling, Paul Giamatti et le regretté Philip Seymour Hoffman. Un film nommé aux Oscars qui a ouvert la porte à Beau Willimon les portes d'un projet encore plus marquant dans sa carrière : l'adaptation de la série britannique House of Cards, qui a fait tout un tabac sur Netflix.

Ryan Gosling dans la version cinématographique des Marches... (Photothèque Le Soleil) - image 2.0

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Ryan Gosling dans la version cinématographique des Marches du pouvoir

Photothèque Le Soleil

«La pièce montée à New York et la version cinématographique m'ont certainement permis de travailler au cinéma et à la télé d'une manière qui ne m'avait jamais été accessible», reconnaît celui qui n'a pas pour autant tourné le dos aux planches. «Je ne peux pas imaginer que j'aurais pu vivre ma vie de cette manière sans le théâtre, assure-t-il. C'est ce qui m'a amené à l'écriture, c'est mon premier amour.»

À sa première visite à Québec, l'Américain de 39 ans s'est dit particulièrement heureux de découvrir la capitale en même temps que l'adaptation de son oeuvre dans la langue d'ici : il s'est d'ailleurs montré curieux devant l'éventail de sacres qui peuvent remplacer le choix plus restreint de gros mots utilisés dans sa version originale...

«C'est un grand cadeau de voir quelque chose que tu as écrit quand tu avais 26 ans continuer de vivre, qu'il y ait encore des gens qui sont aussi touchés et inspirés par une pièce que toi au moment où tu l'as créée», note l'auteur, reconnaissant du même souffle que le timing de cette nouvelle mouture tombe à point. «Ce qui est intéressant de voir cette pièce montée en 2016, pendant un cycle électoral qui va toucher le monde entier, c'est de pouvoir comparer comment les choses étaient en 2004 avec la politique d'aujourd'hui», estime Beau Willimon. 

«D'un côté, on voit dans cette pièce des événements qui menacent toute une campagne, mais qui semblent un peu pâles si on les compare à certains des événements extraordinaires et bizarres qui ont teinté le présent cycle électoral aux États-Unis, reprend-il. D'un autre côté, on voit que la soif de pouvoir, les choix éthiques qu'on peut faire et la dissolution de la moralité qui peut devenir plus tangible avec ce pouvoir. Cet aspect est plus présent que jamais. C'est l'aspect plus intemporel et universel de cette pièce.»

Dans sa description de magouilles fictives, Beau Willimon n'a jamais eu peur de pousser le bouchon. Mais il reconnaît qu'à bien des égards, la réalité a dépassé la fiction ces derniers temps dans l'arène politique américaine. «On voit certainement ça en ce moment, lance-t-il. Si j'avais écrit ne serait-ce qu'une partie de ce qui s'est passé dans les six derniers mois dans un scénario de House of Cards ou dans une pièce de théâtre, on m'aurait sorti de Hollywood en riant...»

Les marches du pouvoir... municipal

Beau Willimon a été reçu par le maire... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 4.0

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Beau Willimon a été reçu par le maire Régis Labeaume à l'hôtel de ville.

Le Soleil, Yan Doublet

La scène avait de quoi étonner : le scénariste américain Beau Willimon, spécialiste des entourloupettes politiques, reçu par le maire de Québec, Régis Labeaume, à l'hôtel de ville. 

Le maire ne s'est d'ailleurs pas fait prier pour témoigner de son admiration pour la célèbre série House of Cards. «J'étais en vacances en Nouvelle-Écosse et j'ai commencé à écouter House of Cards. On n'a pas décollé pendant trois jours!» a-t-il lancé. 

M. Willimon a quant à lui fait rigoler les journalistes en mentionnant qu'il n'avait pas tout à fait compris le déroulement de la courte réception pendant laquelle il devait signer le livre des visiteurs de la Ville de Québec, confondant signer (sign) et chanter (sing). «Je pensais que je devrais chanter», a-t-il lancé en poussant quelques notes. 

Plus sérieusement, le scénariste s'est dit flatté d'être reçu au cabinet du maire et a salué le «soutien de la Ville à la culture». Beau Willimon est venu à l'hôtel de ville accompagné de sa conjointe, de la metteure en scène de la pièce, Marie-Hélène Gendreau, du traducteur David Laurin et du directeur de La Bordée, Christian Robitaille. Valérie Gaudreau

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