Le dramaturge italien Dario Fo s'éteint à 90 ans

Dario Fo, en juin dernier.... (AFP, Filippo MONTEFORTE)

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Dario Fo, en juin dernier.

AFP, Filippo MONTEFORTE

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Associated Press
Rome

Le dramaturge italien Dario Fo, dont les critiques de la vie politique et sociale italienne et de la religion lui ont valu des éloges, du mépris et le prix Nobel de littérature, est mort jeudi, à l'âge de 90 ans.

Dario Fo est décédé jeudi matin dans un hôpital de Milan, après avoir souffert de complications respiratoires liées à une maladie pulmonaire évolutive, selon le chef du département de pneumologie, le docteur Delfino Luigi Legnani.

L'auteur de Mort accidentelle d'un anarchiste et de plus de 70 autres pièces de théâtre se considérait comme un bouffon, combinant l'humour grivois et la satire tranchante. Il était autant admiré que détesté.

Ses activités politiques ont fait en sorte qu'il a été interdit d'accès aux États-Unis et censuré à la télévision italienne, et ses manifestations artistiques flamboyantes se sont traduites par de nombreuses arrestations.

En 2009, avec son épouse, l'actrice Franca Rame,... (AP, Antonio Calanni) - image 2.0

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En 2009, avec son épouse, l'actrice Franca Rame, décédée en 2013

AP, Antonio Calanni

Avec son épouse, l'actrice Franca Rame, décédée en 2013 à l'âge de 84 ans, il a bâti sa carrière en se moquant de l'Italie de l'après-guerre, du terrorisme national des années 1970, des débats houleux sur l'avortement et le divorce, et des scandales de corruption politique du début des années 1990.

Les évêques italiens n'appréciaient guère ce qu'ils qualifiaient d'«interprétations libres» par Dario Fo de la foi catholique. Lorsqu'il a remporté le prix Nobel de littérature, en 1997, le journal du Vatican n'avait pas caché son étonnement.

«Donner le prix à un acteur qui est également l'auteur de textes discutables - laissant de côté toute considération morale - dépasse l'imagination», avait écrit à l'époque l'Osservatore Romano.

Même en offrant leurs condoléances, ce jeudi, les critiques du dramaturge ont clairement laissé savoir que son héritage laissait un goût amer dans la bouche de plusieurs.

«Je l'ai toujours considéré comme une personne violemment biaisée, une personne ayant violemment divisé le pays», a déclaré Renato Brunetta, un politicien de droite qui affirme que Dario Fo l'a personnellement insulté en raison de sa petite taille.

Le premier ministre italien Matteo Renzi a pour sa part affirmé qu'avec la mort de Dario Fo, l'Italie a perdu l'un des plus grands protagonistes de la culture et de la vie civile italiennes.

Dario Fo sur scène, en 1980... (AP, Bert Mattsson) - image 3.0

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Dario Fo sur scène, en 1980

AP, Bert Mattsson

Homme de théâtre et prix Nobel anticonformiste

Dario Fo était l'un des auteurs italiens les plus novateurs et un homme de théâtre anticonformiste que l'obtention du Prix Nobel de littérature en 1997 n'avait pas assagi.

Auteur de La mort accidentelle d'un anarchiste, La marijuana de maman est la meilleure, Couple libre ou Faut pas payer!, ce bateleur à la langue inventive appelait à la rébellion contre les puissants et les hypocrites.

Anticlérical, il est parti en guerre contre la morale imposée par le Vatican en Italie dans Le pape et la sorcière. En 2003, sa farce L'Anormal bicéphale contre Silvio Berlusconi, alors chef du gouvernement, s'est jouée à guichets fermés mais a été censurée à la télévision à la suite d'une plainte de l'entourage du leader politique.

Engagé politiquement à l'extrême-gauche, candidat à la mairie de Milan en 2001, Dario Fo a eu d'innombrables démêlés avec la justice de son pays et avec l'extrême-droite et a dû attendre 1977 pour que ses pièces passent à la télévision.

Mais il était l'auteur de théâtre italien le plus joué dans le monde après Goldoni.

Dario Fo (second à partir de la gauche)... (AP, Ola Torkelsson) - image 4.0

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Dario Fo (second à partir de la gauche) alors qu'il recevait le prix Nobel de littérature, en décembre 1997.

AP, Ola Torkelsson

Connu pour ses fous rires, son physique enveloppé, ses dents de lapin et son mode de vie simple, Dario Fo était devenu en 1997 le sixième Nobel de littérature italien, rejoignant un autre grand auteur de théâtre, Luigi Pirandello (1934).

Le jury de Stockholm l'avait distingué pour avoir «dans la tradition des bateleurs médiévaux, fustigé le pouvoir et restauré la dignité des humiliés».

Ce choix hors des sentiers battus avait alors suscité une polémique mais pour l'écrivain italien Stefano Benni, il était «juste, parce que la littérature ce n'est pas seulement écrire des livres mais aussi communiquer par la parole».

Langage absurde

Les pièces de Dario Fo se distinguent par un langage absurde où se mêlent dialectes locaux, expressions latines et citations littéraires, et marie allègrement le rire et la gravité.

Né le 24 mars 1926 en Lombardie dans un milieu ouvrier antifasciste, Dario Fo a grandi au contact du théâtre de rue et de la tradition orale, avant de se lancer dans le théâtre dès le début des années 1950 après des études d'architecture.

Il a d'abord écrit des monologues et des sketches empreints de critique sociale, puis des pièces laissant une large place à l'improvisation.

Inspirée par la tradition de la commedia dell'arte, mais aussi par les expériences plus récentes de Vladimir Maïakovski et Bertold Brecht, son oeuvre s'est attaquée à tous les sujets politiques et sociaux de l'époque: la guerre du Vietnam, l'assassinat du président américain John Kennedy, la question palestinienne, le sida, l'amour libre, l'avortement, la mafia, la corruption...

Il formait un couple mythique avec Franca Rame, enfant de la balle épousée en 1954 et décédée en 2013 à l'âge de 83 ans, qui fut de toutes ses aventures théâtrales prolongées aujourd'hui par leur fils, Jacopo Fo.

Avec elle, Dario Fo a lancé plusieurs compagnies dont le groupe la Commune dans les années 1970 qui a porté le théâtre dans les entreprises et les quartiers populaires.

Après Le mystère Bouffe (1969), pièce avec un seul personnage revisitant les textes anciens en «grammelot», langue dérivée de la commedia dell'arte, qui a connu un énorme succès, Dario Fo a été invité dans de nombreux pays d'Europe, d'Asie et d'Amérique.

Il y a présenté ses spectacles et mis en scène pièces de théâtre et opéras: Le Barbier de Séville de Rossini (Amsterdam, 1986) Le Médecin volant et Le Médecin malgré lui de Molière à la Comédie Française (Paris, 1990)...

Dario Fo a inspiré le courant du «théâtre de narration» représenté en Italie par Ascanio Celestini (Scemo di guerra) ou Davide Enia (Rembo).

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