L'orangeraie ou l'enfance sacrifiée

Gabriel Cloutier-Tremblay et Sébastien Tessier campent les jumeaux... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Gabriel Cloutier-Tremblay et Sébastien Tessier campent les jumeaux Amed et Aziz dans la fable de guerre L'orangeraie du roman de Larry Tremblay.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) CRITIQUE / Dépeindre plutôt froidement l'horreur, puis la faire ressentir. Voilà l'angle choisi par le metteur en scène Claude Poissant dans sa lecture de L'orangeraie de Larry Tremblay. Il faut attendre un bon moment avant que l'émotion ne se pointe dans cette pièce où l'enfance est sacrifiée sur l'autel de la haine. Mais quand elle arrive, ce n'est pas à moitié.

Fable sur la guerre et la perte de l'innocence, L'orangeraie touche un sujet sensible et bien d'actualité, alors que la presse internationale relaie quasi quotidiennement des nouvelles de conflits ethniques et d'attentats terroristes. 

Sans la situer précisément géographiquement (on se trouve quelque part au Moyen-Orient) ou politiquement, la pièce adaptée par Larry Tremblay à partir de son propre roman nous plonge au coeur d'un conflit ancestral où la haine est bien implantée. C'est elle «qui tient les os en place», dira l'un des personnages. C'est elle aussi qui tuera l'enfance - et bien davantage - de jumeaux de neuf ans, Amed et Aziz (Gabriel Cloutier-Tremblay et Sébastien Tessier), qui vivaient somme toute innocemment jusqu'à ce qu'une bombe tombe sur la maison de leurs grands-parents. Leur père (Daniel Parent) sera invité à venger cette perte en sacrifiant l'un de ses fils, à qui l'on donnera «l'honneur» d'aller se faire exploser dans le camp ennemi. C'est à lui de choisir lequel, mais les garçons trouveront leur mot à dire dans ce drame...

Pièce en deux temps

Comme dans le roman, la pièce se déroule en deux temps. D'abord dans l'enfance des jumeaux, où la mécanique de manipulation et d'embrigadement est décortiquée. Puis une dizaine d'années plus tard, alors que le frère survivant, maintenant étudiant en théâtre au Québec, se voit confier un rôle dans une pièce portant sur la guerre et qui le confrontera à ses démons. 

«Ce n'est pas suffisant de montrer ces choses cruelles», plaidera ce dernier au metteur en scène (Vincent-Guillaume Otis), en désaccord avec la prémisse de son texte. À certains égards, on pourrait dire la même chose de L'orangeraie elle-même, dans sa première partie, du moins. On assiste à un portrait guerrier esthétisé (soulignons ici l'élégance du travail des concepteurs), qui laisse toute la place aux mots de Tremblay, mais bien peu aux émotions des personnages. Il s'installe dès le départ une sorte de distance dans laquelle l'horreur du récit devient presque aseptisée. Les répliques fortes fusent, mais trop proprement pour réussir à vraiment toucher.  

L'émotion naît plutôt dans la deuxième partie de la pièce, portée avec brio par Gabriel Cloutier-Tremblay. Le jeune comédien joue avec justesse sur un tableau aux lignes floues, entre douleur et espoir, détermination et vulnérabilité. Sa costaude tirade finale a soufflé le public de la salle Octave-Crémazie à la première de jeudi. 

L'orangeraie est présentée au Grand Théâtre jusqu'au 21 mai.

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