Molly Bloom: ode à la féminité

Dense et ambitieux, le solo Molly Bloom porté... (Caroline Roberge)

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Dense et ambitieux, le solo Molly Bloom porté admirablement par Anne-Marie Cadieux n'en est pas moins lumineux.

Caroline Roberge

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(Québec) CRITIQUE / Portée sur scène par une Anne-Marie Cadieux qui fascine et subjugue, elle est bien nommée, cette Molly Bloom: l'épanouissement est partout dans la pièce présentée ces jours-ci à La Bordée. Le monologue de James Joyce mis en scène par Brigitte Haentjens ouvre une fenêtre sur un imaginaire féminin riche, sans censure et complètement assumé. Une sorte d'ode à la féminité créée en 1922 et toujours criante de vérité.

Extrait du roman Ulysse et adapté en français par Jean Marc Dalpé, Molly Bloom nous transporte dans la tête d'une femme libérée : elle vient de tromper son mari dans le lit conjugal et ne ressent pas une once de culpabilité. C'est plutôt la volupté qui l'enivre encore, alors qu'elle retarde le moment de s'endormir en laissant son esprit vagabonder. 

Le monologue-fleuve sans ponctuation, qui commence et se termine par un «oui», coule au rythme des pensées qui se bousculent, se chevauchent, s'entrecroisent. Du souvenir récent à une nostalgie plus ancienne, du fantasme cru à des observations d'une lucidité qui l'est tout autant, le propos change en un éclair, parfois au milieu d'une idée. 

Équilibrisme

Le ton aussi tourne comme une girouette, alors que Cadieux joue avec un grand naturel l'équilibriste entre une Molly sensuelle et une autre plus vulgaire, entre celle qui savoure la vie avec candeur et celle presque autoritaire qui ne se refuse rien, entre la rêveuse qui mord dans ses fantasmes et la terre-à-terre qui provoque les éclats de rire en déblatérant des vérités pas toujours élégantes. Dans ce texte touffu qui multiplie les détours, on imagine le travail colossal que la comédienne a dû abattre pour arriver à cette légèreté. 

L'ouverture insufflée à Molly est totale. Dans le texte de Joyce, d'abord, qui ne rougit devant aucun tabou : le personnage y parle sans gêne aucune de son corps, de ses relations sexuelles, de ses menstruations, de son accouchement, de son allaitement. La vision que transposent Haentjens et Cadieux sur scène dans un environnement impressionniste et tout en rondeurs ajoute à cette impression : la comédienne se donne au public jambes et bras ouverts, adopte une gestuelle parfois impudique, parfois paresseuse ou naïve, parfois décalée. On se trouve dans la tête du personnage... Et tout semble permis. 

Dense et ambitieux, le solo porté admirablement par Anne-Marie Cadieux n'en est pas moins lumineux. On ne trouve pas une miette de honte, de regrets ou de complexes dans cette Molly Bloom, qui crie plutôt haut et fort sa soif d'amour et de vie. Et c'est plutôt rafraîchissant. 

Vue mardi à La Bordée, où la pièce est encore présentée ce jeudi. 

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