Épicerie: une très fine ligne...

Presque en retard pour un important rendez-vous, Chris... (Cath Langlois Photographe)

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Presque en retard pour un important rendez-vous, Chris (David Bouchard) a une irrépressible envie de gomme à mâcher qui le fait entrer dans un supermarché bizarre, où rien ni personne n'est vraiment ce qu'il semble être, à commencer par la cassière jouée par Laurie-Ève Gagnon.

Cath Langlois Photographe

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(Québec) CRITIQUE / La ligne est souvent mince entre le banal et l'étrange, l'horreur et la comédie, le cynique et l'absurde. Il suffit parfois de bien peu de choses pour glisser d'un côté à l'autre.

En jouant habilement sur ce rempart bien relatif, la pièce Épicerie de Jean-Denis Beaudoin captive sans chercher l'unanimité. On y rigole autant qu'on y frissonne... Et pas nécessairement aux mêmes moments que son voisin.

Au fil d'un texte enlevant et très rythmé, Beaudoin (qui signe également la mise en scène) prend un malin plaisir à mettre les frontières à l'épreuve. Et il prouve avec justesse qu'un simple petit décalage peut faire basculer la perspective. Son arme la plus redoutable : deux tirades, servies au début et vers la fin de la pièce, presque en tous points semblables dans la construction et la livraison... Sauf pour le remplacement de quelques mots qui viennent ainsi changer radicalement le contexte. Nous nous trouvions au départ en terrain affreusement commun, nous voilà dans le ridiculement affreux. 

Il s'avère un peu difficile de résumer l'histoire d'Épicerie sans trop vendre la mèche... Ni nous perdre ici dans les dédales de ce récit pour le moins rocambolesque. Nous y suivons l'épopée surréaliste de Chris (David Bouchard), jeune chômeur presque en retard pour un important rendez-vous. À quelques minutes de l'échéance, une irrépressible envie de gomme à mâcher le fait entrer dans un supermarché bizarre, où rien ni personne n'est vraiment ce qu'il semble être. 

Des irritants banals de l'épicerie, Chris glissera dans un cauchemar poussant à l'extrême (voire à l'absurde) le cynisme et la marchandisation de l'être humain. En quête de sa place dans la société, sans cesse confronté à l'image qu'il projette, le jeune homme à court de repères se retrouvera devant un dilemme : vaut-il mieux se mesurer au système de valeurs louables d'une famille disparue ou embrasser celui d'un clan d'adoption, certes dégénéré, mais qui se montre prêt à l'accepter inconditionnellement? Comme la ligne entre le bien et le mal représente elle aussi un concept fort relatif, on se doute qu'il trouvera la réponse quelque part entre les deux. 

Le loser sympathique

Pilier de la pièce, David Bouchard joue le loser sympathique avec brio. Adoptant tantôt l'air amorphe d'un ado attardé, tantôt celui de l'homme à bout de nerfs, les yeux exorbités, il mitraille le texte de Beaudoin avec un naturel irrésistible.

Dans cet univers où l'on fait peu de cas des limites (on efface même à plusieurs moments celle entre la scène et la salle), on navigue entre le - presque! - gore et l'esprit de bottine. Incarné par Réjean Vallée, le gérant de l'épicerie représente parfaitement ce grand écart, lui qui passe en un éclair de l'humour de mononcle aux explosions de rage psychotique. 

Pendant deux heures, Épicerie se donne la mission de mener son public en bateau. On voit un peu venir la chute... Mais c'est au terme d'une série de rebondissements qui savent tenir en haleine. 

La pièce Épicerie est présentée à Premier Acte jusqu'au 5 mars.

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