Jean-Denis Beaudoin, les derniers retranchements

L'auteur et metteur en scène Jean-Denis Beaudoin... (Photothèque Le Soleil)

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L'auteur et metteur en scène Jean-Denis Beaudoin

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(Québec) La tiédeur au théâtre, bien peu pour Jean-Denis Beaudoin. Alors que sa deuxième pièce s'apprête à prendre vie sur la scène de Premier Acte, l'auteur et metteur en scène promet une chose à ceux qui se frotteront à son univers: «vous ne ferez plus jamais votre épicerie de la même façon».

«J'affine mon ton et mon point de vue d'auteur, par rapport à jusqu'où on peut aller dans le grinçant, dans le tordu, résume le jeune homme. Pour moi, le théâtre doit aller là. Il doit nous pousser dans nos derniers retranchements. Il faut que ça aille plus loin.»

Épicerie

À première vue, difficile de trouver moins effrayant qu'un supermarché. Le cofondateur de la compagnie La Bête Noire a néanmoins choisi ce lieu de passage obligé pour camper un thriller sur fond de quête identitaire, justement baptisé Épicerie. L'intention est claire: partir d'une situation banale et la faire sombrer dans le cauchemar. 

«On entre dans un univers complètement singulier, avance l'auteur. Ce qui m'intéressait, c'était de partir d'un lieu que tout le monde connaît mais où on ne veut jamais vraiment être, et de le transformer. On a des codes dans une épicerie. On sait qu'en entrant, c'est la section des fruits et légumes, par exemple. On est facilement déstabilisés quand ce n'est pas ça. Et mon épicerie, ce n'est pas ça. Tout est différent.»

Se décrivant comme «un peu claustrophobe» et ne niant pas une certaine «hypersensibilité», Jean-Denis Beaudoin dit s'être inspiré de l'une de ses angoisses pour jeter les bases d'Épicerie. «C'est parti d'un atelier d'écriture où je devais décrire une peur, raconte-t-il. Cette peur, c'était d'être pris dans un lieu. D'avoir les deux jambes complètement collées au plancher. De ne pas être capable de sortir d'un building en feu.»

L'auteur emprisonne donc son personnage principal, Chris, dans un magasin. Quelques minutes avant un rendez-vous, il y entre pour acheter de la gomme. À la caisse, la file est longue, si bien qu'il craint d'être en retard... Et puis tout bascule pour lui. 

«Chris vit vraiment une quête de sens, évoque Beaudoin. Il est perdu. Il saute d'une jobbine à l'autre. Il est un peu le reflet de ce que je suis, inévitablement. Bon, je me suis trouvé dans ce métier, mais ce n'est pas un métier conventionnel. Ce personnage se cherche dans une société et un système qui ne le reconnaissent pas. Un peu comme moi.»

Attentes

Comédien, auteur et maintenant metteur en scène, Jean-Denis Beaudoin n'a pas encore atteint le quart de siècle... Et il n'a pas perdu de temps. Sa sortie du Conservatoire, en 2013, a été suivie de près par la fondation de sa compagnie. Celle-ci s'est dès lors attaquée à la pièce Trick or Treat de Jean Marc Dalpé, présentée à Premier Acte en 2014. Quelques mois plus tard, les mêmes planches ont accueilli Mes enfants n'ont pas peur du noir, la première pièce portant sa griffe, et qui a reçu le prix du meilleur spectacle de la relève de Première Ovation. La deuxième, Épicerie, a été couronnée dans sa version courte au concours dramaturgique du Carrefour international de théâtre. 

Friand de cinéma (il cite David Lynch et Thomas Vinterberg parmi les réalisateurs qui l'inspirent), Jean-Denis Beaudoin se dit influencé par des auteurs «qui n'ont pas peur des mots» comme Jean Marc Dalpé ou Serge Boucher.

«Dalpé a une langue très rythmée, très sale. Les personnages n'ont souvent pas les mots pour bien s'exprimer. Ils cherchent beaucoup. Un "ouain" peut vouloir dire 150 000 affaires quand c'est bien écrit», observe le jeune auteur qui cultive à son tour le rythme dans ses textes. Et qui n'a pas non plus peur de bousculer un peu le spectateur.

«Ce n'est pas l'objectif, de brasser, nuance-t-il. C'est juste que souvent, l'écriture me mène là. Parce que je trouve ça intéressant, parce que ça résonne pour moi.»

Alors que sa dernière création prendra vie mardi, Jean-Denis Beaudoin ne l'accompagnera pas sur les planches puisqu'il ne figure pas à la distribution. «Ça va me faire bizarre, disons le jeudi soir, quand ma copine, qui est dans le show, va partir et que je vais rester à la maison!» lance-t-il. 

Jean-Denis Beaudoin sait qu'il est attendu avec Épicerie. Il ne nie pas ressentir une certaine pression. Mais il relativise les choses. «Ça se peut qu'on se casse la gueule, tranche-t-il. On n'est jamais assuré de rien. Mais il faut s'affranchir de ça, sinon c'est invivable. Si les gens n'aiment pas ça, c'est la vie. Ce n'est pas la fin du monde. On a essayé quelque chose, on l'a assumé à fond, on l'a fait. C'est ça qui est important. Et ça nous permet d'être un peu plus relax.»

***

À l'affiche

Quoi: Épicerie

Texte et mise en scène: Jean-Denis Beaudoin

Quand: du 16 février au 5 mars

Où: Premier Acte

Distribution: Mustapha Aramis, David Bouchard, Samuel Corbeil, Gabriel Fournier, Laurie-Ève Gagnon, Marc Auger Gosselin, Marc-Antoine Marceau, Maxime Perron et Réjean Vallée

Billets: 27 $

Info: 418 694-9656 ou www.premieracte.ca

et aussi: 

Huff, Théâtre Périscope, du 16 au 20 février

Villes, L'Anglicane, 20 février

Questions et réponses

Q Quel a été votre premier contact avec le théâtre?

R Ça s'est passé très jeune. Mon père faisait de la mise en scène dans une école dans Bellechasse. Il m'avait amené à une répétition et au show. Je me souviens que les jeunes me niaisaient un peu... Ça n'a pas été un coup de foudre immédiat! Mais je me souviens aussi d'avoir été assis dans la salle et de m'être dit que j'aimerais ça être sur scène moi aussi.

Q Quand vous jouez, quelle est votre dernière pensée avant d'entrer en scène?

R Rien. J'essaie d'avoir le moins de distractions possible dans ma tête. Je fais un peu de méditation dans la vie, juste pour m'aider à me centrer. Je fais juste respirer, je fais confiance au travail que j'ai accompli. J'essaie d'être le plus ouvert et présent possible. Si j'arrive à ne penser à rien, c'est la meilleure des affaires.

Q Quel rôle rêvez-vous de jouer?

R Hamlet. Ce sont des thèmes qui me touchent beaucoup. Il est incapable de comprendre que tout le monde soit si passif dans un monde qui va si mal. C'est un grand texte. Et un classique bien monté, ça demeure pertinent. Il y a une dimension plus grande dans les textes de Shakespeare qui résonne tellement encore aujourd'hui.

Q Quel sera votre prochain projet?

R On refait Le monde sera meilleur au Périscope en mars. Je suis dans le parcours Où tu vas quand tu dors en marchant...? pendant le Carrefour international de théâtre. Et je joue dans la pièce Nelson tout l'été au Théâtre Beaumont Saint-Michel avec une super gang d'acteurs: Nathalie Mallette, Marc Béland, Frédérique Dufort, Normand Bissonnette, Diane Langlois... Je suis vraiment content de faire partie de cette équipe.

Q Un mot qui représente l'expérience théâtrale à vos yeux?

R Éphémère. Ça n'existe que dans le moment présent. Après, ça reste juste dans nos têtes. Même la trace écrite, c'est un livre, ce n'est pas vivant. Le théâtre vit l'instant d'un moment et puis disparaît. On travaille si fort pour cultiver un moment.

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