Quills ou les limites floues de la liberté

L'action de Quills se déroule à l'asile de... (Le Soleil, Caroline Grégoire)

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L'action de Quills se déroule à l'asile de Charenton, où le marquis de Sade (Robert Lepage) est incarcéré et confié aux bons soins de l'abbé de Coulmier (Jean-Pierre Cloutier). Les parois recréant les murs de l'institution se font miroirs ou jouent de transparence.

Le Soleil, Caroline Grégoire

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(Québec) CRITIQUE / Qui peut prétendre connaître la limite que doit s'imposer un artiste? Celui-ci peut-il être tenu responsable de ce qu'il advient de son oeuvre quand le public s'en empare? La moralité doit-elle servir de baromètre à ce qu'on peut exprimer en art? Avec truculence, provocation et violence, la pièce Quills soulève ces questions... Ou plutôt laisse au sulfureux marquis de Sade le privilège de les plaider.

Éloquente dénonciation de la censure, cette coproduction du Trident et d'Ex Machina adapte pour la première fois en français le texte de l'Américain Doug Wright. Jean-Pierre Cloutier et Robert Lepage cosignent la mise en scène et campent les rôles centraux de cette pièce naviguant entre élégance et cruauté, où le débat d'idées coule lentement mais sûrement vers une irrationnelle brutalité.

Fiction inspirée des derniers jours du marquis de Sade, Quills nous amène à l'asile de Charenton, où le controversé auteur (Lepage) est incarcéré et confié aux bons soins de l'abbé de Coulmier (Cloutier). Celui-ci ne croit pas d'emblée à la méthode dure pour réprimer les pulsions et la plume de son pensionnaire, bien décidé à ne pas taire ses inspirations scabreuses. Sous l'influence du médecin en chef de Charenton (Jean-Sébastien Ouellette), lui-même sujet aux pressions de la femme du marquis (Érika Gagnon), l'abbé se verra peu à peu dénaturé. Il glissera vers une barbarie bien réelle, pire que celle, fictive celle-là, qu'il tentait d'exorciser chez le marquis.

Cinématographique

Nourri d'hypocrisie et d'un décret bien relatif des frontières de la moralité, le récit se déploie ici dans un univers cinématographique en mouvance, où l'illusion naît partout. Comme dans un inquiétant palais des glaces de fête foraine, les parois recréant les murs de l'asile se font miroirs ou jouent de transparence. Elles emprisonnent les uns et dévoilent les autres, laissant deviner la véritable nature de certaines situations, le vrai visage d'accusateurs qui se drapent de vertu pour cacher leurs propres vices.

Robert Lepage incarne l'insoumis écrivain, qui maintiendra le cap malgré les pires supplices, avec une verve délicieuse. Manipulateur et charismatique, son marquis prêche l'ouverture et la liberté à grands coups de vulgarités. Son insolence fait sourire, mais elle met en exergue un esprit et une humanité révélés dans ses premiers débats avec l'abbé ou dans ses échanges affectueux avec la lavandière Madeleine (Mary-Lee Picknell), complice de ses «méfaits» littéraires et seule véritable lectrice capable de faire la part des choses entre fiction et offense.

Pour son propos et ses scènes explicites et de nudité, Quills est réservée à un public âgé de 16 ans et plus. La pièce demeure à l'affiche du Trident jusqu'au 6 février et prendra celle de l'Usine C, à Montréal, du 16 mars au 9 avril.

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