Sauvageau Sauvageau, un dialogue d'outre-tombe

Gabriel Szabo et Paul Savoie interprètent Sauvageau le... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Gabriel Szabo et Paul Savoie interprètent Sauvageau le jeune et Sauvageau le vieux, qui serait sexagénaire s'il avait vécu.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) CRITIQUE / Les amateurs de théâtre de Québec sont choyés actuellement avec les très fortes adaptations de 1984 (Trident) et Trainspotting (Bordée). À cette paire vient s'ajouter un autre duo de choc, celui de Sauvageau Sauvageau, pièce présentée au Périscope depuis mardi. Un moment très fort de théâtre, reposant sur deux performances époustouflantes d'acteurs, qui rappelle à notre mémoire le destin tragique d'Yves Sauvageau.

Sauvageau s'est enlevé la vie en octobre 1970, à 24 ans. Une courte introduction documentaire, avec archives visuelles et sonores, évoque un acteur et dramaturge extrêmement doué destiné à une grande carrière comme Michel Tremblay. Mais il est aussi un jeune homme intense à la sensibilité à fleur de peau qui se consume.

On entre ensuite dans le vif du sujet. Christian Lapointe a réuni des citations de son oeuvre en un montage dramatique. Ce collage devient une logorrhée, en apparence sans queue ni tête, mais en apparence seulement, fortement marquée par le destin tragique de Sauvageau. La mort rôde à chaque coin de phrase (quiconque meurt, meurt à douleur, pour citer Robert Morin), mais la vitalité l'emporte.

Pour l'incarner sur scène, ils sont deux absolument identiques, mais ils ne font qu'un. Ils, ce sont Gabriel Szabo et Paul Savoie, qui interprètent Sauvageau le jeune et Sauvageau le vieux, qui serait sexagénaire s'il avait vécu. Alors que le premier exprime son mal de vivre («je pourris ici»), le deuxième tente de le rassurer et de le convaincre de la nécessité de poursuivre. Un étonnant dialogue d'outre-tombe confectionné à même les mots de Sauvageau.

Si les références religieuses sont datées, la dénonciation de la société de consommation, de la vacuité de la publicité et de l'omniprésence de la télévision résonne avec beaucoup de force. Le discours de Sauvageau n'a rien perdu de sa pertinence.

Yves Sauvageau ne cherchait pas à faciliter la tâche du spectateur. Christian Lapointe non plus. Même si l'exigeant dramaturge signe ici une de ses mises en scène les plus accessibles, qui met l'accent sur le texte et l'incarnation de Sauvageau par ses deux acteurs. 

La fougue de Gabriel Szabo

On connaît le talent de Paul Savoie, sa sensibilité et sa grâce. On découvre toutefois la fougue de Gabriel Szabo. Le jeune acteur brûle les planches, notamment dans un monologue d'anthologie où il semble littéralement en transe. En termes d'intensité et de résonnance, je ne vois que le monologue de Léopold Tremblay livré par Rémi Girard dans À toi pour toujours, ta Marie-Lou en 1991 au Théâtre d'Aujourd'hui...

La pièce repose sur des éclairages crus minimalistes et un espace scénique très dépouillé avec un écran en son centre qui reproduit extraits de textes et dessins. À une extrémité, un piano droit mécanique joue la magnifique et délicate musique aérienne de David Giguère.

Elle agit comme un contrepoint à ce feu roulant d'idées voulu comme une suite de chocs - à l'image de ce que Sauvageau voulait qu'on retienne de son théâtre, plus expérimental et absurde que grand public. Vous êtes prévenus, c'est le genre de spectacle dont on ne sort pas indemne.

La pièce Sauvageau Sauvageau demeure à l'affiche jusqu'au 28 novembre, au théâtre Périscope.

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