Gabriel Szabo: faire revivre un grand oublié

Dans Sauvageau Sauvageau, Gabriel Szabo livre un monologue... (La Presse, Edouard Plante-Fréchette)

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Dans Sauvageau Sauvageau, Gabriel Szabo livre un monologue d'une intensité rare, qui a marqué au fer rouge la critique.

La Presse, Edouard Plante-Fréchette

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(Québec) Octobre, 1970. Le Québec est plongé dans la crise. À Granby, Yves Sauvageau, né Hébert, s'enlève la vie à 24 ans. Il laisse un mince corpus, dont sa pièce mythique Wouf Wouf. Christian Lapointe a cherché inlassablement les «perles» de ses écrits, qu'il a réunies dans un collage intitulé Sauvageau Sauvageau. La critique montréalaise s'est enflammée, notamment pour Gabriel Szabo. Le Soleil s'est entretenu avec l'acteur prometteur de 23 ans dont le destin est curieusement lié à celui de son personnage.

D'aussi loin qu'il s'en souvienne, Gabriel Szabo a voulu faire du théâtre. De guerre lasse, sa mère l'a inscrit à un cours, à huit ans. Bonne idée. À peine sorti de l'option théâtre du Collège Lionel-Groulx, en 2013, il est remarqué par l'hyperactif dramaturge Simon Boulerice, qui persuade son metteur en scène de lui donner un rôle dans PIG - et pour lequel il obtient un prix d'interprétation. Mais mieux encore, il retient l'attention d'Alexandra Sutto, l'aide-metteuse en scène (presque) attitrée de Christian Lapointe.

L'iconoclaste créateur de Québec prépare alors une mise en lecture d'un montage dramatique de l'oeuvre de Sauvageau. Il confie le rôle à Szabo, ignorant que ce dernier avait choisi un court texte de... Sauvageau pour son audition à l'école de théâtre! Étrange coïncidence quand on sait que «c'est un auteur qu'on ne joue vraiment pas beaucoup», comme le fait remarquer l'acteur. «À partir de là, ça s'est enchaîné.»

Christian Lapointe a sondé les textes de ce «grand poète» qui se distingue par sa soif d'absolu et d'équité. Ses pièces, bien sûr, mais aussi ses poèmes et son journal intime, «ce qui nous donne accès à ses tourments intérieurs». Car le jeune homme, qui fait forte impression sur les hommes de théâtre de l'époque, les Ronfard, Roux et Millette, se distingue autant par son talent que par sa fougue brûlante.

«C'était un jeune très intense qui vivait à 100 à l'heure. [...] Il n'a pas été capable de soutenir ça. C'est un artiste fort, une voix puissante. Il parle de la vie et de la mort, comme souvent au théâtre, mais dans notre langue, ce qui se faisait peu à l'époque», souligne l'acteur.

En effet. Wouf Wouf paraît un an à peine après Les belles-soeurs de Tremblay (1968), bien qu'elle soit dans un tout au­tre registre. Pourtant, «il a été tellement oublié, c'est fou». Son théâtre est pourtant toujours d'actualité. «Vraiment, répond Szabo, catégorique. C'est un peu nous, ce Québec éternel adolescent qui ne veut pas entrer dans l'âge adulte. [...] Le spectacle est comme un flot de paroles, il faut s'abandonner et ne pas chercher à tout comprendre. Il y a certainement une phrase qui vient résonner.»

Et ce n'est surtout pas un spectacle noir. Sauvageau Sauvageau célèbre la vie, estime Szabo. «On veut que les gens soient touchés, pas qu'ils ressentent une énergie négative. C'est tellement exaltant.»

C'est ce talent brut et cette vie inachevée que Lapointe a voulu évoquer, d'abord par le théâtre documentaire, puis en basculant dans la fiction : il a imaginé un Sauvageau jeune (Szabo) qui dialogue avec un Sauvageau sexagénaire, s'il avait vécu, interprété par Paul Savoie (qui l'a vu sur scène à l'époque).

Le grand acteur a joué dans plus d'une centaine de pièces et dans quelques mémorables rôles au cinéma et à la télévision. Gabriel Szabo l'avoue volontiers : il était intimidé à leur première rencontre. La gêne s'est vite évanouie. «C'est un homme qui donne beaucoup et se permet de recevoir. Je n'ai jamais senti de choc de génération.»

Le jeune acteur s'estime aussi choyé de côtoyer Christian Lapointe. «C'est une autre rencontre formidable. C'est un artiste qui a une vision différente qu'on voit peu sur nos scènes en ce moment. Ça permet de créer des shows qui se démarquent. Ça fait du bien de travailler avec quelqu'un qui croit autant en l'art, qui n'est pas désabusé», dit-il en louangeant sa direction d'acteurs.

Intensité rare

Le lien de confiance qui s'est établi entre eux permet à Gabriel Szabo de livrer un monologue d'une intensité rare, qui a marqué au fer rouge la critique. «C'était terrifiant, évidemment [rires]. C'est cinq pages de textes, composés de mots qui, parfois, ne se suivent pas. [...] C'est devenu exaltant. Christian me le disait tout le temps : "Après, tu vas rechercher des moments de théâtre comme ça." Et c'est vrai. On recommence après une pause et j'ai excessivement hâte.»

À l'affiche

Titre: Sauvageau Sauvageau

Texte: Yves Sauvageau

Mise en scène: Christian Lapointe 

Interprètes: Gabriel Szabo et Paul Savoie

Salle: Théâtre Périscope

Dates: 10 au 28 novembre

Synopsis: Sauvageau Sauvageau rend hommage à la parole forte d'Yves Sauvageau, artiste de la démesure, génie tourmenté et homme de théâtre avant-gardiste. La pièce propulse le spectateur dans un dialogue entre l'auteur de 24 ans à la veille de se donner la mort dans les années 70, et l'auteur à l'âge qu'il aurait aujourd'hui. Ce dialogue imaginé entre Yves Sauvageau et lui-même à partir des textes de fiction qu'il a écrits permet de revisiter un grand oublié du répertoire québécois, en l'actualisant sans le trahir.

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