1984: sous le joug de la pensée unique

1984 est portée par un Maxim Gaudette intense... (Le Soleil, Yan Doublet)

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1984 est portée par un Maxim Gaudette intense et puissant dans la peau de Winston Smith.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) CRITIQUE / La première mondiale, en français, de l'adaptation théâtrale de 1984, mythique roman de George Orwell, jeudi soir au Trident, a livré toutes ses promesses. L'audacieuse et percutante proposition d'Édith Patenaude, portée par un Maxim Gaudette intense et puissant dans la peau de Winston Smith, ne nous laisse aucun répit.

Cette version de 1984 est une nouvelle adaptation des Anglais Robert Icke et Duncan Macmillan, qui conserve l'essentiel de l'oeuvre visionnaire d'Orwell. Elle se déroule environ 100 ans après les événements. En introduction, un club de lecture fait une mise en contexte qui bascule soudainement et immédiatement dans la deuxième partie du roman.

Smith n'y tarde pas à rencontrer Julia (Claudiane Ruelland), dans un monde uniforme - les acteurs sont de noir et de gris vêtus. Pour reproduire le climat oppressant et paranoïaque de la société totalitaire basé sur le culte de la personnalité de 1984, Édith Patenaude mise sur un décor et des éclairages minimalistes, mais, surtout, une caméra montée sur trépied. 

Une idée très porteuse : cette caméra est évidemment Big Brother qui regarde. C'est aussi un superbe moyen de nous faire entrer dans les pensées de Smith et d'orienter le regard du spectateur sur les gestes qui comptent par des gros plans : les images sont relayées sur un écran géant situé en haut de la scène. 

Les acteurs doivent évidemment ajuster leur jeu en conséquence, en évitant de trop en faire. C'est très réussi. La metteure en scène a su profiter de la cinématographie pour proposer un théâtre de proximité. Ce qui ne va pas sans un certain statisme sur scène, accentué par un texte très dense qui demande une attention de tous les instants du spectateur.

Intrigue claire

Cette proposition claire et bien dirigée a un avantage indéniable : même ceux qui n'ont pas lu l'oeuvre (ou vu le film) en comprennent très bien les enjeux, surtout qu'elle est profondément ancrée dans notre inconscient collectif. Ce monde qui n'a pas de passé et sans avenir est constamment d'actualité et le reflet de ce qui passe dans plusieurs coins de la planète (et se veut le reflet de ce qui nous attend si on fait confiance à des manipulateurs mal intentionnés). 

Dans ce monde en ruine et en perpétuelle guerre, où on prône l'abstinence totale et où on manque de tout, le sursaut de liberté est incarné par Winston et Julia et, surtout, par leur amour. La liberté d'expression n'existe plus - on appauvrit même la langue -, la propagande s'infiltre partout et la dissidence mène invariablement à la mort. Les amoureux sont d'ailleurs des morts en sursis.

Avant d'être pris, le matricule 6079 veut surtout en arriver à départager le vrai du faux - un combat perpétuel - pour le futur. Sous son impulsion, le couple cherche à adhérer à un mouvement révolutionnaire pour renverser la tyrannie, incarné par un certain O'Brien (Alexis Martin, toujours une forte présence). Arrêté, Smith est soumis à la torture, sous des néons violents... N'en disons pas plus, si ce n'est que la finale est particulièrement habile et frappe l'imagination.

1984 est une oeuvre politique et revendicatrice qui cherche à éveiller les consciences. La lecture d'Édith Patenaude et de son équipe se veut le parfait prolongement de celle-ci. Bravo.

La pièce 1984 demeure à l'affiche jusqu'au 28 novembre, au Trident.

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