Et au pire, on se mariera: une poignante avalée des avalés

Le jeu de Kim Despatis porte admirablement toutes... (Joe Pelletier)

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Le jeu de Kim Despatis porte admirablement toutes ses couches de sens et d'émotions. Ses mimiques impayables, yeux, bouche, sourcils, branchent son récit sur le 220 volts.

Joe Pelletier

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(Québec) CRITIQUE / On est happé, complètement, par Et au pire, on se mariera. Charmé par la candeur de Kim Despatis et par les mots de Sophie Bienvenu, puis éventré et complètement retourné par le drame qui se construit, la crise qui monte, la déposition qui se précise.

On comprend que le livre publié aux éditions La mèche, puis la pièce présentée l'an dernier à Montréal, aient suscité tant d'engouement.

On y suit le récit d'Aïcha, qui trouve que l'amour, «c'est comme si un vampire te suçait tout ton sang et qu'en une seconde, il était remplacé par du Coke», qui croit que personne ne s'aime à Montréal parce qu'on n'y voit jamais les étoiles, qui parle de caresses qui font frissonner, de désir qui taraude, de colère qui avale.

On se dit qu'Aïcha, avec sa rage dévorante, son imagination complètement débridée et sa haine viscérale de sa mère est presque une Bérénice, l'héroïne de L'avalée des avalées de Ducharme. C'est une enfant candide, franche, crue, avec des sensations si vraies, si vives, si bien dites, qu'on a d'abord envie de collectionner ses phrases, de garder précieusement les images qu'elle dessine. Mais lentement, tout se fissure.

Sur scène, Kim Despatis est seule, à la dérive, sur un carré de tuiles ternes, entourée d'une mer de morceaux de verre coupants - image efficace signée par la scénographe Joëlle Harbec.

Il faut un certain temps pour réaliser qu'Aïcha se noie dans ses mensonges, dans sa passion, dans sa tête. L'escalade est habile, l'adaptation de Nicolas Gendron, qui signe aussi la mise en scène, l'est tout autant. Au fur et à mesure de sa confidence, on la voit se transformer, doucement, glisser, alors que notre regard lui aussi glisse.

Même si le texte dépeint dans toutes ses tares urbaines le quartier Centre-Sud à Montréal, des prostituées aux rôdeurs louches, il porte aussi de précieuses étincelles d'humanité. Le tour de force est d'avoir réussi à nous faire saisir la vérité de tous les personnages par la voix et le regard d'une adolescente aveuglée. De nous la faire aimer, profondément, tout en voyant l'horreur monter.

Le jeu de Kim Despatis porte admirablement toutes ses couches de sens et d'émotions. Ses mimiques impayables, yeux, bouche, sourcils, branchent son récit sur le 220 volts. Les phrases tombent juste, la finale nous percute comme un train.

La compagnie Exlibris, avec sa toute première création, nous fait la démonstration que les mots et le jeu, bien arrimés, suffisent à enflammer une scène.

La pièce est présentée au théâtre Premier Acte jusqu'à samedi.

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