Vinci: l'homme de la renaissance

Olivier Normand, FrédéricDubois et Pierre Philippe Guay... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Olivier Normand, FrédéricDubois et Pierre Philippe Guay

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) La création de Vinci, en 1985, a marqué les esprits. Dès ce premier solo, Robert Lepage posait les jalons thématiques et formels de son théâtre de génie. Le Périscope, qui a accueilli cette renversante création à l'époque, a décidé de célébrer son 30e anniversaire en proposant une nouvelle lecture de cette oeuvre «plus actuelle que jamais». Le Soleil s'est entretenu avec le metteur en scène et coordonnateur artistique du théâtre, Frédéric Dubois.

Q Qu'est-ce que représente le théâtre de Robert Lepage?

R Mon plus grand souvenir, c'est Les sept branches de la rivière Ota, qui avait été présentée au Carrefour de théâtre [de Québec, en 1996]. Je ne sais par quel miracle, mon père avait obtenu des billets, le jour même. Je savais plus ou moins ce que j'allais voir, mais j'ai été complètement happé. Il y avait aussi Le songe d'une nuit d'été au Trident [en 1995]. Ça a été de grands moments dans ma vie de spectateur de théâtre, sans connaître l'ampleur de l'homme et de l'artiste. Ça a été des coups de coeur purs. Après, son travail a toujours été important pour moi. Il fait partie des grands artistes que j'admire énormément.

Q De quoi avez-vous discuté pour la pièce?

R La seule «condition» qu'il a émise quand on lui a indiqué qu'on voulait monter la pièce était de nous rencontrer. Il voulait nous mettre en contexte qui il était à l'époque, où il en était dans sa vie, pourquoi il avait décidé d'écrire cette oeuvre-là et les choix qu'il avait faits. Ça a été une rencontre extraordinaire qui nous a remplis d'idées et nous a énormément décomplexés sur la façon d'aborder l'oeuvre : les barrières sont tombées.

Q Tu as aussi la chance de compter sur Pierre Philippe Guay, acteur et assistant de Robert Lepage lors de la création?

R Oui, il apporte un regard différent. Comme artiste, on ne dit pas toujours tout sur notre création. On se garde des secrets. Il y avait des choses qu'il savait, mais pas tout. Il a été d'une aide exceptionnelle. Avec Robert, on est entré dans une zone plus sensible, émotive.

Q On connaît l'importance de l'écriture visuelle dans l'oeuvre de Lepage. Comment as-tu abordé cet aspect?

R Je me rends compte que c'est toujours un peu la même chose. Si je fais un Tchekhov ou un Michel Tremblay, je ne peux pas m'éloigner à outrance de l'essence même du premier jet. Mais, en même temps, je ne suis pas Tremblay, je ne suis pas Tchekhov, je ne suis pas Lepage. Je m'accroche à la sensibilité des choses et à l'histoire, celle de Philippe. Faut que j'essaie de trouver ce qui lui est arrivé. À partir de ce point, je m'en vais ailleurs. [...] Tranquillement, il y a une appropriation qui se fait, sans la dénaturer. Bien sûr, on est inspiré par l'univers, l'intelligence, la manière qu'a Robert de parler du monde. Mais je pense que maintenant, on a notre spectacle.

Q Parlant de Tremblay, Lepage disait en 1988, à propos de Vinci, «c'est avant tout une écriture scénique, c'est pas comme une pièce de Tremblay qui a été montée partout et différemment». Il prétendait qu'il ne voyait pas comment il pourrait continuer à jouer cette pièce parce qu'elle était datée ni comment on pourrait la remonter. J'imagine que tu n'es pas d'accord?

R Robert, c'est un gars qui avance beaucoup. Il aurait peut-être dit la même chose des Aiguilles et l'opium, pourtant, il l'a reprise. C'est sûr qu'il nous a posé la question : «Qu'est-ce que vous voyez là-dedans?» On lui a dit que la quête de Philippe est toujours d'actualité. Tout va tellement plus vite maintenant. Comment faire pour renaître? La forme du spectacle était peut-être datée, mais pas l'histoire.

Q Les moyens technologiques ont beaucoup changé depuis. As-tu eu le goût de respecter l'esprit de l'époque ou de profiter des nouvelles percées?

R Non, je n'avais pas les moyens de me payer la technologie de maintenant [rires]. Et ce n'est pas mon travail de metteur en scène. C'est le véhicule de Robert, pas le mien. Je me serais senti amateur. Mon langage n'est pas là. Le mien, c'est de diriger des acteurs, de travailler sur le texte, la précision, les enjeux... Je me suis surtout inspiré des réflexions de Leonard de Vinci pour définir le contenant du spectacle. Le contenu vient de la quête [de Philippe]. C'est un spectacle très dépouillé, avec des images très simples. J'ai beaucoup travaillé sur la lumière.

Q Lors de l'annonce du spectacle, tu as indiqué t'être concentré sur le message d'espoir du propos. Peux-tu développer un peu?

R C'est un homme cassé, qui ne sait pas par où recommencer. C'est un spectacle sur la fragilité. Il faut qu'on redise que c'est possible d'être fragile, que c'est possible de prendre du temps pour soi pour se relever et se refaire. C'est pour ça qu'il y a beaucoup d'espoir. À la fin du spectacle, la quête de Philippe ne fait que commencer : il a trouvé un chemin pour commencer une nouvelle vie. [Il démontre] que c'est possible de se poser et de recommencer pour vrai sans se gaver de pilules.

*****

À l'affiche

Titre : Vinci

Texte : Robert Lepage

Mise en scène : Frédéric Dubois

Interprètes : Pierre Philippe Guay et Olivier Normand

Salle : Théâtre Périscope 

Dates : 8 au 26 septembre

Synopsis

Philippe est photographe. Sa dernière exposition est un fiasco. Et son ami, son mentor, celui qui dans sa vie lui servait de miroir, de double, est mort. Malgré plusieurs séances chez le psy, rien ne va plus, rienne se place. Il décide donc de partir en Europe. De Londres à Florence, sa route croisera celle de Léonard de Vinci. L'artiste de la Renaissance et son oeuvre viendront tranquillement éclairer son parcours, son voyage. Tout convergera vers Vinci, la ville natalede Léonard, et c'est làque peut-être Philippe trouvera réponsewà ses errances...

Une tournée en cadeau

Le Périscope a voulu frapper un grand coup pour son 30e anniversaire en présentant Vinci, qu'il a accueilli dans ses murs lors de sa création. Pour marquer les esprits, ses dirigeants ont aussi voulu faire un cadeau aux Québécois, en offrant une tournée en province qui mènera la production de Rouyn à Amqui.

Il s'agit d'une première pour le Périscope, qui se consacre normalement à la diffusion. Son coordonnateur artistique, Frédéric Dubois, y voit une occasion de faire rayonner le théâtre de l'avenue Salaberry. «À 30 ans, normalement, on reçoit des cadeaux. Nous, on a décidé d'en donner.» (Rires)

La tournée a quand même permis le financement du projet, sur la seule renommée de Robert Lepage. Frédéric Dubois retire une grande fierté de pouvoir montrer le théâtre du créateur de Québec qui, souvent, voyage peu en région en raison de sa technologie «très lourde». «Je suis très content d'aller porter cet univers à l'extérieur des grands centres.»

Retombée non négligeable, «ça va faire circuler le nom du Périscope sur le territoire», chose habituellement réservée au Théâtre du Nouveau Monde, de Montréal, et au Trident, de Québec. «C'est la première fois qu'on va faire circuler quelque chose de chez nous.» Et probablement pas la dernière si cette tournée de 17 villes et de 21 représentations, d'octobre à décembre, s'avère concluante.

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