Critique

La chatte sur un toit brûlant: l'hypocrisie exposée

Les thèmes de la pièce sont à l'épreuve... (Le Soleil, Erick Labbé)

Agrandir

Les thèmes de la pièce sont à l'épreuve du temps. L'hypocrisie, le mensonge, la convoitise, l'argent, le deuil, le désir, l'incommunicabilité, l'homosexualité refoulée...

Le Soleil, Erick Labbé

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

(Québec) La saison se clôt de belle façon à la Bordée avec une représentation percutante de La chatte sur un toit brûlant, le chef-d'oeuvre de Tennessee Williams. Ce drame rageur expose l'hypocrisie de l'éternelle représentation à laquelle on se condamne, sous la pression sociale. Comptant sur une solide distribution, Maxime Robin signe une mise en scène d'une efficacité redoutable en mettant l'accent sur les dialogues aiguisés et l'humour dévastateur du grand dramaturge.

La pièce s'ouvre sur un gospel chanté par Cynthia Trudel, avec les acteurs aux choeurs. Nous sommes immédiatement plongés au coeur de cette riche plantation du Mississippi où Big Daddy (Patric Saucier) fête son dernier anniversaire, le 65e, par un soir d'orage, au propre comme au figuré. Il est le seul à ne pas se savoir atteint d'un cancer généralisé - ses enfants placent leurs pions pour mettre la main sur l'héritage.

Tous sauf Brick (Jean-René Moisan), fils chéri qui noie dans l'alcool le suicide de son meilleur ami, avec qui il entretenait une relation ambiguë. Sa femme Maggie (Sophie Thibeault) veut désespérément le mettre dans leur lit pour qu'il lui conçoive un enfant - c'est elle la fameuse chatte.

Cette famille dysfonctionnelle va s'entredéchirer et faire tomber les masques dans un affrontement qui ne fait pas de quartiers.

Maxime Robin n'a pas cherché à réactualiser le drame, plaçant l'action à l'époque où Williams l'a imaginé, au début des années 60. La chatte... a-t-elle encore une résonance de nos jours? Absolument. Ses thèmes sont à l'épreuve du temps. L'hypocrisie, le mensonge, la convoitise, l'argent, le deuil, le désir, l'incommunicabilité, l'homosexualité refoulée...

Sa mise en scène précise et avec le sens du détail signifiant, surtout dans le jeu, laisse toute la place à ses acteurs, se concentrant sur l'essentiel. Riche idée d'ailleurs de les faire entrer et sortir de scène par la salle, maximisant l'espace scénique et plongeant le spectateur au coeur du drame. Un drame qui, dans cette relecture, prend parfois des allures de vaudeville. Maxime Robin alterne de l'un à l'autre sans faillir, un exploit en soi.

Jean-René Moisan, dans un rôle minimaliste, révèle réellement l'étendue de son talent en livrant un Brick dont la frustration frémit en surface, explosant parfois avec une rage bouillante. Patric Saucier ne laisse guère sa place dans la peau de ce Big Daddy cruel mais tendre avec ce fils imparfait qu'il aime. Leur duel, au deuxième acte, est un grand moment de théâtre.

On ne peut en dire autant de celui entre Brick et Maggie, au premier acte. Sophie Thibeault manque du naturel de son vis-à-vis dans son rôle de chatte en chaleur survoltée, même si les choses se replacent un peu par la suite.

Cette belle production est rehaussée par le sobre décor de Marie-Renée Bourget-Harvey, une maison qui s'ouvre sur la chambre où se déroule l'action, avec en toile de fond une superbe surimpression de la nuit qui s'écoule.

La chaleureuse ovation à la fin de cette première, mercredi soir, à la Bordée, est un signe qui ne trompe pas : une franche réussite.

La pièce La chatte sur un toit brûlant demeure à l'affiche jusqu'au 9 mai, à la Bordée

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer