CRITIQUE

Disparaître ici: l'ère du vide

Le décor de rideaux et de colonnes de... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Le décor de rideaux et de colonnes de bâches transparentes, ainsi que les éclairages très réussis accentuent le malaise de cette représentation morbide.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Édith Patenaude et Jocelyn Pelletier se sont attaqués à un gros morceau en s'inspirant librement de l'oeuvre du romancier Bret Easton Ellis pour Disparaître ici. Trop. Ils livrent une oeuvre inégale où la puissance d'évocation de la deuxième partie fait encore plus ressortir le manque de direction dans laquelle s'enfonce la première extrêmement verbeuse. Dommage parce que le propos sur la vacuité de notre époque et sa mise en scène font preuve d'une audace qu'on voit encore trop rarement sur nos scènes à Québec.

Il faut se rendre à l'évidence. Les délires du provocateur et déjanté auteur d'American Psycho se transposent mal sur scène, se transformant en logorrhée qui finit par perdre sa force de frappe sous le poids de la répétition. Dans cette première partie, le duo aurait eu avantage à élaguer dans le propos et les personnages, où le spectateur a vite compris de quoi il retourne.

Disparaître ici met en scène une dizaine d'amis au début de la trentaine qui traînent leur mal de vivre dans des partys ou dans des bars. Leurs conversations sont vaines. Le sexe, triste et désincarné, est leur principale préoccupation ainsi que leur apparence. Tout dans le paraître, rien dans l'être - très représentatif de ses médias sociaux qu'ils utilisent pour flatter leur ego. 

La distribution, souvent dans le non-jeu, se retrouve presque toujours au complet sur scène même si les interactions sont minimes. L'ensemble est d'ailleurs plutôt statique, même s'il y a des moments plus dynamiques, notamment la troublante et hilarante scène d'aérobie où les filles discutent de sodomie, de cumshot dans le visage et autres figures sexuelles imposées. La pièce est très crue, sans censure, on ne s'en sort pas avec Ellis.

Il faut une heure trente de ces monologues (quelques fois en dialogues), la plupart du temps livrés sur un ton monocorde, avant de toucher au coeur de l'enjeu dramatique : la bande de débauchés vient de recevoir un snuff movie par courriel. Ils décrivent ensuite, sans émotion apparente, le viol d'une jeune femme torturée devant la caméra. Puis l'une d'elles disparaît. Ou pas. Tout devient flou et la tension monte. La deuxième partie prend alors des allures de cauchemar éveillé où plus personne, nous compris, ne distingue la réalité de la représentation. La pièce confronte le spectateur aux questions des fantasmes hard, du voyeurisme malsain, de la désensibilisation créée par les images, de l'excès ainsi que du vide à l'origine de ces transgressions.

 Difficile pour les acteurs de se distinguer dans ce jeu plus collectif, mais certains ont leurs moments, notamment Guillaume Perreault en prédateur sexuel narcissique.

L'univers d'Ellis est d'un pessimisme sordide - d'autres préféreront réalisme noir - où nous sommes devenus les spectateurs engourdis de notre propre déchéance. Pelletier et Patenaude font bien de nous le rappeler.

La pièce Disparaître ici est présentée jusqu'au 28 mars, au Périscope.

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