Pol Pelletier: femme libérée

Pol Pelletier, artiste anticonformiste, monument fondateur du théâtre... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

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Pol Pelletier, artiste anticonformiste, monument fondateur du théâtre expérimental au Québec

Photothèque Le Soleil, Erick Labbé

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) La dernière fois que Pol Pelletier s'est arrêtée à Québec, c'était en 2011, au Cercle, pour présenter sa nouvelle création, La robe blanche. Elle y reviendra dimanche, à l'invitation du Mois de la poésie, pour présenter la version retravaillée et achevée de cette même pièce. «Je viens de terminer la pièce de ma vie, c'est vraiment la chose la plus importante que j'ai écrite», lance avec ferveur la femme de théâtre, au bout du fil. «Je peux mourir en paix, parce que je suis allée au bout de quelque chose, d'une grande vérité, d'une grande exigence.»

Pour Pol Pelletier, il n'y a pas de coïncidence. Elle croit fermement que les dates et les lieux où elle choisit de se produire ont une importance capitale dans la réaction du public. Quand le Printemps des poètes, organisateur du Mois de la poésie à Québec, lui a offert une carte blanche le 8 mars, Journée internationale des femmes, elle n'a tout simplement pas pu refuser. 

«Mon grand objectif, c'est de réveiller l'inconscient collectif», lance la grande prêtresse du théâtre québécois. «Comme peuple québécois, nous avons des caractéristiques de fond dans notre inconscient qui nous déterminent complètement, et on n'a pas d'outils pour aller voir ça. Dans ma pratique, je me suis rendu compte que quand je faisais des choses dans des dates importantes ou dans des lieux où il y avait beaucoup de mémoire, c'était extrêmement puissant.»

C'est à travers une expérimentation constante que cette artiste anticonformiste, monument fondateur du théâtre expérimental au Québec, en est venue à cette conclusion. «J'ai un don, je me branche sur quelque chose qui est enfoui, oublié, méconnu, banalisé. Et ça prend une dimension qui est véritablement de l'ordre de la guérison. J'ai réfléchi à ce mot-là pendant

20 ans et je n'osais pas l'utiliser, je me disais que c'était prétentieux, mais maintenant c'est une réalité. Ce travail avec l'inconscient collectif guérit, à ma petite mesure. Ces actes-là, il faudrait en faire beaucoup plus», pense Pol Pelletier, qui a inventé la méthode Dojo pour former les acteurs à être en état de présence. Elle pense d'ailleurs de plus en plus se remettre à recréer un endroit de formation ouvert à tous, à l'image du centre Dojo qui a fermé ses portes en 2001.  

8 mars invisible

Pour cette grande féministe, qui a participé activement au développement du théâtre des femmes au Québec, il est désolant de voir que la journée du 8 mars est devenue invisible, alors qu'elle était fortement célébrée dans les années 70. «On dirait que toutes les dates et les anniversaires qui permettraient de soulever une certaine ferveur, c'est devenu "bof", aujourd'hui. On dirait que tout est comme morcelé», analyse Pol Pelletier. 

La robe blanche, qui vient tout juste de paraître aux éditions Les Herbes rouges, raconte l'histoire de la relation trouble entre une fillette de trois ans et un prêtre, dans les années 50. «Je pense que La robe blanche - en tous cas, c'est mon objectif - cerne le rapport du peuple québécois au pouvoir, qui nous terrifie et qu'on est incapable de gérer, soutient Pol Pelletier. On a un réflexe de soumission qui vient de toute cette époque de domination absolue de l'Église catholique. Et quand je dis absolue, c'est parce que je m'en suis souvenue dans mon corps. Mon corps m'a révélé cette soumission, cette abjection, cette terreur, ce silence... Ça m'a pris 20 ans à l'écrire, la mémoire ne m'est pas venue d'un coup. Ça a été extrêmement douloureux, mais je sais que ça a été l'affaire la plus importante de toute ma vie, parce que j'ai vraiment maintenant un sentiment de liberté que je n'ai jamais eu.»

Si elle se réclame du théâtre, l'artiste trouve plaisant de se produire dans le contexte du Mois de la poésie. «Moi, j'écris du théâtre, mais ma poésie, elle est dans le corps. Je les ai écrits, ces mots-là, et c'est la façon dont je les mets dans mon corps, que mon corps les accueille, qui crée un autre niveau de sens qui est de l'ordre de la poésie. La poésie, pour moi, ça crée des liens nouveaux entre les choses, des liens que tu n'as jamais faits avant», conclut Pol Pelletier.

=> Vous voulez y aller?

Rénovation littéraire et autres folies poétiques

Le Mois de la poésie s'ouvre ce soir, au Studio P, avec un drolatique chantier littéraire. Dès 20h30, Les anges de la rénovation littéraire, cinq auteurs-performeurs de Québec et de Montréal, bricoleront les romans Harlequin et autre recueils à l'eau de rose avec humour et irrévérence. 

Après cette ouverture sous le signe du détournement, le Printemps des poètes a préparé une riche programmation autour du thème de la Bête. Tout au long du mois de mars, des spectacles littéraires et des récitals poétiques côtoieront performances, lancements et ateliers. 

La poésie s'affichera aussi dans des lieux inusités, comme dans la vitrine du magasin Laliberté, rue Saint-Joseph, les 13 et 14 mars dans une installation de Charles Sagalane. 

La Nuit de la poésie est quant à elle de retour pour souligner la Journée mondiale de la poésie, le 21 mars. Une occasion pour le public de découvrir gratuitement une trentaine de poètes d'ici et d'ailleurs.

À noter que Le Soleil publiera chaque dimanche du mois de mars des poèmes signés par les artistes participant du Mois de la poésie. 

Pour information : www.printempsdespoetes.ca 

 

 

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