W;T: la fatalité du point-virgule

Michel Nadeau, directeur artistique du Théâtre Niveau Parking... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Michel Nadeau, directeur artistique du Théâtre Niveau Parking et metteur en scène, et Lorraine Côté, comédienne.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) Lorsque Le Soleil l'a rencontrée, la semaine dernière, Lorraine Côté affichait encore une courte chevelure rousse, mais s'apprêtait à passer sous le rasoir, question d'incarner une cancéreuse crédible dans W;T. «Je fais ça par la journée la plus froide de l'hiver!» lance-t-elle, amusée.

Avec cette nouvelle pièce - qui raconte la participation de Vivian, une érudite solitaire, à un projet de recherche sur un nouveau traitement contre le cancer -, le Théâtre Niveau Parking propose une troisième pièce en un an fortement teintée par la science. Effets secondaires, présentée cet été au Bic et cet automne au Périscope, s'intéressait à la chimie des sentiments, tandis que Un certain nombre, aussi au Périscope, s'invitait dans le domaine de la génétique et de l'individualité. «C'est intéressant de voir comment la science est un révélateur de nos comportements et des grandes questions de l'humanité», pense Michel Nadeau, directeur artistique du Théâtre Niveau Parking et metteur en scène des trois pièces.

C'est donc à la rencontre d'une femme condamnée que nous convie W;T (prononcer «wit»), de l'auteure américaine Margaret Edson. Vivian Bearing, 50 ans, est une spécialiste émérite de la poésie de John Donne, à qui elle a consacré sa vie et sa carrière. Elle apprend qu'un cancer des ovaires avancé la ronge et, sachant ses chances de survie presque nulles, elle accepte de se soumettre à un traitement expérimental agressif. 

«Vivian avait une image d'elle-même, c'était une érudite de haut niveau, et elle pensait que c'était la seule façon de comprendre la vie. Finalement, quand son corps lâche, tout son travail intellectuel ne sert plus à grand-chose», raconte Michel Nadeau. «C'est comme si elle avait voulu se hisser au sommet en étudiant certains sonnets sacrés de John Donne, mais c'était une façon de s'isoler, aussi», poursuit Lorraine Côté, son interprète. «Quand elle se retrouve à l'hôpital, elle n'a plus son identité. Elle n'a plus ses vêtements. Elle a beau dire : «je suis une sommité», les gens s'en foutent. Elle réalise qu'elle a vécu sa vie seule, mais que là, elle a besoin des autres, elle a besoin de chaleur humaine.»

Autour de Vivian évoluent deux personnages opposés, un jeune chercheur très cartésien, qui n'en a que pour l'avancement de la science, et une infirmière qui, au contraire, n'est que bonté et humanité. «Il y a ces deux pôles entre lesquels elle oscille constamment», ajoute Michel Nadeau. 

Finesse d'esprit

Le sujet est grave, mais le traitement ne l'est pas, nous assure-t-on. Le premier indice est dans le titre anglais de la pièce, étonnant par sa graphie. W;T vient de wit, un mot difficilement traduisible en français, qui évoque la vivacité, la finesse d'esprit. «Ce n'est pas une pièce lourde. Le wit, l'esprit, est parsemé partout», explique Lorraine Côté. «C'est bien dosé. On passe d'une scène plus intense à une scène plus légère, ce qui fait qu'on accepte tranquillement les choses», ajoute-t-elle. 

La pièce prend un peu la forme d'un journal, où Vivian raconte directement au public ce qui lui est arrivé, au moyen de retours en arrière. «Ce n'est pas une femme qui s'appesantit dans l'émotion. Quand l'émotion arrive, elle a toujours une certaine finesse d'esprit et d'humour par rapport à elle-même», continue Michel Nadeau. 

Il a d'ailleurs choisi une mise en scène assez épurée, loin d'un Dr Grey : leçons d'anatomie, où la scène aurait été peuplée d'éléments médicaux. «Il y a un espace plus poétique. Comme un livre ouvert, et les projections vidéo viennent appuyer et suggérer autre chose. Il y a le concret de la réalité et des choses plus poétiques dans lesquelles la réalité s'inscrit», précise le metteur en scène. 

Question de ponctuation

Si la troupe a décidé de substituer le i pour un ; dans le titre de la pièce, ce n'est pas que pour le look. C'est surtout pour la symbolique qui trouve un écho dans le coeur de la pièce et dans les sonnets de John Donne, où la ponctuation jouait un rôle important. Quand Vivian revoit son ancienne professeure, celle qui l'a introduite à la poésie de Donne, une divergence éclate autour d'une ponctuation que Vivian aurait mal traduite. 

«Sa professeure lui dit qu'entre la vie et la mort, il n'y a pas une barrière comme un point-virgule, il y a seulement une virgule. Finalement, Vivian n'est pas d'accord. Elle se rend compte qu'avec le cancer, il y a réellement un point-virgule entre les deux», analyse Lorraine Côté. 

«Ce que sa prof lui dit, finalement, c'est que son analyse des poèmes de Donne est bien secondaire; ce qui est plus important que ça, c'est la porte sur la vérité que ça peut nous donner. Travailler sur la graphie, c'est important dans la mesure ou ça nous ouvre des portes sur la compréhension de la vie. C'est un révélateur. Vivian est restée plus proche de la littéralité et c'est ce dont elle va se rendre compte pendant son cheminement», conclut Michel Nadeau.

=> À l'affiche

Titre : W;T

Texte : Margaret Edson (traduction de Maryse Warda)

Mise en scène : Michel Nadeau

Interprètes : Marie-Josée Bastien, Maxime Beauregard-Martin, Lorraine Côté, Jacques Leblanc, Simon Lepage, Danielle Le Saux-Farmer, Laurence Moisan-Bédard, Paule Savard

Salle : La Bordée

Dates : 3 au 28 mars

Synopsis : Vivian Bearing, professeure de littérature émérite, apprend à 50 ans qu'elle est atteinte d'un cancer des ovaires à un stade avancé. Elle accepte de se soumettre à un traitement expérimental agressif. Elle qui a toujours tout réglé seule dans sa vie, se retrouve soudainement aux mains d'une équipe médicale pour qui elle est d'abord et avant tout un objet d'étude. Apprivoisant sa mort imminente, elle nous livre le bilan de sa vie avec lucidité et ironie.

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