Oh les beaux jours de Catherine

Pris sous l'angle de la métaphore, le quasi-monologue... (Photo Pascal Victor/ArtComArt)

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Pris sous l'angle de la métaphore, le quasi-monologue de Winnie, qu'interprète Catherine Frot, se révèle une riche réflexion sur le mitan de l'existence, sur la résilience et la fatalité, sur cette quête de sens qui nous habite tous à un moment ou un autre.

Photo Pascal Victor/ArtComArt

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) La venue sur nos planches d'une actrice française aussi connue que Catherine Frot n'était pas sans susciter un vif intérêt ici, de la part d'un public qui ne l'a connue qu'au cinéma dans des films comme Odette Toulemonde et Les saveurs du palais. Or, la proposition qu'amenait Frot avec elle dans son sac à main était pour le moins audacieuse.

Le personnage de Winnie, dans Oh les beaux jours, à l'affiche de La Bordée jusqu'à demain, n'a, à première vue, rien des rôles dans lesquels on l'a connue à l'écran. Le texte de Samuel Beckett navigue entre deux eaux, entre l'hyperréalisme d'une brosse à dents en soie de porc et le surréalisme d'une femme qui écoule ses jours prise jusqu'à la taille dans un énorme mamelon de terre, quelque part dans un désert, avec un mari à l'attitude rébarbative pour seule compagnie.

En effet, c'est la situation plutôt absurde à laquelle nous sommes confrontés dès le départ, devant cet austère paysage désertique, formé d'une butte de terre et de lichen où est juchée Catherine Frot, libre de ses mouvements seulement à partir de la taille. Elle se réveille; une autre belle journée qui commence! Après une prière, la voilà qui déblatère, du haut de son promontoire, des banalités d'usage, sur cette journée merveilleuse que la vie lui apporte encore aujourd'hui. À côté d'elle, un grand sac à main noir, dont elle tire des objets de la vie quotidienne. Ils deviennent le centre de ses petits rituels - se brosser les dents, se peigner - qui donnent sens à son existence autrement immobile. Celui qui donne un sens à sa vie, aussi, c'est son mari, Willie, éternel réceptacle de son babil incessant, certes plutôt moche comme interlocuteur, mais qui assure une présence rassurante

C'est ainsi que Winnie avance à travers sa journée, mesurant ses gestes, verbalisant les bonheurs et investissements émotifs de chaque petit instant. Le texte de Beckett se déploie à travers l'interprétation scandée, poétique, pleine de candeur et de fraîcheur de Catherine Frot. C'est dans cette résilience positive qu'on retrouve peut-être le plus des personnages qui ont marqué la carrière cinématographique de l'actrice.

Pris sous l'angle de la métaphore, le quasi-monologue de Winnie se révèle une riche réflexion sur le mitan de l'existence, sur la résilience et la fatalité, sur cette quête de sens qui nous habite tous à un moment ou un autre. Mais réduire l'image de cette femme prisonnière de la terre à une femme prisonnière de sa vie serait plutôt réducteur. L'écriture de Beckett est beaucoup plus habile, nous ramenant sans cesse à travers sa poésie particulière à un réalisme désarçonnant. On aimerait se croire dans un monde irréel, mais Winnie, à travers le fil de ses observations sur la vie, se révèle pleinement consciente de sa condition absurde. On aimerait la croire en plein délire, mais elle nous rappelle à chaque détour qu'elle ne l'est pas, avec une autodérision délicieusement maîtrisée.

Oh les beaux jours est un spectacle exigeant, paradoxal, parfois déroutant, où les émotions ne sont jamais noires ni blanches. La mise en scène classique et extrêmement sobre de Marc Paquien laisse toute la place au jeu de Catherine Frot. L'actrice se révèle remarquable de nuances et de profondeur, ce qui n'est pas rien quand on la voit prise jusqu'à la taille, puis jusqu'au cou, avec la seule expressivité de son visage pour nous faire sentir l'oppression et le désir d'évasion qui tiraillent l'intarissable Winnie. Un rôle intense, qui marque l'imaginaire.

La pièce Oh les beaux jours est présentée jusqu'à demain à La Bordée. Les représentations affichent complet.

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