Catherine Frot dans Oh les beaux jours: un rôle inoubliable

Après plus de 300 représentations en France, Catherine... (Photo ArtComArt, Pascal Victor)

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Après plus de 300 représentations en France, Catherine Frot vient s'enfoncer (littéralement) dans la terre devant le public québécois. Une première visite sur nos planches pour l'actrice, qui sera à la Bordée du 16 au 18 février.

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) Le public d'ici la connaît surtout pour ses apparitions remarquées au cinéma français, de Un air de famille à Odette Toulemonde, en passant par son plus récent film, Les saveurs du palais, où elle incarnait une cuisinière de campagne entrée au service privé du président de la France. Or, si sa carrière au grand écran lui a donné un visage connu, et la réputation de l'actrice la mieux payée de France, c'est sur les planches que Catherine Frot a commencé sa carrière, et c'est là qu'elle revient avec un projet tout personnel, celui d'incarner Winnie dans Oh les beaux jours de Samuel Beckett.

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Dans Oh les beaux jours de Samuel Beckett, Catherine Frot interprète Winnie, «quelqu'un qui parle parce qu'elle ne supporte pas le silence».

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Après plus de 300 représentations en France, Catherine Frot vient s'enfoncer (littéralement) dans la terre devant le public québécois. Une première visite sur nos planches pour l'actrice, qui sera à la Bordée du 16 au 18 février.

Le Soleil s'est entretenu avec elle à propos de sa carrière et de cette oeuvre bien particulière de Beckett, «un texte plein d'énigmes et de questions, qui n'est absolument pas conventionnel».

Q Vous êtes déjà venue au Québec pour faire la promotion de vos films, mais c'est la première fois que vous monterez sur scène ici, n'est-ce pas?

R Oui, ça va être une surprise! Je suis contente. J'étais venue à Mont-réal il y a deux ans pour présenter le film Les saveurs du palais et je suis venue il y a environ cinq ans, l'été, en vacances, avec mon mari et ma fille. Et je suis passée à Québec. Il faisait très chaud, c'est ce dont je me souviens. 

Q En France, vous avez fait beaucoup de théâtre au début de votre carrière, mais vous êtes surtout devenue connue grâce à vos rôles au cinéma. Pourquoi ce retour au théâtre?

R J'ai commencé à faire du cinéma sur le tard, à 39 ans, mais je n'ai jamais abandonné complètement le théâtre, c'est-à-dire que j'ai régulièrement joué à Paris. Et depuis longtemps, j'avais envie de jouer Oh les beaux jours, de Beckett. J'ai mis quatre ou cinq ans avant de trouver la bonne entreprise pour le jouer. Quand le Québec m'a demandé d'aller jouer là-bas, j'étais très contente de tenter l'expérience. 

Q À quoi vous attendez-vous du public québécois?

R Je ne sais pas. Tout le monde me dit : «Catherine, tu vas voir, ça va être extraordinaire, le public là-bas est formidable.» [rires] Je ne sais pas ce que ça veut dire, mais je suis contente d'essayer, de voir ce que ça va donner. Oh les beaux jours, c'est un texte qui me parle très fort, que je trouve extraordinaire. J'avais vu Madeleine Renaud l'incarner quand j'étais toute jeune, ça m'a marquée et je voulais le jouer. Ç'a été beaucoup joué par des actrices très âgées, alors que sur le livre, il est marqué que le personnage de Winnie a 50 ans, ce qui est mon âge. Winnie, ce n'est pas une femme au bord de la mort, c'est une femme tout à fait dans la vie, mais qui se questionne. C'est l'histoire d'une femme tout doucement engloutie dans la terre, mais qui préserve une part de vie très importante et qui a une poésie de langage absolument incroyable. C'est un texte très rare. C'est un texte aussi sur le couple, sur la vie à deux, sur le milieu de la vie. Ce moment où on s'interroge, où on se dit : je vis, j'ai vécu, je vais mourir...

Q Quel a été le déclic dans votre vie pour que vous vous lanciez dans cette aventure?

R C'est venu quand je me suis aperçue que le rôle était pour quelqu'un de 50 ans. Et quand j'ai eu 50 ans, je me suis dit : «Catherine, tu dois essayer ça.» J'aime les choses difficiles. C'est un texte assez difficile et, en même temps, il est tout simple. Je me suis vraiment attachée à ce texte, et je l'ai travaillé. Déjà, au niveau de la mémoire, c'est assez important, parce qu'il y a 80 pages de texte non-stop

Q Pour aborder le personnage de Winnie, dans quoi êtes-vous allée puiser?

R J'ai puisé en moi-même, et dans l'idée de combler le vide. Winnie, c'est quelqu'un qui parle parce qu'elle ne supporte pas le silence. Il y a cette relation entre le silence et la parlotte qui n'en finit pas et le mari derrière qui commente de manière un peu étrange. Je me suis concentrée là-dessus, sur l'idée de monologue, de poésie, et en même temps quelque chose de très naturel. J'ai eu envie que ce soit très concret, que ça ne reste pas que poétique. 

Q Avez-vous joué d'autres pièces de Beckett?

R Non! Il y a très peu de rôles de femmes dans les autres pièces de Beckett. Franchement, c'est la seule pièce où il y a un personnage de femme un peu dément, un peu habité. Ce rôle-là, il est un inoubliable. Enfin, on verra comment ça se passe!

Q On parle souvent de cette pièce comme d'une farce tragique. Pour vous, est-ce plus dans le tragique ou dans le comique?

R Pour moi, c'est exactement dans la continuité des personnages que j'ai joués au cinéma. Winnie, ça pourrait être Odette Toulemonde. C'est une petite bourgeoise, quelqu'un de normal. Je ne me sens pas si éloignée de ces rôles-là, à part le fait d'avoir une écriture très importante à dire. Beckett, il a eu le Nobel de littérature, il a une littérature extraordinaire, mais il y a une simplicité dans ses personnages qui est très importante, et c'est ça qui m'a attirée. C'est le petit et le grand, le haut et le bas : son mari est toujours en bas à quatre pattes, alors qu'elle, elle est en haut et elle pérore. Ce sont vraiment des paradoxes. 

Q En regardant votre cheminement, on s'aperçoit qu'un des premiers rôles qui a marqué votre carrière au cinéma est celui de Yolande, dans Un air de famille de Cédric Klapisch. Un rôle que vous aviez joué un an plus tôt au théâtre... Est-ce à dire que c'est le théâtre qui vous a amenée au cinéma?

R Tout à fait. J'ai fait 15 ans de théâtre avant de me retrouver dans Un air de famille et que ce soit filmé, et que j'acquière ainsi une notoriété par le cinéma. 

Q Qu'est-ce que le cinéma vous a apporté de différent du théâtre?

R J'ai beaucoup aimé les rôles qu'on m'a proposés. J'ai trouvé des rôles contemporains absolument incroyables, qui étaient tous un peu liés à l'innocence, à la fraîcheur, ce qui donnait une possibilité du public de s'identifier. J'ai donc fait beaucoup de films qui ont très bien marché pendant 10 ou 15 ans. Je ne m'y attendais pas, mais le cinéma, ça m'a happée. J'ai quand même gardé quelques rendez-vous importants au théâtre, à peu près tous les cinq ans. Maintenant, je reviens plus au théâtre. Avec Oh les beaux jours, j'ai passé deux ans à n'être que sur ce projet. Je n'ai pas tourné du tout et j'ai exploité Oh les beaux jours avec beaucoup de plaisir. 

Q Ça vous a fait du bien de revenir complètement au théâtre?

R Ah oui! Pour moi, c'était fondamental. Ce sont mes débuts, c'est très important. Maintenant, j'aime encore le cinéma, quand il y a des beaux rôles, ce qui n'est pas toujours le cas.

Q Donc, maintenant, ce sont les rôles qui vous guident?

R Oui, c'est aussi l'écriture, la qualité. La chose qui élève. C'est ça qui me guide. 

Q Où vous verra-t-on prochainement? Sur les planches ou à l'écran?

R En fait, je viens de tourner dans un film de Xavier Giannoli, un très bon réalisateur français. C'est un film qui se passe dans les années 20, qui s'appelle Marguerite. C'est inspiré de la vie de Florence Foster Jenkins, une chanteuse d'opéra amateur qui chantait très faux. C'est un très beau scénario. Après, je serai au théâtre à la rentrée prochaine en septembre, avec une pièce de Pierre Barillet et Jean-

Pierre Grédy, Fleur de cactus. Alors là, c'est de la comédie pure!

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«Oh les beaux jours, c'est un texte qui me parle très fort, que je trouve extraordinaire» raconte Catherine Frot.

Une pièce comme un tableau

Une femme, enterrée jusqu'à la taille, puis jusqu'au cou, dans un grand tas de terre. Le visuel de la pièce Oh les beaux jours frappe l'imaginaire. Samuel Beckett décrivait lui-même dans sa pièce «une étendue d'herbe brûlée s'enflant au centre en petit mamelon», et «enterrée jusqu'au-dessus de la taille dans le mamelon, au centre précis de celui-ci, Winnie». 

De toute évidence, Marc Paquien, le metteur en scène de la version qui s'arrêtera sur les planches de la Bordée, ne s'est pas trop éloigné de cette vision. Le défi physique se révèle donc important pour l'actrice Catherine Frot, prise dans ce carcan d'un bout à l'autre de la pièce. «J'avais peur d'avoir une crampe», lance en riant la populaire comédienne française. «Je l'ai jouée 300 fois en France, alors ça y est, je n'ai plus peur, maintenant. Je suis prête à me présenter au Québec!» ajoute-t-elle. «Ça demande beaucoup d'énergie. Tout passe par le visage, surtout dans la deuxième partie.»

Proposition fixe

Oh les beaux jours, écrite en 1963 par Samuel Beckett, est constituée du monologue de cette femme qui s'enfonce «en chantant», qui s'adresse à un mari presque muet rôdant sur la scène. «C'est comme un tableau. C'est une proposition fixe, d'une femme qui s'enfonce tout doucement dans la terre, mais qui ne cherche qu'à se hisser. Il y a beaucoup de paradoxes», analyse Catherine Frot. 

Si le texte de Beckett est très pointu, très dirigé, l'actrice dit avoir pris quelques libertés malgré tout. «Mais grosso modo, j'ai respecté. Je suis obligée, c'est comme une partition de musique. C'est très écrit», précise-t-elle. 

Mme Frot promet quelque chose de festif et hors du commun, «entre réalisme et surréalisme». «Pour moi, au théâtre, il faut qu'il se passe quelque chose. On est seuls sur scène pour donner. Pour moi, c'est une grande générosité, le théâtre», conclut-elle. 

=> À l'affiche

  • Titre : Oh les beaux jours
  • Texte : Samuel Beckett
  • Mise en scène : Marc Paquien
  • Interprètes : Catherine Frot et Éric Frey
  • Salle : Théâtre de la Bordée
  • Dates : du 16 au 18 février
  • Synopsis : Winnie, une femme dans la cinquantaine, est enterrée jusqu'à la taille. Une femme qui parle, qui se grise de paroles, s'adressant à un mari qui ne l'écoute plus. Une femme qui résiste, qui lutte pour sa survie sans jamais se départir de sa joyeuse persévérance.
 

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Catherine Frot est Pierrette Dumortier dans La dilettante (Pascal Thomas)

Catherine Frot en cinq films

Puisque c'est d'abord par le cinéma que le public québécois la connaît, voici cinq films qui ont marqué la carrière de Catherine Frot. 

>> 1996: Yolande Ménard dans Un air de famille (Cédric Klapisch)

En 1994 et en 1995, Catherine Frot joue le rôle de Yolande dans la comédie Un air de famille, une pièce de Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui. Elle obtient, en 1995, le Molière de la comédienne dans un second rôle. Flairant la bonne affaire, le réalisateur Cédric Klapisch décide d'en faire une adaptation cinématographique, dans laquelle la plupart des comédiens reprennent leurs rôles. Catherine Frot remportera ainsi son premier César, en 1997, pour un meilleur second rôle. C'est un véritable tournant dans sa carrière cinématographique.

>> 1998: Marlène Sasseur dans Le dîner de cons (Francis Veber)

Qui ne connaît pas Le dîner de cons? La pièce de Francis Veber, et surtout son adaptation cinématographique, a fait bien des adeptes en France comme au Québec. Cette fois, Catherine Frot ne fait pas partie de la distribution originale de la pièce, mais se taille une place enviable dans le rôle de la nymphomane Marlène Sasseur, amante de Pierre Brochant. Son jeu lui vaudra une nouvelle nomination aux César dans un rôle de soutien. 

>> 1999Pierrette Dumortier dans La dilettante (Pascal Thomas)

Il s'agit d'un premier grand rôle pour Catherine Frot au cinéma. Nouvelle nomination aux César, cette fois dans la catégorie Meilleure actrice, pour son interprétation de Pierrette Dumortier, une femme de caractère qui décide un jour de quitter sa vie de bourgeoise ennuyeuse en Suisse pour retourner vivre en banlieue de Paris dans le studio de son fils. C'est la première de plusieurs collaborations de l'actrice avec le réalisateur Pascal Thomas, qui s'est terminée en queue de poisson, en 2012, alors que Thomas l'a accusée dans les médias de faire des caprices de vedette.  

>> 2007Odette Toulemonde dans Odette Toulemonde (Éric-Emmanuel Schmitt)

Nouvelle nomination au César comme meilleure actrice, mais toujours pas de chance pour Catherine Frot dans cette catégorie. Son interprétation d'Odette Toule-monde, une veuve quadragénaire qui s'évade de sa vie misérable à tra-vers les livres, lui vaudra toutefois bien des éloges. Ce film était adapté d'un roman d'Éric-Emmanuel Schmitt, qui a aussi réalisé le film. 

>> 2012Hortense Laborie, dans Les saveurs du palais (Christian Vincent)

Dernier film en lice de Catherine Frot, Les saveurs du palais a connu un bon succès commercial en France en 2012. Frot y incarne Hortense Laborie, un personnage inspiré de Danièle Mazet-

Delpeuch, ancienne cuisinière du président de la République française François Mitterrand. On a confié à Jean D'Ormesson le rôle du président, qui recrute une cuisinière au fin fond du Périgord pour ses cuisines privées, souhaitant «retrouver le goût des choses». Son interprétation vaut à Frot une sixième nomination au César comme meilleure actrice, mais la guigne s'acharne. La prochaine fois sera peut-être la bonne...

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