Critique

St-Agapit 1920: troublantes réminiscences

Ariane Voineau, Mélanie Therrien  et Claudine Ruelland dans... (Photo Cath Langlois)

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Ariane Voineau, Mélanie Therrien  et Claudine Ruelland dans une chorégraphie enfarinée, qui rappelle les gestes réconfortants de la pâtisserie.

Photo Cath Langlois

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) La compagnie Les Instants suspendus a bien choisi son nom. Avec St-Agapit 1920, Olivier Normand signe un spectacle troublant, fugace et hors du temps.

En guise de prologue, le metteur en scène se présente sur scène pour lire une lettre qu'il a écrite à Jeanne d'Arc, sa grand-mère décédée. Il s'y interroge sur le temps qui passe, sur cette vie qui nous échappe. Il lui dédit le spectacle, parce que «le théâtre est le seul endroit que je connais où on peut parler aux morts».

Ce sera l'une des deux seules prises sur le réel du spectacle. Dès lors, on bascule dans l'univers éthéré d'une jeune femme au visage émacié et au regard hagard (Mélanie Therrien), qui semble chercher ses repères sur une grande scène parsemée d'une table en bois, d'un vieux coffre, de branches sèches, d'une échelle. De ce décor rustique surgissent deux autres femmes (Claudiane Ruelland et Ariane Voineau). Des versions d'elle-même à un plus jeune âge? Des anges? Elles ont des pommes dans les mains. Toutes trois se synchronisent et se lancent dans des jongleries enfantines, croquant goulûment les fruits rouges.

Quand les deux autres font claquer une pile de vaisselle sur la table, on bascule dans l'obscurité. À la lueur d'allumettes, le trio explore anxieusement la scène, pendant que les hurlements de loups et le craquement des arbres dans le vent s'amplifient.

À mesure que se déploient ainsi les tableaux dansés à la symbolique fugace, on s'imprègne d'un sentiment étouffant, celui de chercher sans cesse une porte de sortie dans un univers qui se métamorphose en dehors de tout contrôle. Un instant, l'atmosphère se fait légère, dans une chorégraphie enfarinée qui rappelle les gestes réconfortants de la pâtisserie - un des plus beaux moments du spectacle, qui met en valeur les interprètes. L'autre, on replonge dans l'angoisse, pendant que l'interprète principale voit cascader sur elle une nuée d'assiettes qu'elle ne peut arrêter. Au bout d'un moment, les néons s'allument, une radio commerciale crie ses banalités. Nouvelle prise sur le réel. Sous la lumière crue, la maladie d'Alzheimer apparaît dans toute sa cruauté.

En bout de parcours, il reste l'impression troublante d'avoir fait un voyage dans les pensées de Jeanne d'Arc, dans une enfilade de souvenirs déformés où l'angoisse est prenante. La conception sonore de Mathieu Campagna et les éclairages de Caroline Ross donnent beaucoup de corps à la proposition.

Olivier Normand sème quantité de choses dont on sent qu'elles sont éminemment symboliques, mais ne nous offre pas vraiment les clés pour les comprendre. Une illustration de la prison inatteignable dans laquelle s'enferment peu à peu les victimes de l'Alzheimer? Peut-être, mais le spectateur, lui, peut s'en trouver plus mystifié que touché.

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La pièce St-Agapit 1920 est présentée jusqu'au 7 février à Premier Acte.

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