La guerre des tuques: déneiger la voie

«Pour quelle raison est-on en train de faire... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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«Pour quelle raison est-on en train de faire la guerre? Pourquoi, en bout de ligne, les sacrifiés sont ceux qui n'ont pas cherché cette guerre-là? C'est ça, La guerre des tuques» - Rock Demers

Le Soleil, Pascal Ratthé

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) Quand il a présenté sa version théâtrale de La guerre des tuques il y a deux ans, Fabien Cloutier déneigeait un passage entre l'écran et la scène qui continue d'être exploré par d'autres. «Elle aura fait bien des petits, en 30 ans, notre Guerre des tuques», lance Rock Demers, le producteur du premier des Contes pour tous, sorti au cinéma en 1984.

Fier, M. Demers énumère les nouvelles adaptations théâtrales qui se font dans plusieurs écoles et cégeps. Une école primaire sur la Côte-Nord crée présentement sa propre version, tandis qu'un cégep de Montréal reprend la version «pas pour tous» déjantée de Fabien Cloutier. «Il y a même au Manitoba une université en train de créer une comédie musicale sur la Guerre des tuques! Fabien a ouvert une voie avec une adaptation théâtrale d'un film. Ça ne s'est pas fait souvent au Québec, on a plutôt vu le contraire», argue-t-il.

Le projet de base, un peu fou, ne pouvait mieux tomber qu'entre les mains de Fabien Cloutier. Avec le Théâtre Sous Zéro, dont la particularité est de présenter des oeuvres théâtrales en hiver, à l'extérieur, il a concocté une version plutôt vitriolique de La guerre des tuques, où les enfants sont devenus des adultes plongés dans un Québec en pleine crise sociale et économique.

Pendant que les spectateurs sont assis bien au chaud dans l'amphithéâtre du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ), les acteurs, eux, se livrent une guerre bien réelle dehors, dans un décor naturel continuellement balayé par le vent du fleuve en contrebas. Des micros installés de part et d'autre de la vitre permettent aux spectateurs d'entendre les vrais bruits de la neige qui craque sous les pas, tandis que les acteurs, eux, peuvent entendre les réactions du public. «Dès les premières minutes, ça m'avait soufflé de voir la façon dont le son avait été traité pour faire ce contact-là entre les spectateurs et les comédiens, malgré le mur qu'il y avait entre les deux», se souvient Rock Demers. 

La guerre, la guerre

Le cinéaste de 81 ans, l'oeil vif, échange avec Fabien Cloutier sur les tenants et aboutissants de cette nouvelle adaptation, qui reprendra l'affiche au MNBAQ dès ce soir et jusqu'au 8 février.

Rien n'a changé depuis la première mouture, si ce n'est un comédien qui en remplace un autre. «Ça nous donne l'occasion de pousser le jeu à certains endroits, de redécouvrir des subtilités qui nous étaient passées sous le nez. Quand un acteur a l'occasion de laisser descendre un spectacle en lui, le superficiel reste en bas, et on peut raffermir des liens entre des personnages. Faire une reprise d'un spectacle, c'est l'idéal», soutient Fabien Cloutier.

L'auteur et comédien ne s'est pas gêné pour déboulonner les mythes. «Je pense qu'il faut aborder les oeuvres, surtout les oeuvres cultes, avec une espèce de liberté profonde», plaide-t-il. Une liberté qui l'a mené, entre autres, à faire raconter l'histoire par Cléo, la vieille chienne de Pierre. «Il a pris des risques énormes! Faire une pièce pour adultes où le personnage principal est un chien, il fallait le faire! Et ça marche! D'une minute à l'autre, on ne sait pas ce qu'il va garder de l'histoire originale et qu'est-ce qu'il va amener de nouveau. Il y a une tension dramatique», ajoute Rock Demers, visiblement admiratif de l'oeuvre de Cloutier.

Si rien n'a changé dans la pièce elle-même, plusieurs choses se sont passées au Québec et dans le monde, ces deux dernières années. Sommes-nous plus près que jamais de ce futur pas si lointain où la province est en crise complète? «Le terrorisme a frappé à notre porte. Les inégalités sociales sont toujours autant présentes. La classe moyenne disparaît. Il va y avoir une colère, à un moment donné», pense Fabien Cloutier.

Pour lui, le film, à travers des jeux d'enfants, parlait déjà de ça. «Je reviens toujours à la fameuse scène ou Ti-Guy La Lune regarde les enfants se battre sur une musique enfantine, avec le plaisir, les boules de neige qui volent. Tout à coup, il monte sur la colline et regarde ça d'un oeil différent et ça devient une vraie guerre. Les jeux que se jouent des peuples entre eux, c'est la même chose. Pour quelle raison est-on en train de faire la guerre? Pourquoi, en bout de ligne, les sacrifiés sont ceux qui n'ont pas cherché cette guerre-là? C'est ça, La guerre des tuques. Ce qu'il y a de terrible avec l'espèce humaine, c'est qu'on empile les sacrifiés depuis des années et quand on a l'impression que quelque chose de nouveau arrive, d'autres retombent dans ce jeu. On n'apprend pas beaucoup», analyse avec une pointe de découragement l'auteur.

Parce qu'au fond, la guerre, la guerre, c'est pas une raison pour se faire mal...

=> À l'affiche

  • Titre: La guerre des tuques
  • Texte: adaptation de Fabien Cloutier
  • Mise en scène: Fabien Cloutier
  • Interprètes: Guillaume Boisbriand, Joëlle Bourdon, Marc Auger Gosselin, Simon Lepage, Danielle LeSaux-Farmer, Jean-René Moisan, Maxime Perron, Lucien Ratio et Sophie Thibeault
  • Salle: auditorium du MNBAQ (réservations au 418 643-2150)
  • Dates: 29 janvier au 8 février
  • Synopsis: En plein hiver, alors que l'humanité est dévorée par une crise économique et sociale, un groupe d'adultes décide de faire la guerre, sans vraiment de raison, comme ça... pour se désennuyer. Les clans s'organisent alors sous le commandement de Luc et de Pierre. Les lois s'écrivent, un fort se construit et les batailles se succèdent, jusqu'à ce qu'un malheur les oblige à mettre fin à leur «passe-temps».

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