Les fourberies de Scapin: mais quelle galère!

Scapin est incarné avec un juste dosage de... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Scapin est incarné avec un juste dosage de finesse et de folie par Christian Michaud (deuxième à partir de la gauche).

Le Soleil, Erick Labbé

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) Il y a de ces comédies qui ne se démodent pas. Pourquoi jouer encore Les fourberies de Scapin en 2015? Parce que quand elle est bien montée, cette galère vieille de 343 ans fait encore la preuve qu'elle est un habile ouvrage de ressorts et d'intrigues, si l'on nous permet l'emprunt à Scapin lui-même!

Jacques Leblanc s'était payé la traite, l'an dernier, en montant un éclatant Arlequin, serviteur de deux maîtres, de Goldoni, le «Molière italien». Cette fois, il est revenu au Molière original, avec une farce qui n'a connu un véritable succès qu'après la mort du dramaturge.

La trame des Fourberies de Scapin n'a pas la structure délirante de la commedia dell'arte. Au royaume du fourbe des valets, il n'y a pas autant de portes qui claquent ni autant de clowneries, mais bien un peu plus de finesse, ce qui n'enlève rien à la drôlerie.

En effet, Scapin est un valet bien malin, qui se met en frais d'aider son maître et l'ami de celui-ci, qui se sont mis dans de beaux draps, pendant que leurs pères étaient partis en voyage d'affaires. L'un s'est marié en cachette alors que son père lui destinait la main de la fille de son partenaire; l'autre s'est entiché d'une étrangère voyageant avec une bande d'Égyptiens.

Scapin, fervent amateur de la duperie, mènera en bateau les deux pères, pour leur soutirer de l'argent à la demande des deux fils. Il en profitera même pour assouvir une vengeance personnelle. Mal lui en prendra, car ses ruses seront mises à jour, et on voudra le faire payer... 

La main heureuse

Leblanc a eu la main heureuse en échafaudant sa distribution. D'abord avec son Scapin, incarné avec un juste dosage de finesse et de folie par Christian Michaud. Son jeu physique contribue à mettre en exergue un Scapin rusé, mais aussi un peu dévoré par ses ambitions fourbes. Le voir s'éclater dans la fameuse scène du sac, où il incarne une foule de personnages en peu de temps, reste un moment mémorable. 

Si tous s'en tirent très bien, Jonathan Gagnon dans le rôle de Sylvestre, l'autre valet plutôt niais, et Jack Robitaille dans la peau de Géronte, le père de Léandre qui se fait, excusez-nous l'expression, royalement passer un sapin par Scapin, volent la vedette à chacune de leurs apparitions. Leur jeu, par rapport à celui de Michaud, est franchement gros et plus près de la commedia dell'arte, mais la mise en exergue du côté malin de Scapin n'en fonctionne que mieux. On revoit encore ce pauvre Géronte traîner sa valise à roulettes en répétant : «Mais que diable allait-il faire dans cette galère!»

L'attrait, aussi, réside dans cette intemporalité que maîtrise Leblanc quand il recrée des classiques. À défaut d'être vraiment originale, l'approche a le mérite d'être efficace. On se retrouve ainsi dans un croisement entre références anciennes et modernes, où les frontières se brouillent avec des anachronismes amusants.

C'est particulièrement vrai cette fois dans les joyeux costumes créés par Sébastien Dionne, avec cet imprimé vintage à saveur italienne qui revient dans chacun des habits modernes amalgamés de touches humoristiques. Géronte arbore les crocs jaunes et la perruque aristocratique; Scapin et son apprenti Carle (mention honorable au jeune Élie Giasson-Fragasso, qui incarne le personnage en alternance avec Émile Bergeron), les bermudas, bas de laine et Converse; Argante, le chapeau de cow-boy et la redingote...

Le décor monolithique, créé par une très haute tour de commodes dépareillées, crée un bel effet et se révèle ingénieux en cours de route. On aurait cependant aimé que ses possibilités soient encore plus exploitées, surtout en début de parcours, quand l'intrigue se déploie et que les longs dialogues restent, malgré le jeu physique des acteurs, plutôt statiques. 

La pièce «Les fourberies de Scapin» est présentée jusqu'au 14 février à La Bordée. 

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