Christian Michaud: malin Scapin!

Christian Michaud  s'est inspiré du chat pour incarner... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Christian Michaud  s'est inspiré du chat pour incarner Scapin. «Un chat a toujours l'air d'avoir compris quelque chose que nous n'avons pas compris. J'essaie d'amener du félin dans le personnage.»

Le Soleil, Patrice Laroche

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) Pour Christian Michaud, l'hiver sera classique, puisqu'il enfilera d'abord les habits du fourbe Scapin à la Bordée avant de se joindre à la troupe de Macbeth, au Trident. Pour le comédien, qu'on a surtout vu dans du théâtre de création ces dernières années, il fait bon de retourner aux sources. «Les classiques continuent d'en dire beaucoup sur ce que nous sommes, aujourd'hui», pense-t-il. Le Soleil s'est penché avec lui sur les défis de Scapin, un personnage malin et même un peu... félin!

Q Ce n'est pas votre premier Molière en carrière, n'est-ce pas?

R Effectivement, j'ai joué dans Le malade imaginaire en 2003, après avoir fini le Conservatoire. La grosseur du rôle est très différente! C'était un de mes premiers rôles au Trident. Je ne vois plus le théâtre de la même façon. C'est amusant, parce que quand j'ai joué Cléante dans Le malade imaginaire, c'était Jacques Leblanc qui jouait le rôle principal. J'aspirais à faire des rôles comme ça. Et là, de jouer Scapin dans une mise en scène de Jacques, c'est tout un honneur! Je pense que je n'aurais jamais été capable de jouer ce personnage-là il y a 10 ans. Je pense que c'est le rôle le plus difficile que j'ai eu à faire depuis que j'ai fini le Conservatoire.

Q Qu'est-ce qui le rend si difficile?

R Il y a tellement de couches à jouer! Quand Scapin dit une chose, il en pense huit autres différentes. C'est comme ça durant 1 heure 30. Il parle sans arrêt, il y a beaucoup de textes, mais la charge est surtout au niveau du sous-texte, au niveau de ce qu'il doit faire croire. Il conte tellement de menteries que comme comédien, je dois souvent m'arrêter et me demander ce que je crois moi-même pour retrouver la source des mensonges.

Q Être fourbe, ce n'est donc pas évident à jouer?

R Non, ce n'est pas évident être un fourbe! [Rires]. Je ne suis tellement pas fourbe moi-même. Si je mens, c'est écrit dans mon front. C'est un gros défi. Dans les cinq dernières années, j'ai eu la chance de jouer de superbes gros rôles, mais je pense que concernant la complexité du personnage, c'est le plus difficile. Et la langue de Molière n'est pas facile à parler non plus. Oui, c'est un français international, mais avec plein d'inversions et de liaisons. Il y a beaucoup de décisions à prendre.

Q Quelle a été l'approche de Jacques Leblanc par rapport à la mise en scène? Des classiques comme ceux de Molière offrent toujours beaucoup de possibilités...

R Je pense que c'est intemporel. Jacques n'a pas choisi d'époque particulière. On le monte, on joue les situations. Les costumes n'ont pas de temps. Ce n'est pas moderne. Certains accessoires sont excessivement modernes, mais il n'y a pas de moment fixé dans le temps.

Q Du côté des décors, peut-on avoir quelques indices?

R C'est un décor très épuré. Il y a une structure énorme, pas très large, mais qui monte jusqu'au plafond, faite avec des devantures de meubles. C'est le seul élément de décor, on court à travers ça, on y monte aussi.

Q Comment avez-vous construit votre Scapin?

R C'est un personnage qui est tiré de la commedia dell'arte, mais j'ai décidé que je n'irais pas dans l'hyper-expressif et le très gros. Ce n'était pas ce dont j'avais envie. Il faut que le côté très brillant de ce personnage manipulateur passe. C'est pourquoi je vais dans une proposition très réaliste, ce qui fait que les autres personnages autour qui sont un peu plus gros font ressortir l'intelligence de Scapin. Physiquement, j'aime souvent dire que je me suis inspiré d'un chat, parce qu'un chat, c'est très malicieux. Un chat a toujours l'air d'avoir compris quelque chose que nous n'avons pas compris. Chaque fois que je regarde un chat, je me sens toujours un peu innocent. Il a une confiance en lui, il sait ce qu'il va faire, il est toujours en train d'analyser. J'essaie d'amener du félin dans le personnage.

Q C'est dans vos habitudes d'utiliser des animaux pour composer vos personnages?

R Je fais souvent ça, lancer mes personnages à partir d'un animal. C'est niaiseux, c'est un exercice de Conservatoire, mais je m'en suis toujours rappelé. Ça me parle, parce que j'aime beaucoup le jeu physique au théâtre. Je trouve intéressant d'aller au théâtre et voir des comédiens agiles dans leur corps et qui ont une proposition physique claire. J'essaie de faire la même chose.

Q Scapin peut faire penser à Arlequin, qui était justement à l'affiche de la Bordée à pareille date l'an dernier. Comment les comparez-vous?

R Scapin, c'est un peu comme le king des valets. Molière a écrit beaucoup de pièces où les valets sont plus intelligents que les maîtres, et on dirait que Scapin est le chef de tous les valets. Je regardais une entrevue réalisée avec David Savard, qui a joué le personnage dans la version de Denise Filiatrault il y a quelques années, et il disait que Scapin était un peu comme le Robin des Bois des valets. C'est un peu vrai. Ce n'est pas bien, ce qu'il fait, il se moque des gens, il ment, mais pour aider des gens qui en ont peut-être plus besoin. Comme une espèce de justice personnelle.

Q Aviez-vous vu cette version?

R Non, je n'ai jamais vu la pièce! Je connaissais la scène du sac, mais quand je l'ai lue en vrai, je me suis dit : «Oh boy!» C'est un défi tous les jours! Ça se passe quand le maître est dans le sac et que Scapin le bat en tournant autour de lui, en incarnant une douzaine de personnages en même temps. Tous les personnages qu'il fait ont des accents différents. En plus, cette scène arrive à la fin du spectacle, quand on a déjà la langue à terre! Mais c'est une magnifique scène, c'est plaisant à faire.

Q Vous faites un Molière pour commencer la saison d'hiver et un Shakespeare (Macbeth, au Trident) pour la finir. Grosse saison de classiques?

R Oui, c'est une grosse année de classiques! Ce sont de beaux défis. On est comme des superhéros quand on joue ça, il y a quelque chose de très assumé. Les classiques, c'est tout ce qu'est le théâtre. C'est le tonus, c'est la voix haute, on déclame des affaires, il y a de la poésie... C'est agréable de jouer ça. [..] Finir avec un Shakespeare, c'est plaisant, particulièrement avec Macbeth. J'ai joué cette pièce en finissant l'école, ici, à la Bordée. C'est drôle parce que je faisais Macbeth, et Jean-Sébastien Ouellette, qui incarnait un autre personnage, fait maintenant Macbeth. Les rôles sont inversés. Cette fois, je jouerai Banco, l'un des meilleurs amis de Macbeth.

=> À l'affiche

  • Titre : Les fourberies de Scapin
  • Texte : Molière
  • Mise en scène : Jacques Leblanc
  • Interprètes : Émile Bergeron, Chantal Dupuis, Philippe Durocher, Hugues Frenette, Jonathan Gagnon, Élie Giasson-Fragasso, Pierre-Olivier Grondin, Marianne Marceau, Christian Michaud, Jack Robitaille et Ghislaine Vincent
  • Salle : Théâtre de la Bordée
  • Dates : 20 janvier au 14 février 
  • Synopsis : De jeunes gens ont recours aux ruses de Scapin pour dénouer leurs impasses amoureuses. Par des stratagèmes ingénieux, le fourbe Scapin réussira à berner les pères et à leur soutirer l'argent nécessaire aux jeunes. Et il en profitera également pour assouvir quelques petites vengeances.

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