Dans la république du bonheur: radical et décoiffant

Les spectateurs sont conviés à un repas de... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Les spectateurs sont conviés à un repas de Noël dans une famille psychotronique, quelque part en Floride. On voit ici le père (Normand Bissonnette) et la mère (Lise Castonguay).

Le Soleil, Pascal Ratthé

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) Il ne fallait pas attendre du mariage entre un texte de Martin Crimp et une mise en scène de Christian Lapointe quelque chose de conventionnel. Avec Dans la république du bonheur, le metteur en scène de Québec offre une proposition radicale et décoiffante.

Les spectateurs du Trident ont certainement eu les puces secouées, jeudi. Il y a aussi fort à parier que certains n'auront pas aimé le sentiment. C'est qu'il fallait accepter de sortir très loin hors de sa zone de confort pour se laisser porter par la proposition éclatée concoctée par Lapointe et le Théâtre Blanc.

Or, il y avait longtemps qu'une pièce n'avait su garder mon intérêt aussi vif. Était-ce le sentiment d'être constamment déstabilisée, l'envie de toujours chercher à saisir le sens de l'objet théâtral, sans jamais vraiment y parvenir? Chose certaine, le procédé a produit un certain envoûtement dont l'essence reste encore difficile à identifier à chaud.

Il faut dire que l'univers visuel créé sur scène est déjà à lui seul surchargé. Quand le rideau se lève, nous sommes conviés à un repas de Noël dans une famille psychotronique, quelque part en Floride. Il y a du sable, une grande piscine gonflable, des chaises de parterre, une toilette chimique, des lumières de Noël. Tout baigne dans le kitsch.

On y rencontre le grand-père, «vieux croûton» qui réclame à tout vent le droit de bander encore (formidable Roland Lepage); la grand-mère (Denis Gagnon), femme déchue qui réclame son droit de juger les gens du haut de son taxi; le père (Normand Bissonnette), «dur de la feuille», qui a raté sa carrière; la mère au foyer (Lise Castonguay) qui réclame le droit de semoncer ses filles; et les deux filles, justement, dont l'une est gâtée pourrie parce qu'elle est tombée enceinte de façon irréfléchie (Joanie Lehoux), et l'autre, accro aux selfies, qui la jalouse (Noémie O'Farrell).

Cette famille se déploie devant nos yeux, et, déjà, l'étrangeté s'installe. Tout est légèrement décalé de la réalité. Tour à tour, les membres de la famille utilisent un micro en plein milieu de la scène pour des prises de parole contre les autres membres de la tribu. Même si tout cloche de plus en plus, c'est l'irruption de l'Oncle Bob (David Giguère) qui achève l'équilibre plus que précaire. Il se pointe sur scène et déballe, au nom de sa femme Madeleine (Ève Landry), dans un débit proche du slam et avec une étrange joie simulée, les pires atrocités sur tous les membres de sa famille. Avec Madeleine, il s'apprête à partir, pour ne plus jamais revenir.

Mais quand Madeleine fait irruption dans la maison, pour utiliser les toilettes, tout bascule pour vrai, dans la forme comme dans le fond. S'enclenche alors une envolée théâtrale prismatique où sont déclinées les règles de cette «république du bonheur», de cette nouvelle vie que Madeleine et Bob veulent s'offrir: la liberté de s'écarter les jambes, la liberté de vivre un horrible traumatisme, etc.

À partir de là, mieux vaut attacher sa tuque. Les procédés narratifs s'éclatent: la pensée tourbillonne, s'échange d'un acteur à l'autre, sans qu'on sache jamais vraiment qui parle. Les idées avancent, reculent, se répètent et se dédoublent, prennent différents embranchements, s'incarnent dans des Barbies marionnettes, se cristallisent dans des chansons pop jouées sur des airs de synthétiseurs, trouvent écho dans une symbolique visuelle qui apparaît comme un véritable casse-tête dont on peine encore à démêler les morceaux.

Et ce n'est pas le troisième acte qui arrange quoi que ce soit. Ce n'est pas Martin Crimp ni Christian Lapointe qui veulent nous dire quoi penser. S'il y a une thèse dans tout ce chaos organisé, c'est à chacun de se la faire. Chose certaine, il y a quelque chose d'indéniablement fascinant dans ce tableau tortueux illustrant notre relation trouble avec la quête du bonheur. C'est le genre d'offrande audacieuse qui prend du temps à digérer, et qu'il faut voir par soi-même pour réellement se faire une idée.

La pièce Dans la république du bonheur est présentée jusqu'au 7 février au Trident.

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