Mes enfants n'ont pas peur du noir: Fraternité égarée

Jean-Denis Beaudoin et Édith Patenaude dans le décor... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Jean-Denis Beaudoin et Édith Patenaude dans le décor de Mes enfants n'ont pas peur du noir. L'équipe a entravé toute la salle et la scène de Premier Acte de madriers de bois brut, alors que tout le mobilier de la cabane est peint en noir. «On voulait que les gens soient dans le bois avec nous et que ce soit ça qui prime», explique Édith Patenaude.

Le Soleil, Erick Labbé

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) Jean-Denis Beaudoin se souvient bien peu de ce qui déclenchait les fréquents conflits entre son frère et lui, quand ils étaient jeunes. «Ça pouvait être tellement banal. Mais ce n'est pas important. Ce qui l'est, c'est ce que ça cache : mon frère vient me chercher», avoue candidement le jeune auteur.

C'est de cette relation fraternelle houleuse, entre amour et haine - dans laquelle beaucoup se reconnaîtront - que l'acteur est allé puiser l'inspiration pour Mes enfants n'ont pas peur du noir, sa première pièce. «Ça part de vraies réactions qui sont liées à des situations vraiment semblables, que j'ai vécues quand j'étais jeune. C'était tout le temps moi qui pétais ma coche. Mon frère prenait beaucoup de place, et même si je ne suis pas quelqu'un de colérique, avec lui... Le lien filial devient tellement fort que tu sors de toi, à un moment donné», raconte-t-il.

Pour Édith Patenaude, qui signe la mise en scène de la pièce, qui prend l'affiche de Premier Acte mardi, la réflexion va au-delà du lieu filial. «Il y a certaines situations, certaines idées qu'on défend et qui peuvent nous faire voir rouge. Ça nous arrive à tous de perdre le contrôle. C'est un spectacle là-dessus aussi, sur la perte du contrôle de soi, jusqu'où on peut aller. La limite est facile à franchir. On ne sait pas ce qui va le déclencher», analyse-t-elle.

Au départ, Jean-Denis Beaudoin avait l'idée d'écrire un conte contemporain, inspiré d'Hansel et Gretel. Aujourd'hui, après tout le travail d'écriture (l'équipe a d'ailleurs présenté un laboratoire aux Chantiers du Carrefour international de théâtre, au printemps), il ne reste plus grand-chose, tout au plus des petites miettes semées ici et là...

«Jean-Denis est passé à travers le conte d'Hansel et Gretel pour trouver le chemin vers sa propre oeuvre, et une fois qu'il a eu trouvé sa propre dramaturgie, on s'est rendu compte que le chemin n'était plus nécessaire», explique Édith Patenaude. «Ce qui servait à établir les bases du conte a tellement teinté le récit et les personnages qu'on n'a plus besoin des éléments du conte, le récit en est imprégné», ajoute-t-elle.

Condamnés à s'entendre

L'histoire est donc celle de deux frères, qui vivent isolés en plein bois, avec leur mère. Le père est parti, on ne sait où, il y a longtemps. La relation entre les deux frangins est loin d'être au beau fixe. L'un d'eux, Joe, trouve mal le sommeil. Dans la nuit, il aperçoit deux points lumineux, qui le fixent à travers la fenêtre... Quand il fait entrer Sarah, sa copine, dans la dynamique de la maisonnée, tout bascule.

«Pour moi, ce spectacle-là parle d'égarement. Ils sont perdus dans la forêt, en réalité. C'est une façon à la fois extrême et passive de s'évader, de rester dans un lieu éloigné du reste du monde pour y vivre. En contrepartie, ils n'ont pas le choix de régler leur conflit», expose Jean-Denis Beaudoin. «Ils sont obligés de trouver leurs solutions à l'intérieur, mais en même temps, ils n'ont pas les outils pour négocier les solutions. Et le feu prend à peu près tout le temps. C'est parce qu'ils s'aiment autant qu'ils se détestent autant, et vient un moment où ils s'égarent là-dedans, où ils ne savent plus où est la frontière», complète Édith Patenaude.

Si la pièce se campe dans un réalisme éclaté, les bascules vers le monde du conte sont de plus en plus nombreuses au fil de la pièce. Et même si on est dans le sombre et la violence, il y a aussi de l'humour, précise le duo. «Jean-Denis a cette grande qualité d'écriture, à savoir trouver cette vie palpitante dans les dialogues, ce côté acide, mais drôle, que des frères peuvent avoir dans leur amusement à s'agacer», ajoute la metteure en scène.

Visuellement, l'équipe a entravé toute la salle et la scène de Premier Acte de madriers de bois brut, alors que tout le mobilier de la cabane est peint en noir. «On voulait que les gens soient dans le bois avec nous et que ce soit ça qui prime. C'est une pièce avec beaucoup de scènes réalistes, mais on ne voulait pas y être pris non plus. Il y avait vraiment l'idée de faire disparaître  le quotidien dans la forêt, comme si elle avait poussé jusque dans la maison, comme si leurs racines étaient partagées, maintenant», image Édith Patenaude.

À l'affiche

Titre : Mes enfants n'ont pas peur du noir

Texte : Jean-Denis Beaudoin

Mise en scène : Édith Patenaude

Interprètes : Jean-Denis Beaudoin, Maxime Beauregard, Lise Castonguay, Laurie-Ève Gagnon, Nicolas Létourneau et Jocelyn Pelletier

Salle : Premier Acte

Dates : 18 novembre au 6 décembre

Synopsis : Deux frères jaloux qui s'aiment et se détestent et une mère égarée par l'absence du père habitent une maison isolée dans la forêt. Dehors, la nuit, dans la profondeur du noir, des yeux fixent sans arrêt la maison. Tout est en place pour que ça éclate.

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