Vania: les contrastes de l'âme

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Hugues Frenette se révèle dans des nuances très sensibles à travers Vania, cet homme déchu.

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) L'écriture de Tchekhov est singulière. Ses personnages sont souvent exaltés, se livrent avec franchise sur leurs profonds états d'âme. En réalité, ils restent toujours un peu inaccessibles, distants. Ils se disputent, sur un même pied d'égalité, notre sympathie.

C'est du moins le cas dans Oncle Vania, que Marie Gignac a décidé de simplement renommer Vania pour sa version présentée au Trident. Une version toute en contrastes, à la fois contemporaine dans ses costumes et ses décors, à la fois un peu décalée, dans un flottement intemporel, dans l'élan de son texte.

Les personnages évoluent sur une grande galerie de bois, annexée à un chalet en bois rond, quelque part dans une forêt. C'est épuré, hors du temps. En même temps, les écrans vidéo sur lesquels on projette des images saisissantes de la forêt évoluant au fil des saisons créent un effet hyperréaliste très moderne. 

La dysfonctionnelle famille qui habite l'endroit se présente à nous dans des vêtements décontractés, très neutres. Et pourtant, quand ils ouvrent la bouche, le registre tranche avec l'image : des mots d'un autre temps, dans un français soutenu, déboulent dans un style qui, sans être fleuri, détonne avec l'ambiance contemporaine. 

Pendant que se décline devant nous le destin de Vania (Hugues Frenette) et de sa nièce Sonia (Claudiane Ruelland), dont le quotidien a été complètement bouleversé depuis l'arrivée du beau-frère, le professeur Sérébriakov (Jacques Leblanc), et de sa jeune épouse, Éléna (Alexandrine Warren), le ton à la fois soutenu et direct se place, se fond dans l'action. 

Les mots de Tchekhov provoquent un envoûtement certain. Oui, les personnages de Vania, des intellectuels rendus un peu névrosés par leur vie estivale ennuyante au milieu de la forêt, parlent beaucoup. Et ils disent beaucoup de vérités, du coup, sur le temps qui passe, la vieillesse, la jeunesse, le sentiment d'échec et le désir de vivre une vie utile. Au-delà de tout ce qu'ils disent, il y a aussi tout ce qu'ils ne disent pas, ce qui reste caché et qu'on se prend à creuser, après coup.

Une aura mystique

C'est bien là la richesse de l'oeuvre de Tchekhov, et sa pertinence d'être montée encore aujourd'hui. Marie Gignac a certainement su lui donner une couleur particulière, une aura un peu mystique, à la fois contemporaine et intemporelle. Surtout, elle a su réunir une distribution à la hauteur de la souplesse que demande l'écriture de Tchekhov, où les personnages sont tout sauf manichéens, pleins de contradictions, d'impulsions et de mystères. Des êtres humains, quoi. Hugues Frenette se révèle dans des nuances très sensibles à travers Vania, cet homme déchu, en profonde crise existentielle, follement et maladroitement amoureux d'Éléna. Mais sa quête tardive du bonheur ne masque pas celle de tous les autres, qui s'entrecroisent sans jamais se toucher, ni se réaliser.

Vania est présentée jusqu'au 29 novembre au Trident.

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