Oncle Vania: montagnes russes

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Cette nouvelle production, Oncle Vania de Tchekhov, au Trident, a toutes les allures de retrouvailles pour Hugues Frenette et Marie Gignac, qui en sont à leur quatrième collaboration d'envergure comme comédien principal et metteure en scène.

Le Soleil, Yan Doublet

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) L'écriture profondément humaine de Tchekhov est indémodable, de l'avis de Marie Gignac et d'Hugues Frenette. «C'est une montagne russe. Et c'est bien tout ce qu'il y a de russe dans le spectacle», lance Marie Gignac en riant, à propos de la version d'Oncle Vania qu'elle met en scène au Trident.

«Il y a une adresse dans l'écriture et dans l'histoire qui fait que les retournements de situations chez les personnages se vivent de façon franche, et c'est ce qui permet de passer d'un état de détresse à un état d'extase en un clin d'oeil», précise Hugues Frenette, qui endosse le rôle-titre de la pièce.

Cette nouvelle production a toutes les allures de retrouvailles pour Hugues Frenette et Marie Gignac, qui en sont à leur quatrième collaboration d'envergure comme comédien principal et metteure en scène. Après Les mains sales, de Sartre, Cyrano de Bergerac, de Rostand, et Henri IV, de Pirandello, leur collaboration sur un Tchekhov apparaît toute naturelle.

«Autant de symbiose avec un metteur en scène, sans rien enlever aux autres, c'est rare que j'ai vu ça», lance Hugues Frenette. «Comme metteure en scène, j'ai un regard d'amour, un regard bienveillant sur les acteurs, et en particulier sur Hugues. J'aime l'acteur qu'il est, j'aime sa façon de se lancer, de se donner à fond, de prendre des risques. Il a une virtuosité émotionnelle extrêmement riche et il l'ouvre. Il a de l'invention aussi, il a toujours quelque chose à proposer dans le jeu», renchérit Marie Gignac.

Complicité

La complicité est palpable, et l'affection pour Tchekhov, affirmée : ils étaient tous deux de la distribution des Trois soeurs de Wajdi Mouawad, une aventure qui les a menés jusqu'en Russie, pour un festival consacré au célèbre auteur. «Un grand souvenir dans nos vies», concède Marie Gignac.

Quand Anne-Marie Olivier a sondé les artisans du milieu théâtral de Québec à son arrivée à la tête du Trident, Marie Gignac avait en tête de faire une pièce de Tchekhov, et pas n'importe laquelle : Platonov, sa première pièce de jeunesse, très longue et très fournie en personnages. Anne-Marie lui propose plutôt Oncle Vania, une pièce un peu méconnue de son répertoire. 

Un regard vierge

«C'est la première des quatre dernières oeuvres de Tchekhov, les pièces de la maturité, qui sont considérées comme ses chefs-d'oeuvre, avec La mouette, Les trois soeurs et La cerisaie. Oncle Vania marque vraiment un tournant. Je la connaissais moins, et étonnamment, c'est la seule pièce de Tchekhov que je n'avais jamais vue dans une production professionnelle», raconte la metteure en scène. 

Avec ce regard vierge, Marie Gignac décide se lancer dans cette pièce qui parle «du vieillissement, de l'écoulement du temps et de l'échec». Or, les traductions françaises déjà existantes ne la satisfont pas. Comme elle l'avait fait avec Henri IV de Pirandello, elle retourne aux sources du texte dans sa langue originale, «beaucoup plus directe qu'on le pense». Avec Tania Presnyakova, une citoyenne de Québec d'origine russe, elle a rédigé une nouvelle traduction. «Les traductions françaises sont toujours un peu fleuries. J'ai essayé de le rapprocher de notre langue à nous, au Québec», explique-t-elle.

Le choix se reflète aussi dans la mise en scène, à la fois contemporaine et intemporelle, hors de toute référence culturelle et géographique. On se retrouve tout simplement à la campagne, près d'un chalet, dans une région où les saisons sont marquées comme ici. Le professeur Sérébriakov (Jacques Leblanc) arrive chez son beau-frère Vania, accompagné de sa jeune et belle épouse Éléna (Alexandrine Warren), qui déclenchera le tour de montagnes russes.

Pour Hugues Frenette, ces choix de mise en scène rendent l'action de la pièce beaucoup plus évidente. «On n'est pas du tout dans notre tête, on est dans une suite d'actions et de réactions. C'est une pièce qui est tout à fait dans l'air du temps, qui marche dans notre rythme. La tension amoureuse, même sexuelle, palpite dans la pièce», estime l'interprète de Vania, qui se remettra en question de façon monumentale.

=> À l'affiche

  • Titre : Oncle Vania
  • Texte : Anton Tchekhov
  • Mise en scène : Marie Gignac
  • Interprètes : Véronique Aubut, Normand Bissonnette, Hugues Frenette, Jacques Leblanc, Jean-Sébastien Ouellette, Claudiane Ruelland, Denise Verville, Alexandrine Warren
  • Salle : Trident (salle Octave-Crémazie du Grand Théâtre)
  • Dates : jusqu'au 29 novembre
  • Synopsis : Vania et sa nièce Sonia exploitent tranquillement le domaine de cette dernière à la campagne. L'arrivée du professeur Sérébriakov, le père de Sonia, et de sa jeune et belle épouse, Éléna, viendra bouleverser le quotidien de chacun.

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