Clôture de l'amour: l'amour mis à mort

Le metteur en scène Christian Vézina a mis... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Le metteur en scène Christian Vézina a mis la main sur le texte du Français Pascal Rambert à Paris, il y a deux ans. Convaincu que la pièce Clôture de l'amour doit être montée au Québec, il persuade notamment Maude Guérin de se glisser dans la peau d'Audrey, en séparation de son conjoint.

Le Soleil, Pascal Ratthé

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) La pièce Clôture de l'amour repose sur un air connu : un couple, ensemble depuis des années, parent de trois enfants, se sépare. «Mais ce n'est pas une scène de ménage», précise d'emblée Christian Vézina, le metteur en scène de cette version québécoise qui s'arrêtera à L'Anglicane le 30 octobre. «C'est une tragédie post-moderne», tranche-t-il.

«On a un peu l'impression, et ça n'arrive pas souvent dans une carrière, d'être en train de créer un classique contemporain. Clôture de l'amour est de cet ordre-là, étant donné la force de l'écriture et la singularité de la forme», poursuit Vézina. Il faut dire que la pièce du Français Pascal Rambert est précédée d'une forte réputation. Elle a fait un tabac à Avignon, en 2011, avant de se mettre à voyager autour du monde, de New York à Tokyo, en passant par Berlin, Milan, Zagreb et Moscou, notamment.

Christian Vézina, qui en avait entendu parler, a finalement mis la main sur le texte à Paris, il y a deux ans. Après deux lectures dans l'avion qui le ramène au pays, il est convaincu que la pièce doit être montée au Québec. Il persuade Maude Guérin et Christian Bégin de se glisser dans la peau d'Audrey et de Stan, une actrice et un metteur en scène, qui se retrouvent sur une scène de théâtre où leur amour est mis à mort.

«La forme théâtrale est spéciale, parce que c'est le personnage de Stan qui commence, qui amène Audrey sur la scène de ce théâtre, qui lui dit que tout est terminé, que ça s'arrête là. Il s'explique pendant une heure. Quand il s'apprête à partir, c'est là qu'Audrey commence à parler», explique Maude Guérin.

Des silences qui parlent

Le résultat n'est pas, contrairement à ce qu'on serait porté à croire, deux monologues qui se suivent. S'ils ne se répondent pas par la parole, Stan et Audrey se répondent par leur corps. «L'écoute de l'autre devant nous est très importante», souligne l'interprète d'Audrey. Le résultat de cet échange de coups entre la prise de parole de l'un et le silence de l'autre est tout à fait poignant, assurent d'une même voix Christian Vézina et Maude Guérin.

«Pour moi, le théâtre est le lieu de l'action, et là, il y en a beaucoup», spécifie le metteur en scène. «Tous deux ont un itinéraire dans la parole et dans le silence qui est tout à fait étonnant. Ce ne sont pas les mêmes au début qu'à la fin.»

L'écriture de Pascal Rambert, à la fois hyperréaliste et poé-tique, braque les projecteurs sur le moment intime et intense d'une rupture amoureuse. Stan et Audrey deviennent des archétypes. Lui, d'un côté, intellectualise leur relation, tente de la manipuler et va très loin dans la méchanceté. Elle, de l'autre, emmagasine des munitions pour lui remettre en plein visage ce qu'il laisse derrière lui en la quittant. «Il va jusqu'à dire qu'il ne la désire plus. On sent vraiment le malaise des gens dans la salle qui se demandent quand Audrey va enfin répondre. Ça devient très tendu, mais il y a un renversement de situation quand c'est à son tour de parler et qu'elle lui dit : "Non, tu ne sortiras pas, tu vas rester là, tu vas m'écouter jusqu'au bout toi aussi." Elle lui dit qu'il va tout perdre, qu'il va s'écrouler... Et il s'écroule lui aussi littéralement», raconte Maude Guérin.

Discussion infinie

«C'est un prisme de l'amour. Toutes les lumières sont mises sur ce qui arrive quand on se sépare. C'est un exercice extraordinaire, et je pense que, dans la salle, les gens réalisent que ça pourrait leur arriver et sortent avec l'envie de tout faire pour préserver leur amour», continue la comédienne.

En entrevue, Christian Vézina et Maude Guérin ne peuvent s'empêcher d'échanger, comme dans un ping-pong, sur les motivations des personnages. «On en discute comme si on travaillait la pièce, finalement, mais c'est une discussion sans fin. Ça amène une discussion infinie pour les spectateurs aussi. C'est ce que je trouve très fort de l'écriture de Rambert», constate Maude Guérin.

L'expérience l'a poussée dans les derniers retranchements de son travail d'interprète. «C'est une montagne de mots, on a près de 40 pages de textes chacun, sans ponctuation ni virgule, sans courbe drama-tique établie. C'est Christian Vézina qui nous a amenés jusqu'au bout. C'est vraiment très fort, ça faisait longtemps que je n'étais pas allée là. Et Christian Bégin vous dirait la même chose : il y aura eu un avant Clôture de l'amour et un après», témoigne Guérin, qui s'est pourtant déjà frottée à des partitions théâtrales costaudes par le passé.

Ce qui fait dire à Christian Vézina que «les gens comprennent parfois mal ce qui est l'art. Les gens pensent que le but d'être artiste, c'est d'être une vedette. Là, on a deux exemples de gens qui sont des vedettes et qui vont dans un tout petit théâtre à Montréal [le Théâtre de Quat'Sous] risquer leur peau sur un texte invraisemblable parce qu'ils sont avant tout des artistes. Ils n'ont rien à gagner sur le plan de la renommée et de l'argent. C'est une démarche artistique. Et c'est une chose que je trouvais importante. Il y a des gens qui sont venus voir la pièce un peu par accident, et ça leur est rentré dedans», soutient le metteur en scène.

À l'affiche

  • Titre : Clôture de l'amour
  • Texte : Pascal Rambert
  • Mise en scène : Christian Vézina
  • Interprètes : Maude Guérin et Christian Bégin
  • Salle : L'Anglicane (Lévis)
  • Date : 30 octobre
  • Synopsis : Audrey et Stan, une actrice et un metteur en scène, se retrouvent sur une scène de théâtre pour mettre fin à leur relation dans un face-à-face de haute voltige.

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