Gustavia: virilité tragique des clowns

Mathilde Monnier et La Ribot se sont inspirées... (Photo ©Marc Coudrais)

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Mathilde Monnier et La Ribot se sont inspirées du cinéma muet et de Fellini pour créer Gustavia.

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(Québec) Elle se fait appeler La Ribot, comme on dirait la Corriveau ou la Castafiore, et avec Mathilde Monnier, elle a créé une femme clownesque, tragique et plurielle : Gustavia. Le duo de chorégraphes-interprètes inclassables traversera l'Atlantique cette semaine pour nous la présenter.

La Ribot est espagnole, Mathilde Monnier est française. «On s'est connues dans les années 80 à Madrid, explique la première. En 1999, quand je suis passée au festival de Montpellier, on s'est dit qu'on devrait travailler ensemble. Ça a pris presque 10 ans pour coordonner nos agendas.»

En 2008, année chargée où Monnier crée 2008 vallée avec le chanteur Philippe Katherine et met en scène l'opéra Surrogate Cities à l'Opéra philharmonique de Berlin avec 140 amateurs, les astres s'alignent toutefois pour les deux créatrices.

Dès le départ, elles souhaitent tout partager : la direction, la chorégraphie, la scénographie et la scène elle-même. «Au contact de Mathilde, j'avais envie de retrouver un peu plus la danse, et elle, de son côté, avait envie d'interpréter des rôles», indique La Ribot. Il faut dire que celle-ci multiplie les approches artistiques (installations, films, performances), alors que Monnier s'applique à redéfinir la danse contemporaine française. 

«Elle est arrivée avec l'idée de travailler sur le clown, idée que moi, en principe, je détestais», raconte-t-elle. Sans pouvoir identifier clairement la cause de cette réticence, La Ribot expose que le clown était enveloppé d'une aura un peu passéiste, voire effrayante, pour elle. Pourtant, au fil des discussions, elle entrevoit tout le potentiel de cette figure «très féminine et très virile, très comique et très tragique, voire violente», donc paradoxale et porteuse de contrastes.

Pour mixer leurs pratiques, Monnier et La Ribot ont beaucoup joué l'une pour l'autre au début du processus de création. «On donnait un thème, une de nous faisait un truc pour Mathilde, et l'autre y répondait en imitant, déconstruisant ou parodiant. On y a passé des journées entières. De la première proposition à la dernière, une chaîne se construisait et nous permettait de créer un langage commun», explique La Ribot. Même si elles ont fini par définir un territoire commun, les deux artistes ont tenu à préserver leur individualité. «Nous sommes très différentes comme femmes, mais aussi comme artistes, mais je crois que nous n'avons jamais tenté de nous mettre d'accord», glisse l'Espagnole dans un éclat de rire.

Elles décident de s'inspirer du cinéma muet et du film Les clowns, de Fellini, un voyage nostalgique auprès des clowns de cirque, qui aborde la solitude, la vieillesse et la mort. Au-delà des numéros de cabaret et d'effeuilleuses, le burlesque évoque pour les deux femmes un travail physique, «lié à la fragilité et aux failles du corps», souligne La Ribot.

Le corps, justement, est vulnérable, précaire et maladroit dans leur création. «Le sol de Gustavia est fait de rideaux noirs qui nous font trébucher tout le temps, mais réellement, parce qu'il est instable», indique-t-elle.

L'improbable prénom

L'improbable prénom Gustavia représente le fusionnement des deux créatrices, une bête hybride avec deux têtes, quatre bras et quatre jambes. «Ça a une saveur de cirque, note La Ribot, et Gustavia est un mot très près de gustative, assez sensuel.» Sans vouloir parler particulièrement de la femme, Gustavia est donc devenue l'égérie d'une féminité éclatée, qui explose et se multiplie lors de la scène finale du spectacle. Depuis 2008, Gustavia a mûri, mais fondamentalement, elle ne change pas, constate l'artiste.

Elle-même adopte des méthodes de travail changeantes, mais toujours soutenues par cette idée de capter le corps en mouvement. Dans son film llámame mariachi, par exemple, les interprètes se filment elles-mêmes, multiplient les échelles de plans et les prises de vues, alors que présentement, elle explore les effets sur scène d'un corps désincarné, aspiré, pour une nouvelle production. 

On peut suivre son travail au www.laribot.com.

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