Gros-Câlin: l'étreinte des mots

Dans l'adaptation théâtrale du roman Gros-Câlin de Romain... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Dans l'adaptation théâtrale du roman Gros-Câlin de Romain Gary, l'acteur et metteur en scène Pascal Contamine a fait preuve d'inventivité en choisissant de s'adresser à la foule sous une forme de conférence fictive.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) Les mots ont ce pouvoir, quand ils sont bien alignés, d'étreindre notre coeur et notre âme. Si transposer un roman au théâtre peut s'avérer périlleux, le travail qu'a fait Pascal Contamine en adaptant Gros-Câlin de Romain Gary est un réel bijou dans le domaine. On en sort avec la gorge un peu serrée, même si on a ri plus qu'à notre tour.

«Les sourires sont souvent tristes, il faut se mettre à leur place», nous dit d'ailleurs avec justesse ce Monsieur Cousin, un statisticien morne qui vit dans une solitude pathétique, mais entretient envers la vie une naïveté à la fois tendre et étrangement lucide.

Naïveté et lucidité ne semblent pas aller de pair, mais dans l'écriture de Gary, et l'incarnation très juste de Pascal Contamine, ils s'amalgament dans un langage et un imaginaire particulier. Il y a quelque chose aussi dans le style de Gary qui lui donne une familiarité, une oralité sympathique.

C'est un réel bonheur de voir cette littérature incarnée dans une mise en scène inventive. Contamine a en effet choisi de s'adresser à la foule sous une forme de conférence fictive, d'où le sous-titre de la pièce, Conférence sur la solitude des pythons dans les grandes villes. À travers des extraits savamment tricotés, le metteur et scène et comédien constitue un monologue tout en circonvolutions, comme le mouvement d'un python qui s'enroule et se déroule sur lui-même.

M. Cousin, le statisticien, raconte ainsi les leçons qu'il a apprises en devenant le propriétaire d'un python, nommé Gros-Câlin, lors d'un voyage organisé en Afrique. D'une digression à l'autre, on glisse dans sa vie solitaire de vieux garçon, invisible aux yeux des autres, qui comble ses besoins d'affection avec son nouveau compagnon reptilien - et parfois des putes. Il s'empêtre dans sa relation avec une collègue, Mme Dreyfuss, pour laquelle il manifeste un amour enfantin et romanesque. On le suit dans son vivarium personnel où le décor évoque en même temps son salon et son bureau, d'un beige égal.

Résonances modernes

«Mon problème ce n'est pas mon chez-moi, c'est mon chez-les-autres». Cette petite perle - parmi tant d'autres - résonne un peu trop bien dans nos vies modernes. L'écrivain a beau avoir publié en 1974 Gros-Câlin, son premier roman sous le pseudonyme d'Émile Ajar, le propos paraît franchement d'actualité dans notre société qui s'adapte tant bien que mal aux nouvelles technologies qui redéfinissent notre rapport à l'autre, nous connectent ensemble plus que jamais tout en nous éloignant à certains égards.

Pascal Contamine, avec sa compagnie CIRAAM, vise très juste. On rit devant cet humour langagier typique de l'univers de Gary, autant qu'on s'émeut devant la pureté du désir - jamais satisfait - de Cousin, qui veut tout simplement être aimé. Et on sort avec une féroce envie d'étreindre et d'être étreint.

Gros-Câlin est présentée à nouveau ce soir, à Premier Acte, à l'occasion du festival Québec en toutes lettres.

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