Christian Lapointe: d'outrage à hommage au public

Outrage au public est devenu, sous la houlette créatrice... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Outrage au public est devenu, sous la houlette créatrice de Christian Lapointe, un croisement «d'art audio, de théâtre technologique et de cinéma-vérité».

Le Soleil, Yan Doublet

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<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) En 1966, l'Autrichien Peter Handke faisait école en présentant Outrage au public, devenant en quelque sorte le père de la non-représentation au théâtre. Presque 50 ans plus tard, Christian Lapointe a eu l'idée de donner une nouvelle vie au texte, en le prenant au pied de la lettre, avec les moyens d'aujourd'hui : des voix de synthèse. «Étonnamment, on dirait que ça a été écrit hier, pour être fait comme ça aujourd'hui», constate l'artiste.

Le spectacle a été présenté une première fois pendant le Mois multi, l'an dernier, puis au Festival Transamérique (FTA) à Montréal, cette année. Il est de retour pour une série de six représentations, au studio d'Essai de la coopérative Méduse, cette semaine et la semaine prochaine. «À chaque fois, c'est fascinant de voir à quel point les gens apprécient cet objet-là», affirme Christian Lapointe. 

S'il parle d'«objet», c'est qu'Outrage au public est devenu, sous sa houlette créatrice, un croisement «d'art audio, de théâtre technologique et de cinéma-vérité». Loin de lui l'idée de paraître hermétique, mais sa version de ce classique allemand est par définition intrigante et inattendue. 

«Les acteurs qui jouent Outrage au public disent : "Nous ne sommes pas des acteurs et il n'y aura pas de spectacle." Je savais que demander ça à des acteurs, aujourd'hui, ça ne marcherait plus, parce que tout est représentation et on n'arrivera plus à arrêter la représentation. J'ai donc pris Handke au pied de la lettre : je fais dire le texte par des voix de synthèse, des voix d'ordinateur. Il n'y a donc pas d'acteurs, il n'y a rien d'autre que le public qui se voit lui-même. Et c'est dans ce jeu entre le public qui se voit et le texte qui est dit par des voix d'ordinateur que s'anime tout le réseau de sens du texte», explique Christian Lapointe. 

En bref, donc, les spectateurs d'Outrage au public version Christian Lapointe s'assoient dans une salle. Ils sont filmés et ils se voient, en direct, sur grand écran. Les voix de synthèse, elles, reprennent le texte d'Handke. «Au bout d'un moment, il y a un revirement qui fait que ce discours assez théorique sur le théâtre devient tout à coup très grand public. Ce qui paraît hermétique ne l'est pas du tout finalement», soutient le créateur, qui a un goût assumé pour les propositions hors-norme. Il s'attaquera d'ailleurs en janvier à La république du bonheur, de Martin Crimp, qu'il présentera au Trident. 

Pour une rare fois, le public est roi et  libre d'agir comme il le souhaite. «Plus le public est dissident, plus le dispositif fonctionne. C'est un spectacle où tu peux arriver en retard. Le public a le droit d'entrer et de sortir, peut utiliser son téléphone comme il veut. Ça en fait un phénomène sociétal intéressant. Ça révèle qui on est culturellement parlant», expose le codirecteur du Théâtre Blanc. «Je voulais faire un show où il n'y a que le public, où il n'y a aucune intervention humaine. Étonnamment, il y a beaucoup d'humanité qui en sort. Il y a quelque chose de fascinant dans le spectacle de nous-mêmes. Avec la forme que j'ai donnée au texte de Peter Handke, tout à coup, ça pourrait presque s'appeler Hommage au public plutôt qu'outrage», analyse-t-il. 

Utiliser des voix de synthèse a demandé près d'une centaine d'heures de travail à Christian Lapointe. Chaque intonation doit être modulée à la perfection, comme dans une composition musicale. Selon le concepteur, c'est dans la nature artificielle de ces voix que se trouve la résonnance actuelle de la pièce. «Ce qui distingue le langage humain,  c'est qu'il se produit avec la connaissance de l'écoute. Par le geste de la parole, on revendique que l'autre nous reconnaisse comme quelqu'un de vivant. Quand une voix d'ordinateur nous dit de descendre du train, on obéit. Mais la voix qui nous le demande n'en a rien à foutre, elle ne nous écoute pas quand elle parle. Partout dans nos vies, nous sommes de plus en plus conditionnés par des langages qui ne demandent pas à être écoutés, et on est très dociles», constate Christian Lapointe. Le public qui se rendra découvrir Outrage au public sera-t-il tout aussi docile? La surprise est totale chaque soir, assure le metteur en scène, sourire en coin. 

Vous voulez y aller?

  • Quoi : Outrage au public
  • Qui : texte de Peter Handke, conception de Christian Lapointe
  • Quand : 8 au 10 et 15 au 17 octobre, 20h
  • : studio d'Essai de la coopérative Méduse (591, rue Saint-Vallier Est)
  • Billets : 20 $ (15 $ pour étudiants)
  • Infos : mmrectoverso.org

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