Le dragon bleu: poésie et virtuosité scénique

Par association dynamique d'idées et d'images, Robert Lepage... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Par association dynamique d'idées et d'images, Robert Lepage installe un dialogue presque familier entre une Chine en mutation et un Québec en questionnement.

Le Soleil, Yan Doublet

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Jean St-Hilaire
Le Soleil

(Québec) Entre nous et l'inoubliable Face cachée de la lune se dresse le merveilleux de la conquête de l'espace et le matériau émotionnellement chargé de l'autobiographie. Nous ne disposons pas de ces fils conducteurs face à la création Le dragon bleu qu'Ex Machina donne jusqu'à la mi-février, au Trident. Dans notre sensibilité de Québécois, et à l'instar de Claire Forêt, l'une des protagonistes de la pièce, nous sommes d'abord quelque peu décontenancés devant le mystère d'une Chine de la tradition emportée à vitesse grand V par le train de la modernité.

Un peu déroutés, mais pour peu de temps. Car une fois de plus, Robert Lepage joue à l'enchanteur. Il répand une ardente lumière poétique sur l'insolite qu'il met en jeu. Par association dynamique d'idées et d'images, il installe un dialogue presque familier entre une Chine en mutation et un Québec en questionnement. Ça se fait par le truchement d'un mélodrame dont il ne faut pas sous-estimer l'épaisseur thématique.

Oeuvre indépendante

Écrit par Lepage et Marie Michaud, par eux interprété aux côtés de la danseuse Tai Wei Foo, Le dragon bleu ajoute à La trilogie des dragons, aventure mythologico-épique lancée en 1985. Ceci dit, on peut apprécier ce Dragon bleu de l'électricité et de la renaissance sans avoir vu La trilogie... Les deux oeuvres sont indépendantes, même si elles s'articulent au même imaginaire.

La trilogie... part de clichés sur l'immigration chinoise pour exposer, en trois temps et en trois lieux, notre rapport craintif à l'autre, l'étranger. Un seul de ses personnages refait surface dans Le dragon bleu, Pierre Lamontagne. À la fin de La trilogie..., c'est un jeune artiste tenté par l'aventure chinoise. Vingt ans plus tard, nous le retrouvons calligraphe et galeriste à Shanghai, plutôt désenchanté de cette Chine qu'il idéalisait et qui cède chaque jour un peu plus de son âme à l'affairisme et à la pollution.

Entre ses rêves de jeunesse et aujourd'hui, un fossé s'est creusé. Pierre est rattrapé par son passé. Son ex, Claire Forêt, une publicitaire montréalaise, est en visite chez lui. Avec elle s'amène l'essoufflement moral de l'Occident. Elle vient adopter une enfant, dit-elle. À la vérité, elle cherche une âme pour combler le vide de sa vie d'alcoolique. Il survient que Pierre a une protégée du cru, Xiao Ling, qui est enceinte...

Lepage raconte dans un vaste castelet à deux étages coiffé d'un appentis de verre. C'est un dispositif très efficace, sans cesse reconfiguré, qui tient lieu de galerie et de logis à Pierre, mais qui nous emmène aussi en avion, en bateau, en train et en de multiples ailleurs par enchantement.

Le traitement scénique est virtuose. Le castelet se fractionne en cadres qui s'ouvrent et se referment sur la surprise. Les transitions sont souvent géniales. L'illusion poétique est fréquente, éblouissante dans la scène de l'atelier de copiste de Xiao Ling où un autoportrait tardif de Van Gogh se multiplie comme par apparition. La conclusion ne l'est pas moins. En forme de variations, elle invite le public à choisir entre des possibles. Comme acte de distanciation, ça frôle le sublime.

lenteur méditative

Mais le plus fort garant de l'unité de l'oeuvre réside dans le recours récurrent aux idéogrammes de l'écriture chinoise. Ils introduisent des moments de lenteur méditative et au détour dramatique, comme dans cette image où un simple trait transforme en positif un test de grossesse d'abord donné pour négatif...

Tout cet art dépeint une fable inquiète et plutôt sombre, mais envahie de fréquents moments d'humour, une fable dans laquelle le français côtoie l'anglais et le chinois. Lepage (Pierre L.) et Mme Michaud (Claire F.) jouent dans la retenue et une constante vérité; à sa première prestation de comédienne, Tai Wei Foo s'acquitte fort bien de son rôle.

On ne sent pas le temps passer à ce théâtre qui se rend astucieusement au désir d'enfant ou de sens de ses protagonistes. Le seul ennui, c'est qu'il sera très dur de le voir si on n'a pas déjà son billet. C'est complet. On peut toujours faire le pied de grue à la billetterie pour les quelques places qui se libèrent avant les représentations.

«Le dragon bleu», texte de Robert Lepage et de Marie Michaud, qui l'interprètent avec Tai Wei Foo. Mise en scène de Robert Lepage. Assistance à la mise en scène de Félix Dagenais. Scénographie de Michel Gauthier, accessoires de Jeanne Lapierre, environnement sonore de Jean-Sébastien Côté, éclairages de Louis-Xavier Gagnon-Lebrun, costumes de François St-Aubin, images de David Leclerc, chorégraphies de Tai Wei Foo et maquillages de Marie-Renée Bourget Harvey. Une production d'Ex Machina présentée jusqu'au 14 février, à la salle Octave-Crémazie du Grand Théâtre. Renseignements au 418 643-8131.

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