Le procès Cosby annulé, un second se profile déjà

Bill Cosby pourrait bien avoir à revenir en... (AP, Matt Slocum)

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Bill Cosby pourrait bien avoir à revenir en cour d'ici quelques mois.

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Thomas Urbain
Agence France-Presse
Norristown

Le procès de l'acteur américain Bill Cosby a été annulé samedi, le jury n'étant pas parvenu à déterminer un verdict à l'unanimité, mais le ministère public a déjà annoncé la tenue d'un second procès.

Le procureur du comté de Montgomery Kevin Steele, qui avait inculpé le comédien, a immédiatement annoncé qu'il demanderait la tenue d'un second procès, comme l'y autorise la loi.

C'est un terrible camouflet pour lui, ses arguments n'ayant pas convaincu la totalité du jury.

La justice américaine requiert l'unanimité du jury pour qu'un verdict puisse être prononcé.

C'est une victoire, en revanche, pour le comédien de 79 ans, accusé d'agression sexuelle sur Andrea Constand en 2004, même si la perspective d'un nouveau procès se profile déjà.

A l'annonce de l'annulation de ce premier procès, Bill Cosby n'a manifesté aucune réaction.

Rendu célèbre par la série télévisée The Cosby Show, l'icône de la culture populaire américaine risquait jusqu'à 30 ans de prison.

Malgré l'annulation de ce procès, sa réputation reste largement ternie et l'opinion lui est très défavorable.

Il demeure inculpé et en liberté sous caution, a précisé le juge Steven O'Neill, qui a indiqué qu'il souhaitait que le nouveau procès se tiennent d'ici 120 jours, même si la loi prévoit normalement un délai maximum d'un an.

Sauf coup de théâtre, il devrait présider ce second procès.

Pour le procureur, Andrea Constand «a droit à un verdict dans ce dossier», a-t-il expliqué lors d'une conférence de presse.

Il a assuré que l'ancienne basketteuse était prête à un nouveau procès. «C'est une personne très positive. Elle nous a vraiment tous maintenus en mouvement», a-t-il expliqué.

Le procureur n'a exprimé aucun regret, malgré l'annulation du procès. «Pour moi, il n'y a aucun doute sur le fait que [l'inculpation et le procès] étaient la bonne décision».

Plus de soixante femmes ont porté des accusations d'abus sexuels contre Bill Cosby. Andrea Constand est la seule pour laquelle les faits ne soient pas prescrits pénalement.

Des procédures sont néanmoins en cours devant la justice civile.

En l'absence de témoins directs ou d'éléments matériels, tout le procès reposait sur le témoignage des deux protagonistes, Bill Cosby et Andrea Constand.

Pouvoir «restauré»

Le comédien a reconnu s'être livré à des attouchements sur la jeune femme ce soir de janvier 2004 à son domicile, mais a toujours assuré qu'il s'agissait d'une relation consensuelle.

Il a également admis lui avoir donné des pilules contenant un puissant sédatif, tout en affirmant qu'il voulait simplement lui permettre de se détendre car elle avait indiqué être stressée. Il ne lui a cependant jamais dit ce que contenaient ces pilules, bien qu'elle lui ait posé la question.

La Canadienne de 44 ans, aujourd'hui masseuse thérapeute à Toronto, a sans doute payé les incohérences apparues dans ses diverses dépositions, relevées avec insistance par la défense.

Les avocats de Bill Cosby ont également cherché à la dépeindre comme une personne calculatrice, sous-entendant qu'elle aurait caché la nature de sa relation avec le célèbre acteur pour tirer profit de la situation.

«Le pouvoir de M. Cosby a été restauré», a déclaré son porte-parole, Andrew Wyatt, à l'issue de l'audience, aux côtés de Bill Cosby qui ne s'est pas exprimé.

Une poignée de supporteurs de l'acteur ont crié leur satisfaction au passage de Bill Cosby tandis qu'il se dirigeait vers son véhicule.

Dans une déclaration écrite, la femme de l'acteur, Camille Cosby, s'est livrée à une violente charge contre le procureur (à l'ambition «haineuse») mais aussi le juge (accusé de «collaboration» avec l'accusation) et les médias.

Présente aux audiences, elle a toujours soutenu publiquement son mari.

M. Wyatt s'en est aussi pris aux avocats de victimes présumées qui, selon lui, cherchent à tirer avantage de Bill Cosby, leur suggérant de «retourner à l'école de droit et reprendre les cours».

Il a mentionné le nom de Gloria Allred, qui représente des dizaines de victimes présumées de l'acteur américain.

Présente au procès, Mme Allred a rappelé, elle, que Bill Cosby n'était pas tiré d'affaire. «La justice sera rendue. [...] Le deuxième round est peut-être tout proche», a-t-elle déclaré après l'annonce de l'annulation du procès.

Elle a demandé aux victimes présumées du créateur du Cosby Show de garder le moral et a espéré que le juge acceptera que d'autres victimes présumées soient citées lors du second procès.

Pour le procès qui vient de s'achever, le procureur avait demandé à citer, outre Andrea Constand, treize femmes se disant victimes de Bill Cosby mais le magistrat n'a donné son feu vert que pour l'une d'entre elles, Kelly Johnson.

Pour Victoria Valentino, 74 ans, un ancien modèle du magazine de charme Playboy qui assure avoir été violée par Bill Cosby en 1969, l'accusation devrait mieux s'en tirer lors du prochain procès.

«Ils ont appris les ficelles» du dossier, a-t-elle expliqué.

***

Idole déchue

Pionnier des Noirs à la télévision, humoriste adulé, incarnation du père idéal, Bill Cosby fut tout cela avant de devenir un paria accusé par des dizaines de femmes. L'annulation de son procès samedi ne devrait néanmoins pas redorer son image.

Jusqu'à sa chute brutale et son inculpation fin 2015, il avait gagné sa place au panthéon de la télévision américaine pour avoir notamment contribué à y faire tomber les barrières raciales.

Il fut ainsi le premier acteur noir à tenir un rôle principal dans une série à succès, I Spy, et à décrocher un Emmy Award du meilleur premier rôle dramatique, en 1966, en plein mouvement des droits civiques.

Mais plus encore qu'à la télévision, c'est dans les salles de spectacle que Bill Cosby a commencé à imprimer sa marque sur la culture américaine.

Ses one man shows ont marqué plusieurs générations d'humoristes, Jerry Seinfeld en tête, par sa capacité à emmener son auditoire dans son univers, tout en utilisant un langage dépourvu de toute vulgarité.

Lors de son procès, c'est un vieil homme fatigué, de près de 80 ans, qui s'est présenté chaque jour à l'audience avec une canne, se disant aujourd'hui aveugle.

Une vision qui tranchait avec celle de l'homme élancé, au charisme naturel et à la voix rocailleuse, qui pouvait faire rire un public sur un simple haussement de sourcils.

Avec son image de père idéal qui, hors écran, faisait l'apologie des valeurs familiales et enjoignait les jeunes Noirs à rester scolarisés, Bill Cosby avait atteint un statut de modèle dans la communauté afro-américaine.

Sa chute n'en a été que plus traumatique et beaucoup de ses admirateurs se sont sentis trahis.

Avant d'être accusé par une soixantaine de femmes d'agressions sexuelles et parfois de viol, il incarnait une ascension sociale exemplaire.

Sa carrière, aujourd'hui à l'arrêt, pourrait-elle reprendre avec l'annulation de son procès? «J'ai toujours le sentiment d'avoir beaucoup à offrir en termes d'écriture et de spectacle», assurait-il à la radio mi-mai, le ton enjoué, riant volontiers.

Il sait néanmoins que, même en l'absence de condamnation, et même si un second procès se profile déjà, son retour sous les projecteurs serait compliqué. «Le jury décide», a-t-il reconnu, «mais après, il y a toujours l'opinion publique».

***

Les CALACS s'attendent à des répercussions

Le Regroupement québécois des centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS) s'attend à ce que l'annulation du procès de Bill Cosby ait une incidence jusque dans ses centres. Sa responsable des communications, Stéphanie Tremblay, souligne que des nouvelles comme celle de l'acquittement de l'ancien animateur de CBC Jian Ghomeshi, l'an dernier, suscitent une vive indignation populaire. Cette nouvelle met en lumière les lacunes du système judiciaire et pousse certains à l'action, affirme-t-elle.

Stéphanie Tremblay déplore que de telles débâcles replongent certaines victimes dans leurs traumatismes, leur rappelant «quand elles n'ont pas été crues». Voir l'acteur de 79 ans s'en tirer ainsi pourrait également dissuader certaines victimes de porter plainte, craint l'ex-intervenante. «Ces processus [judiciaires] sont extrêmement longs et difficiles. Si on se dit qu'il y a peu de chances que l'agresseur soit reconnu coupable, c'est certain qu'on ne se fera pas vivre tout ça pour rien», a-t-elle exposé, en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.

«On n'est plus étonnés de ce genre de nouvelle-là, mais ça ne veut pas dire qu'on n'est pas consternés, a-t-elle poursuivi. On sait que ce sont des nouvelles reçues difficilement par les survivantes d'agressions à caractère sexuel.» Bien que le procès de Bill Cosby ait pris place au sud de la frontière, Stéphanie Tremblay dit observer «les mêmes résultats au Québec». Elle espère que cette affaire «éveille la population, mais aussi nos dirigeants politiques» à cet effet.  La Presse Canadienne




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