Notre télé au-delà des frontières

Les médias québécois ont-ils tendance à amplifier le succès de nos productions... (Infographie Le Soleil)

Agrandir

Infographie Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Montréal) Les médias québécois ont-ils tendance à amplifier le succès de nos productions à l'étranger? Se nourrissent-ils d'illusions ou existe-t-il vraiment un engouement pour notre télé, même léger? À deux jours des International Emmy Awards, où 30 vies et la version anglaise de 19-2 sont en nomination, notre chroniqueur Richard Therrien brosse un portrait de l'influence de la télé québécoise au-delà de nos frontières.

Notre télé fait-elle l'envie?

Les beaux malaises. C'est ma toune. Vol 920. 19-2. 30 vies. Toutes ces productions québécoises connaissent actuellement un rayonnement à l'international. Mais peut-on vraiment parler de buzz autour de notre télé à l'étranger? Y a-t-il de quoi se péter les bretelles? Plusieurs de nos concepts se vendent partout sur la planète, mais très peu finissent par aboutir en ondes.

Dans deux jours se tiennent à New York les International Emmy Awards, qui récompensent le meilleur de la télé en dehors des États-Unis. Deux de nos productions, la version anglophone de 19-2 et 30 vies, se sont classées parmi d'autres provenant d'une soixantaine de pays. On peut parler d'exploit, quand on pense aux budgets modestes dont nous disposons.

C'est la deuxième fois que le producteur de 19-2, Jocelyn Deschênes, chez Sphère Média Plus, se rend à cette cérémonie. Il y a deux ans, Claude Legault avait été retenu pour son rôle dans la série originale. Pour le producteur, une nomination aux International Emmy risque de se traduire par de nouveaux contacts aux États-Unis et ailleurs. «J'en ai déjà plusieurs indices, on m'en parle beaucoup. 19-2 est dans une catégorie prestigieuse, celle des séries dramatiques. Et il n'y en a que quatre qui sont nommées.»

Des productions anglophones

Alors que la plupart des producteurs vendent leurs formats pour qu'ils soient adaptés à l'étranger, Jocelyn Deschênes est l'un des rares à tourner ses propres séries en anglais. En plus de 19-2, qu'il produit pour Bravo, il a donné une deuxième vie à Nouvelle adresse, devenue This Life à CBC, et voudrait en faire autant avec L'imposteur. Depuis, il remarque beaucoup plus d'intérêt pour ses productions. De là à parler d'un réel engouement pour la télévision québécoise? «Un buzz, le mot est fort. Je dirais qu'il y a une reconnaissance de ce qu'on fait, et qu'on a de plus en plus de formats qui se vendent à l'étranger.»

Franck Dubosc dans la version française des Beaux... (Fournie par M6) - image 2.0

Agrandir

Franck Dubosc dans la version française des Beaux malaises

Fournie par M6

Le cas de la France est particulier. François Rozon, chez Encore Télévision, a réussi à y vendre plusieurs de ses productions en vue d'adaptations, que ce soit BoomerangPour Sarah ou même Lâcher prise, d'Isabelle Langlois, qui n'est pas encore en ondes. Pour l'instant, une seule s'est concrétisée, Les beaux malaises avec Franck Dubosc, dont on a diffusé quatre épisodes le même soir, le mois dernier sur M6.

La critique a été très élogieuse et la série a été vue par 2,6 millions de téléspectateurs, plaçant tout de même M6 derrière TF1 et France 2. «Franck Dubosc dit que c'est la meilleure réaction à vie de tout ce qu'il a fait. Il est ravi», affirme François Rozon, qui ignore pour l'instant s'il y aura une suite. «Le problème qu'on a, c'est qu'ils n'ont pas de case horaire pour des demi-heures de comédie à la télé française.» C'est aussi pour cette raison que les choses piétinent pour une adaptation de Boomerang là-bas. «Dans le cas de Pour Sarah, ils veulent réduire ça de 10 à 6 heures pour les diffuser en trois rendez-vous de 2 heures. Il y aurait moins de scènes d'hôpital, plus d'enquête policière, on ne sait pas ce qu'ils en feraient.»

Des séries en rafale

Le journaliste français et programmateur du Festival Series Mania, François-Pier Pelinard-Lambert, explique que les diffuseurs craignent de perdre de l'auditoire en insérant des émissions d'une demi-heure en soirée. Ils préfèrent diffuser des séries en rafale. «La télé ne se consomme plus comme avant. On est encore dans cette logique à l'ancienne, mais dans cinq ans, tout le panorama aura changé», croit cet amoureux de la télé québécoise.

Quand on lui demande si l'énergie dépensée dans la vente à l'étranger vaut le coût, M. Rozon se fait hésitant. «C'est une bonne question. Je pourrai vous répondre dans un an», affirme celui qui a aussi ses entrées en Allemagne, en Italie et en Australie. En passant, sachez qu'en France, Les beaux malaises aurait pu s'intituler Made in Franck, mais les producteurs ont insisté pour qu'ils conservent le titre original.

Jean Dujardin et Alexandra Lamy, de l'émission Un... (Fournie par France télévisions) - image 3.0

Agrandir

Jean Dujardin et Alexandra Lamy, de l'émission Un gars, une fille diffusée en France

Fournie par France télévisions

Si aucune production n'est parvenue à égaler le succès d'Un gars, une fille, champion toutes catégories des adaptations à l'étranger, l'un des exemples les plus surprenants en ce moment concerne l'émission C'est ma toune, défunte production de KOTV, qui fait fureur en Lettonie. Pour sa troisième saison, Playlist (le titre à l'international) a même battu la version russe de The Voice, devenant ainsi numéro un en Europe de l'Est! La rareté de formats musicaux dans les marchés internationaux au cours des deux dernières années a permis à C'est ma toune de se tailler une place, même que le projet intéresse aussi des producteurs américains.

KOTV fait aussi affaire avec des producteurs de Chine, de Turquie, des Émirats arabes unis. Trente émissions du Verdict, qu'animait ici Véronique Cloutier, ont été diffusées sur la plus grande chaîne arabe, ralliant pas moins de 28 millions de fidèles. Grand argentier chez KOTV, Louis-Philippe Drolet tente maintenant d'exporter les formats de Gang de maladesLes Simone et même Patrice Lemieux 24/7. «Il est en option aux États-Unis de façon très sérieuse et ils ont déjà approché un comédien pour jouer le rôle. En France, il y a aussi un Patrice Lemieux en réflexion, mais dans l'univers du foot au lieu du hockey», lance le producteur.

Louis-Philippe Drolet croit que les producteurs québécois devraient unir leurs forces pour mieux se vendre à l'international, plutôt que de travailler chacun de leur côté. «On aurait intérêt à créer une cellule indépendante qui pourrait s'appeler Québec Distribution, et qui, au volume, pourrait nous permettre de nous démarquer sur le marché international.»

Producteur de 30 vies, d'Unité 9 et de District 31 avec sa femme, Fabienne Larouche, Michel Trudeau croit aussi qu'on a intérêt à se parler. «Il y a un effort qui doit être fait pour nouer des relations entre les créateurs, plus qu'entre les politiciens ou les distributeurs.» Comme d'autres, Aetios a vu plusieurs de ses productions intéresser plusieurs pays. «C'est facile de vendre une série. Mais la vendre à des réseaux importants à des prix respectables, c'est beaucoup moins évident. On ne veut pas juste vendre, on veut s'assurer que la production aura une bonne vitrine.» Il croit que la multiplication des plateformes de diffusion et de productions d'épisodes pilotes pourrait faciliter l'exportation de nos séries.

Marché compétitif

François-Pier Pelinard-Lambert est un peu irrité lorsqu'il entend que le Québec arrive difficilement à rayonner à l'étranger avec sa télé. «Les Québécois ne se rendent pas compte que c'est un domaine mondial extrêmement compétitif. Pour un marché de sept millions d'habitants, vous êtes sacrément bons.» Il cite notamment le cas de Fatale-Station, la série de Stéphane Bourguignon, coproduite avec le chaîne européenne Arte. «Si la série marche, ça va développer autre chose», croit-il.

L'animation des International Emmy Awards a été confiée à Alan Cumming, l'incomparable Eli Gold de la série Une femme exemplaire. Parmi les prix spéciaux, on soulignera la carrière de l'auteure, réalisatrice et productrice Shonda Rhimes, qui collectionne les succès avec Dre Grey, leçons d'anatomieScandale et How to Get Away With Murder? Le Soleil s'envole vers New York pour vous faire un compte rendu de la soirée, dans nos pages de mardi.

Ils ont dit

«C'est comme si on diffusait quatre épisodes de L'échappée dans la même soirée.»

- François Rozon, sur le mode de diffusion en rafale des séries en France

***

«Nos séries à 600 000 $ doivent accoter des séries qui coûtent 13 millions l'épisode. Nous, on fait une saison complète de District 31 avec ça.» 

- Michel Trudeau

***

«Dès qu'il y a un produit annoncé au Québec, avant même qu'il soit en ondes, il y a des droits qui sont négociés. C'est un intérêt qui ne cesse de grandir. Franchement, vous n'avez aucun complexe à avoir.»

 - Le journaliste français François-Pier Pelinard-Lambert

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer