Gags sous surveillance au gala des Olivier

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François Morency a testé ses numéros durant les rappels de son spectacle dans 10 villes du Québec, vus par environ 10 000 personnes.

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(Montréal) Tout le monde est passé au maquillage, les techniciens sont prêts, on peut commencer. En fait, non. Les avocats viennent d'appeler pour qu'on retire un passage du sketch qu'on s'apprête à tourner pour les Olivier. Arrêtez tout, prenez une pause, il faut réécrire le texte.

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Les nominations au gala Les Olivier 2016

Infographie Le Soleil

François Morency s'est mis à rire quand cet épisode lui est réellement arrivé récemment. Parce que son sketch se moque justement du fait que les humoristes ne peuvent plus rire de grand-chose. «Ça prouve que mon sketch est pertinent», s'est-il dit avec dépit.

Après avoir sauté une année, Morency animera son deuxième Gala Les Olivier, dimanche à 19h30 sur ICI Radio-Canada Télé. Une soirée sous le signe des sujets tabous et du mot de trop prononcé sur scène ou sur les réseaux sociaux. «Mon numéro d'ouverture porte sur la quantité industrielle de mes collègues qui se sont mis dans le trouble cette année», m'a-t-il confié, à quelques jours du gala.

L'humoriste a beau se tenir loin des réseaux sociaux, il en ressent les effets sur sa liberté de créateur. Il l'a constaté de dure façon en préparant ce gala, très encadré par les avocats du diffuseur. «Écrire un gala, c'était déjà compliqué. Maintenant, c'est comme si tu écrivais l'équivalent de deux galas et que tu n'en gardais qu'un. Il y a de bonnes idées qui avortent pour des peccadilles, mais qui auraient été très bonnes», affirme François Morency, qui promet néanmoins de nous décrocher plusieurs éclats de rire dimanche soir.

Comme c'est devenu la norme, l'humoriste a testé ses numéros durant les rappels de son spectacle dans 10 villes du Québec, vus par environ 10 000 personnes. «C'est plus que bien des sondages télé ou radio. La réaction est sans appel: ça rit ou ça rit pas. Ça permet de faire un premier ménage dans les numéros», dit-il. Ce qu'il y a de moins courant, c'est que les présentateurs ont aussi rodé leurs numéros devant public, au Bordel Comédie Club à Montréal.

«Ce serait une grave erreur de faire le gala pour 300 personnes dans la salle, tu le fais pour le million qui le regarde à la maison. Avec les réseaux sociaux, les galas sont beaucoup plus scrutés et analysés. Ça a amené plus de rigueur», ajoute Morency.

Le gala de dimanche ratissera large, assure-t-il. «Les Olivier doivent être à l'humour ce que l'ADISQ est à la musique: une vitrine pour tous les styles et toutes les générations. La critique sociale, le sketch, la parodie, l'absurde, tout est là. Ce n'est pas un one man show de François Morency.»

L'animateur annonce entre autres qu'il fera un duo avec François Pérusse, et un autre avec Gaby Gravel (Florence Longpré), l'irrésistible maquilleuse et coach de vie de Like-moi! «Je ne peux pas en dire plus. Quelqu'un va se faire barbouiller, c'est clair.» Vous verrez aussi des personnalités qui ne sont pas des humoristes faire leur apparition.

En plus de quelques numéros où les présentateurs se plairont à se piquer mutuellement, il y aura certainement beaucoup d'autodérision dimanche. «Tu ne peux pas passer ta vie à écrire des gags sur l'univers entier sans jamais retourner l'arme contre toi. Ça vient avec la job.»

Controverse et liberté d'expression

Cette semaine, Réal Béland a critiqué sévèrement les Olivier à l'émission Éric et les fantastiques, sur Énergie, à Montréal. En nomination comme auteur pour le spectacle de Dominic Paquet, Béland a qualifié le gala de «summum du n'importe quoi», tout en ajoutant qu'il serait présent dimanche.

Morency n'avait pas entendu l'entrevue au moment de l'entrevue, mais reste conscient qu'aucun gala ne fait l'unanimité, nulle part dans le monde. «On n'est pas des sportifs. Au saut en hauteur, le gagnant est celui qui saute le plus haut, fin de la discussion. Nous, on est évalués sur des critères de mise en scène, d'originalité et d'efficacité. C'est archi subjectif. Le meilleur humoriste et le meilleur chanteur, ça n'existe pas.»

Il comprend mal que Réal Béland accepte d'y être malgré ses critiques. «En tant qu'artiste, ou bien tu embarques, en sachant que ça se peut que tu ne gagnes pas, ou tu n'embarques pas, et je respecte ça. Tu ne peux être entre les deux, dire que les jurys, quand tu gagnes, sont intelligents, mais quand tu ne gagnes pas, que c'est n'importe quoi. Branche-toi, es-tu dedans, ou t'es pas dedans?» demande-t-il.

Parmi ses collègues qui se sont mis dans le trouble cette année, l'animateur ne pourra passer sous silence le fameux procès intenté par Jérémy Gabriel à Mike Ward. «Le mot-clé dans cette affaire, c'est acharnement. Dans ce cas-là, il faut réagir. Mais je ne pense pas que ça s'applique dans le cas de Mike. Je pense même que la médiatisation de tout ça a empiré les choses pour Jérémy Gabriel. Qui avait entendu les jokes de Mike sur Jérémy avant le procès? Depuis, tout le monde les connaît.»

Dans le cas de Dieudonné, qui a été refoulé aux douanes canadiennes cette semaine, François Morency ne reconnaît plus celui dont il a vu les premiers numéros dans les galas Juste pour rire. «C'est un gars qui a vraiment du talent. Je ne sais pas ce qui s'est passé dans sa vie. Si tu fais une ou deux jokes de Juifs, mais que c'est noyé à travers deux jokes de Grecs et deux jokes d'Africains, c'est correct. Mais quand t'es rendu à ta 750 000e joke de Juif, le jupon dépasse un peu.»

Selon lui, on ne peut plus qualifier Dieudonné d'humoriste. Malgré tout, il n'est pas chaud à l'idée de museler ce type de personnage. «Tu les laisses parler parce qu'ils se calent eux autres mêmes», pense-t-il.

Les coups de coeur culturels de François Morency

LE DERNIER LIVRE QU'IL A DÉVORÉ

Brooklyn Follies de Paul Auster, un auteur que j'ai découvert sur le tard. J'aime beaucoup New York et il a beaucoup écrit sur cette ville. Quand je découvre quelqu'un que j'aime, je me tape tout ce qu'il a fait, comme ça m'est arrivé pour John Irving et Michel Folco.

UNE DÉCOUVERTE MUSICALE À PARTAGER

Un documentaire de trois heures que j'ai vu sur Netflix, Tom Petty and the Heartbreakers: Runnin' Down a Dream, m'a fait redécouvrir cet artiste. Ça raconte entre autres comment il s'est battu contre une compagnie de disques et a failli tout perdre.

UNE SÉRIE TÉLÉCOUP DE COEUR

Bloodline, encore sur Netflix. Je suis tombé là-dessus par hasard, un peu parce que je tripe sur Linda Cardellini, qui jouait dans Freaks and Geeks. Les nouvelles séries se permettent une lenteur qu'on avait perdue en télé avec la maudite folie du vidéoclip, où il fallait que ça bouge tout le temps.

UN FILM QUI L'A MARQUÉ

The Last Mogul: The Life and Times of Lew Wasserman, encore sur Netflix! Comment ce gars-là est devenu l'agent le plus puissant de Hollywood, qu'il a fait de cette ville ce qu'elle est aujourd'hui. Les maniaques de showbiz vont aimer ça.

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