Radios de Québec: «régime de peur» et «intimidation», dénonce Payette

«Ce qui me dérange, c'est qu'on les laisse... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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«Ce qui me dérange, c'est qu'on les laisse agresser quotidiennement des personnes et des groupes humains», précise Dominique Payette. «Pour une société comme la nôtre, ce n'est pas tolérable.»

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Certains animateurs des stations de radio commerciales de Québec sont «en train d'instaurer un régime de peur dans la région», «d'intimidation», «de harcèlement psychologique», conclut la chercheuse Dominique Payette, mandatée par l'ex-première ministre Pauline Marois pour étudier le phénomène. «C'est dangereux.»

«Ce qui me dérange, c'est qu'on les laisse agresser quotidiennement des personnes et des groupes humains», précise la professeure du Département d'information et de communication de l'Université Laval. «Pour une société comme la nôtre, ce n'est pas tolérable.»

La chercheuse a donc finalement diffusé les résultats de ses travaux. Mardi, elle avait invité Le Soleil, Radio-Canada et Le Devoir pour prendre le temps de détailler sa démarche et ses recommandations. Mercredi, le document L'information à Québec, un enjeu capital sera rendu public.

«Ce qui m'a frappée, c'est qu'il y a beaucoup de personnes qui souffrent», avance-t-elle. Vraiment? Mme Payette affirme avoir réalisé des entrevues avec bon nombre des têtes de Turc préférées des animateurs de CHOI Radio X, du FM93 et de NRJ. «Toutes ces personnes qui endurent des choses intolérables.»

Selon elle, il est temps que les élus interviennent pour contrer ce qu'elle qualifie «d'intimidation» et de «harcèlement psychologique» : «On tourne autour de l'éléphant dans la pièce. [...] Je suis surprise du silence des pouvoirs publics.»

Des enfants de syndicalistes se font accrocher dans les cours d'école, assure-t-elle. Des cyclistes se font klaxonner, des auditeurs des radios privées coupent dangereusement les autobus dans les voies réservées, des groupes communautaires changent les lieux et les jours de leurs assemblées pour éviter que les amateurs du genre se présentent...

«Si ça se passe dans une cour d'école, ce n'est pas toléré. Si ça se passe dans un milieu de travail, ce n'est pas toléré. Pourquoi c'est toléré à Québec?»

Groupes ciblés systématiquement

«Parmi les groupes ciblés systématiquement : les personnes assistées sociales, Radio-Canada et les services publics, les musulmans pratiquants, les autochtones, les artistes, les intellectuels, les personnes handicapées, les groupes communautaires, les féministes, les fonctionnaires du gouvernement du Québec, les représentants du mouvement étudiant...» énumère Mme Payette.

Oubliez le «mystère Québec», poursuit l'universitaire. La «radio parlée» privilégiée par certaines stations de la capitale est un format populaire dans de nombreux autres pays. Selon la recette, dit-elle, on cible des auditoires de niche. Les animateurs s'adressent à eux en poussant le bouchon «le plus loin possible».

Elle est toutefois inquiète du peu de contraintes imposées à ces animateurs. Elle cite en exemple quelques décisions du Conseil canadien des normes de la radiotélévision. Le CCNR a jugé acceptable qu'on balance : «Quand les filles se sont mis à faire des pipes, y'ont pris le contrôle.» Ou à l'endroit des cyclistes : «Tu mérites qu'un char te passe dessus.» L'organisme critique cependant vivement les «fuck you». 

«Un enfant de Québec peut entendre qu'un cycliste mérite de mourir, mais pas fuck you!» ironise Mme Payette. «C'est pas loin d'être une plaisanterie.»

L'universitaire s'inquiète également du glissement du contenu de ces stations vers les médias généralistes traditionnels. De plus en plus, les animateurs-commentateurs obtiennent des tribunes dans la presse écrite et la télévision. De plus en plus, ces publications reprennent les controverses créées sur les ondes comme des nouvelles, faisant fi des normes journalistiques de base, selon elle. La chercheuse évoque une «banalisation» de contenus inacceptables.

Cinq recommandations

Dominique Payette émet cinq recommandations au gouvernement. D'abord, elle invite nos élus à rapatrier tous les pouvoirs en matière de gestion des communications : téléphonie, Internet, attribution de licences de radio et télévision.

Elle voudrait aussi que toutes les entreprises médiatiques soient obligées d'adhérer au Conseil de presse. Un Conseil de presse qui aurait de réels pouvoirs de sanctions, notamment l'imposition d'amendes salées.

La professeure Payette propose en outre que les médias d'une même région aient le droit de s'entendre sur des prix de publicité identiques ou de conclure des ententes de distribution sans qu'on les accuse de collusion. Cela pour éviter qu'une trop grande concurrence engendre une pression indue sur les rédactions.

Finalement, elle souhaite que le gouvernement investisse dans les médias communautaires et qu'une organisation d'éducation populaire sur les médias soit créée.

Pour son rapport, Dominique Payette a fait décortiquer 85 heures de radio à un auxiliaire de recherche. Elle a ensuite réalisé des entrevues avec des «victimes» afin d'étayer ses observations. Elle cite aussi une quinzaine de publications, livres, articles.

Un mandat controversé

Le mandat confié par l'ex-première ministre Pauline Marois à son ancienne candidate défaite avait fait grand bruit lorsque la faune carnassière médiatique s'était emparée de la nouvelle, fin mai.

Le lecteur et l'auditeur venaient d'apprendre que les anciens chefs du gouvernement québécois disposent de fonds discrétionnaires octroyés par l'État. Et que la péquiste Marois avait puisé dans sa besace publique de quelque 200 000 $ afin de financer une recherche sur les médias de la capitale. Le contrat a été confié à la professeure Dominique Payette, de l'Université Laval, déjà auteure d'un rapport sur les médias du Québec en 2010.

Des commentateurs avaient servi une volée de bois vert à Mme Payette, critiquant l'utilisation de fonds publics. La principale intéressée avait vivement répliqué dans Le Soleil : «Il y a eu pas mal de conneries qui ont été écrites et dites! [J'ai été] assez surprise de voir la réaction parce que, il me semble que, pour une ancienne première ministre, de financer une recherche universitaire, c'est plutôt honorable.»

Sur les 24 500 $ disponibles, elle affirme n'avoir finalement utilisé que 16 000 $. 

Ce qu'ils en ont dit

Denis Gravel (CHOI Radio X) : «Deux vieilles femmes aigries incapables d'accepter une défaite électorale en se regardant dans le miroir et en disant : "Ma faute, ma faute, ma très grande faute" essaient de lancer un débat qui est réglé depuis au moins une décennie sur la radio qui fait peur. C'est quoi, la radio qui fait peur? Jeff Fillion à Énergie? André Arthur avec un délai où on coupe tout c'qui dérange? La radio n'a plus de dents, la radio n'a plus de griffes. Y reste des animateurs qui font 58 détours pour prononcer une idée en faisant attention à toute c'qui disent. C'est ça, le climat de peur de Dominique Payette et Pauline Marois?»

Gilles Parent (FM93) : «Est-ce que c'est une étude qui tente à expliquer pourquoi le PQ est pas fort dans la région de Québec ou si c'est une étude sur la radio de Québec? Est-ce que si le PQ élit sept députés dans la région de Québec, on a une étude de même? La réponse, c'est non, y n'aura pas parce que c'est un problème de PQ, c'est pas un problème de radio de Québec, c'est pas un problème de région de Québec.»

Jeff Fillion (Énergie) : «La hargne des péquistes, des gens qui auraient aimé avoir un pays communiste avec une seule sorte de monde qui pense toute pareil et que la minute que quelqu'un sort du lot un peu et pense pas pareil à c'te gang de crinqués-là, eh ben y deviennent dangereux et y faut les éliminer. Wow! Y a vraiment du drôle de monde parmi nous autres là...»

Propos recueillis par Ian Bussières

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