Radio et penchant conservateur: le «mystère Québec» s'éclaircit

Selon le sociologue Frédéric Parent, les radios parlées... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

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Selon le sociologue Frédéric Parent, les radios parlées et leurs animateurs «expriment un point de vue déjà présent dans la société et ils n'ont surtout pas le pouvoir absolu». Sur la photo, Sylvain Bouchard, du FM93, bien connu pour ses prises de positions tranchées.

Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Les radios parlées de Québec n'ont rien à voir avec le penchant conservateur des électeurs de la région. C'est plutôt la composition de sa population et les relations entre les membres de ses villages qui expliquent une partie du «mystère Québec», selon le sociologue Frédéric Parent, qui a publié un ouvrage sur le sujet ce printemps.

Dans le cadre de son doctorat, le professeur de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) a vécu pendant plusieurs mois dans un village de la région qu'il a rebaptisé Lancaster, pour en préserver l'anonymat. Pour son enquête terrain, il a voulu s'intégrer à sa population, moins scolarisée et moins riche que la moyenne des Québécois, pour étudier son mode de vie selon une approche ethnographique.

L'expert a découvert que l'endroit était habité par beaucoup de familles souches très dominantes sur le territoire depuis le milieu du XIXe siècle. «Elles ont encore dans leur mémoire l'arrivée de leur grand-père qui est parti à pied avec son frère, qui a bûché et construit sa maison sans plans», illustre-t-il.

«Ce sont des gens très engagés, très politisés», poursuit l'expert, qui a compris que les villageois se sont toujours très bien organisés sans aide extérieure grâce aux réseaux créés au fil des ans. Lorsque, dans les années 70-80, l'idée de la «régionalisation» a émergé et que sont nées les municipalités régionales de comté (MRC), les citoyens ont vu cette nouvelle créature de l'État et sa bureaucratie d'un mauvais oeil. D'autant plus que, bien souvent, ce sont des gens de l'extérieur du village qui y étaient employés. «Ils [les citoyens] avaient déjà leurs règles de redistribution de la richesse bien établies dans tous les coins de la paroisse», souligne M. Parent.

C'est entre autres pour cette raison que le discours de non-intervention des gouvernements propre aux partis plus conservateurs, comme l'Union nationale, le Crédit social, l'Action démocratique du Québec, la Coalition Avenir Québec ou le Parti conservateur du Canada, a toujours trouvé un écho favorable à Lancaster, mais également, croit l'expert, dans d'autres municipalités avoisinantes et d'un tissu social similaire.

Milieux différents

De tels milieux de vie n'existent pas partout dans la province, dit-il. «Historiquement, il y a une différence entre l'Est et l'Ouest, entre Montréal et Québec», explique Frédéric Parent. Par exemple, les populations plus près de la métropole pratiquent un type d'agriculture différent et ont été plus fréquentées par les anglophones.

Dans la région de la Capitale-Nationale, «c'est plus le Québec d'autrefois», alors que les familles souches sont toujours très présentes et continuent à se développer entre elles, explique le sociologue.Il rejette l'idée de leur aliénation par les radios parlées de Québec, souvent montrées du doigt comme étant la raison pour laquelle les électeurs de la grande région votent plus à droite.

«Un peu simple comme analyse»

«C'est un peu simple comme analyse», fait-il valoir, ajoutant que les médias «expriment un point de vue déjà présent dans la société et qu'ils n'ont surtout pas le pouvoir absolu». Selon M. Parent, c'est parce que les universitaires et autres observateurs de la scène politique réduisent ces populations à leur comportement électoral, comme leur préférence souvent marquée pour les candidats aux idées conservatrices, qu'il existe un «mystère de Québec».

«Ils ne comprennent pas pourquoi des populations plus "pauvres et moins scolarisées" s'opposent aux initiatives étatiques, alors que l'État serait le seul garant de la redistribution de la richesse assurant une meilleure justice sociale.» La diversité des comportements de ces populations doit être étudiée pour qu'on obtienne un meilleur portrait d'ensemble, avance le chercheur.

S'il n'a pas nécessairement percé le fameux mystère, Frédéric Parent croit toutefois avoir contribué à lever le voile sur une réalité complexe.

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