Trop de tatoos, pas assez de musique

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«J'ai réussi ce pour quoi j'avais été embauché : redresser financièrement cette entreprise-là. On ne pouvait plus fonctionner avec tant de monde», juge Luc Doyon, dans les studios de MusiMax

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(Montréal) Je me souviens de ma première visite à MusiquePlus, vers la fin des années 90. C'était pour une entrevue avec Denis Talbot, alors «le grand Talbot». L'ambiance y était unique : ça grouillait d'énergie et de monde. Un gros désordre organisé, un personnel bigarré sur le qui-vive, prêt à entrer en ondes n'importe quand. Avec un côté expérimental, pas formaté comme dans une salle de nouvelles. Je n'ai jamais retrouvé une telle ambiance ailleurs.

Il y a longtemps qu'on ne sent plus cette frénésie en mettant le pied dans la station déménagée depuis à l'angle de Bleury et de Sainte-Catherine à Montréal. Parce que le nombre d'employés a considérablement fondu, au même rythme que l'espace consacré à la musique.

Cette époque est bel et bien révolue, puisque le nouveau propriétaire, Groupe V Médias, a annoncé cette semaine la fin de la production interne dans ses deux stations musicales pour le 27 mars, et le licenciement de 23 employés. Finis, donc, les rares VJ maisons, associés à la marque, qu'on pouvait revoir à divers moments de la semaine dans la grille. S'ils reviennent, ce sera parce que les producteurs indépendants voudront les engager pour leurs productions. Mike Gauthier, qui oeuvrait comme directeur musical des deux chaînes en plus d'être animateur depuis 22 ans, est aussi remercié. «Contrairement à l'étiquette, je ne vais pas remercier la chaîne qui m'a remercié», a-t-il écrit sur sa page Facebook le jour de son congédiement, rappelant du même coup ses meilleurs souvenirs.

«Il fallait passer par là», m'a confié l'architecte de cette transformation, Luc Doyon, dans les bureaux de MusiquePlus cette semaine. Le vice-président directeur et chef de l'exploitation de Groupe V Média ne voyait pas d'autre solution pour assurer l'avenir des deux stations. «Les compagnies de production interne n'ont pas les mêmes avantages financiers que les producteurs indépendants. Il y a des économies significatives à faire, qu'on peut réinvestir dans la programmation. Ce modèle a fait ses preuves à Télé-Québec, à Radio-Canada, à V.»

Dans les faits, Groupe V Média met ses infrastructures à la disposition des producteurs indépendants. «Ce n'est pas la fin de la production originale à MusiquePlus et MusiMax, c'est juste une façon de la faire différemment. Ça procure des shows financièrement plus rentables, c'est plus flexible, on peut utiliser notre personnel technique et impliquer plus de monde en création.»

Luc Doyon annonce d'ailleurs des nouveautés dans la programmation du printemps, dévoilée dans les prochaines semaines. Qu'adviendra-t-il de la signature MusiquePlus et MusiMax le 28 mars? «Nous n'allons pas dénaturer ce qu'on faisait, mais on va proposer plus de musique et notre fil conducteur restera musical», promet le grand patron, alors qu'on voit pourtant se multiplier depuis plusieurs années le nombre de téléréalités à l'antenne. La chaîne consacre même un créneau quotidien à des émissions de tatouage, comme d'autres le font pour des séries de ventes aux enchères.

Pour Luc Doyon, souhaiter le retour en masse de vidéoclips à l'antenne et l'abolition de la téléréalité relève de l'utopie. «La téléréalité, c'est ça qui marche. Je ne peux pas changer les goûts du monde. Si on met une émission de clips à 18h, on ne se parlera plus la semaine prochaine. C'est un sain dosage.»

Bien que MusiquePlus ait bénéficié d'assouplissements de la part du CRTC sur le contenu musical et le contenu canadien, M. Doyon éprouve du même coup un certain inconfort avec les obligations de diffuser des vidéoclips, encore beaucoup trop élevées selon lui. L'entreprise discute actuellement avec l'ADISQ afin de modifier certaines règles qui lui permettraient de diffuser davantage de prestations musicales.

Arrivé en 2008 alors que MusiquePlus et MusiMax appartenaient à Astral, Luc  Doyon avait procédé à un premier grand virage. «J'ai réussi ce pour quoi j'avais été embauché : redresser financièrement cette entreprise-là. On ne pouvait plus fonctionner avec tant de monde», considère-t-il. En matière d'auditoire, il affirme que la situation des deux stations n'est pas catastrophique, même qu'elles ont amélioré leur sort depuis l'automne. «On entend les commentaires des abonnés, on n'est pas déconnectés de la réalité.»

Ancien maître d'oeuvre de la programmation de TQS à l'époque du mouton noir, Luc Doyon retouche à la télévision généraliste en prenant aussi la direction de V. Son disc­ours sur la présence d'information sur l'ancien TQS jure avec celui du propriétaire, Maxime Rémillard, qui avait fermé les salles de nouvelles. «Je pense que ça en prend, mais qu'il faut que ce soit distinctif. Je n'ai jamais considéré l'information comme un obstacle», affirme-t-il.

Luc Doyon sait où il s'en va. Tenace et entêté, il a vécu quatre importants changements de propriétaires au cours de sa longue carrière en télévision et n'a pas raté sa cible souvent. MusiquePlus et MusiMax ne seront plus jamais ce qu'elles ont été. Curieux de voir où l'ancien mouton noir les conduira.

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