Harper et Radio-Canada: pensez comme moi, sinon...

Les studios de SUN News à Toronto. Si... (Photo La Presse Canadienne, J.P. Moczulski)

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Les studios de SUN News à Toronto. Si l'information télévisée est si «biaisée», comment se fait-il que cette chaîne ouvertement de droite n'ait pas connu un succès foudroyant et qu'on ait tiré la plogue dans l'indifférence générale?

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(Montréal) Faut croire que l'idée lui brûlait la langue. Stephen Harper a profité d'une entrevue amicale au FM93 pour déclarer lundi dernier que les employés de Radio-Canada détestent les valeurs conservatrices.

Le PM a le mérite d'être plus transparent que ses ministres, qui nient les uns après les autres avoir une dent contre Radio-Canada, que ce soit James Moore, Shelly Glover ou Steven Blaney.

Stephen Harper n'est en rien précurseur en ce domaine; dans son livre ICI était Radio-Canada, l'ancien directeur de l'information Alain Saulnier étale longuement les nombreux coups de règle imposés au diffuseur public par les précédents gouvernements, insatisfaits du traitement qui leur était accordé. À ce jeu, les libéraux ont été particulièrement vicieux.

Or, dans une société démocratique, un chef d'État ne peut pas couper les vivres à tous ceux qui ne pensent pas comme lui. Et j'ai peine à comprendre qu'il faille l'écrire dans un journal en 2015. En Chine, sûrement. En Russie. Mais pas au Canada. Dans quel monde souhaite vivre Stephen Harper? Celui de médias tous à droite et d'un diffuseur public mis à mort sur la simple présomption qu'il serait gauchiste, ou à tout le moins qu'il veuille représenter le reste du spectre des idées?

Toujours chez Duhaime et Normandeau au FM93, M. Harper a déclaré qu'une majorité de Québécois «ne sont pas des gauchistes» et qu'ils approuvent les mesures adoptées par son gouvernement. Ah bon. Doit-on rappeler que même Québec a été balayée par la «vague orange» aux dernières élections? Les Québécois ne sont peut-être pas «des gauchistes», mais penchent-ils pour autant à droite? La nuance existe encore, Dieu merci.

Nous pourrions prétendre que les radios d'opinion que chérit autant le premier ministre entretiennent systématiquement une haine viscérale et aveugle envers Radio-Canada, une vision qui ne résume en rien la pensée de la majorité. Qu'aligner, tel un mantra, les mots gauchissse, péquissse, biaisée et payé avec nos taxes dans la même phrase, relève davantage de la caricature que de l'argumentaire étoffé. Qu'elles exigent de l'autre une neutralité dont elles ne sauraient jamais s'approcher «parce qu'on est au privé». Et qu'à choisir entre ces envolées démagos à l'emporte-pièce, et une information plus documentée, encadrée par des normes et pratiques journalistiques, je choisis aisément la deuxième option. Qui est le plus «biaisé», dites-moi?

M. Harper n'a jamais daigné accepter les multiples invitations de Tout le monde en parle, mais préfère réserver ses apparitions en terrain conquis, et répondre aux questions complaisantes d'animateurs salivant devant ses politiques. Facile. Il aurait plutôt intérêt à occuper toutes les tribunes, y compris celles qui ne lui sont pas d'emblée favorables. C'est le devoir d'un premier ministre de répondre aux questions, de convaincre du bien-fondé de ses décisions les plus controversées. Croyez-vous que Philippe Couillard se rend chez Guy A. avec la conviction profonde de redorer son image aux yeux de tous? Il s'y présente en connaissant les risques et répond aux questions, même tendancieuses. Ce n'est pas du courage, c'est son devoir.

Si l'information télévisée est si «biaisée», comment se fait-il qu'une chaîne comme SUN News, ouvertement de droite, n'ait pas connu un succès foudroyant? Comment se fait-il que cette chaîne, censée combler un vide et répondre à une clientèle insatisfaite par les nouvelles qu'on lui propose, ait trouvé si peu d'échos? Comment se fait-il qu'à peu près personne ne se soit levé pour la défendre et réclamer sa survie? Qu'on ait tiré la plogue dans l'indifférence générale?

Radio-Canada est-elle ce repaire de péquissses comme le martèlent inlassablement les radios d'opinion de Québec? Faudrait le demander au Conseil de presse, qui a blâmé le diffuseur public pour sa «présentation tendancieuse de l'information» au sujet du mari de l'ex-première ministre Pauline Marois, Claude Blanchet. Faudrait le demander aussi au Parti québécois, qui exige des excuses de Radio-Canada pour avoir été traité injustement.

Un vulgaire malentendu, sans doute.

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