Réal Bossé dans 19-2: série policière à la Shakespeare

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Toute l'équipe de 19-2 autour du réalisateur Podz, lors du tournage de la troisième saison l'été dernier.

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(Québec) Réal Bossé carbure davantage au théâtre de Shakespeare qu'aux séries policières et ne compte pas surfer sur son premier grand rôle dans une série dramatique pour s'assurer des contrats faciles en uniforme bleu. Ce qui intéresse d'abord le créateur, ce sont les humains et leurs zones grises.

Les téléspectateurs connaissent Réal Bossé en tant que joueur émérite de la Ligue nationale d'improvisation (LNI), pour ses rôles de Beurk dans Kaboum, de Serge dans Dans une galaxie près de chez vous et ses multiples personnages dans LOL :-), mais surtout, depuis 2011, pour son interprétation du patrouilleur Nick Berrof dans 19-2

Ce qu'on sait moins, loin des théâtres montréalais, c'est qu'il a joué dans 16 pièces de Shakespeare et qu'il est codirecteur artistique de la compagnie Omnibus, qui privilégie le jeu corporel et le mime. Deux aspects, le drame et le corps, qui sont des fondements de l'écriture de 19-2, qui a bouleversé, sur plusieurs points, la télévision québécoise. 

«C'est une série difficile, on ne s'en est jamais caché. Au début, ce devait être une comédie, imagine», indique le comédien en entrevue téléphonique au Soleil. Malgré qu'elle aborde des sujets lourds (tuerie, violence conjugale, pédophilie, meurtre, etc.), l'émission comporte tout de même son lot de situations cocasses, qui viennent agir comme un baume.

«Je trouve que ça ressemble beaucoup à la vraie vie, où on peut être bouleversé par toutes sortes de nouvelles contradictoires dans la même journée, note Bossé. Robert Gravel [le fondateur de la LNI] disait que Shakespeare, c'était une bonne beurrée de fun et une bonne beurrée de marde dans le même sandwich. 19-2, c'est un peu ça aussi.»

La série policière, comme les tragédies classiques, donne à voir des humains plus grands que nature, chahutés par des forces qui les dépassent et qui menacent de les avaler et de les faire sombrer dans la folie. Des fantômes leur apparaissent (on pense à Hamlet), agissant comme des révélateurs leur permettant de parler de ce qu'ils doivent taire au plus profond d'eux-mêmes au quotidien.

Écrire sa partition

En plus de jouer les deux personnages principaux de 19-2, Bossé et Claude Legault en sont les idéateurs et collaborent à l'écriture. Une position rare, dont ils ont voulu tirer profit pour jouer une partition qui les comble.

«Quand on écoute Six Feet Under, on voit bien que les acteurs jouent. Lorsqu'on regarde un téléroman québécois, souvent, ça jase. Moi, je suis tanné de jaser, j'ai envie de jouer», plaide Bossé.

Plutôt que de dire tout ce qu'ils ressentent, les policiers de 19-2 l'incarnent, et les auteurs délaissent les répétitions et les détails inutiles pour laisser les acteurs «vivre» et l'action prendre davantage de place. «Le côté physique de ces rôles-là m'intéresse bien plus que leur psychologie. Dans la vie, on est bien plus souvent ce qu'on fait que ce qu'on dit», soutient Bossé, dont le personnage taciturne a été particulièrement malmené par la vie.

«C'est un humain à qui il est arrivé trop d'affaires, qui a été collé trop longtemps sur la misère humaine. Il est victime d'une mère qui ne l'aime pas, d'une job qui mange le monde, mais jamais il ne se verrait comme ça», indique Bossé à propos de son personnage.

Le propre de 19-2 est d'ailleurs que l'intrigue est enracinée dans les personnages, ce qui oblige les auteurs à délaisser tout ce qui s'apparente à l'anecdote. «Il n'y a jamais eu de moments mous ou téléromanesques dans la série, tout est important», soutient Bossé.

Dans le documentaire Télé en séries, qui sera diffusé à Télé-Québec lundi soir, le comédien explique qu'il aime que la télé présente des représentations difficiles de l'humain, et que celle-ci devrait être au-devant de la société qui l'engendre. De son point de vue, la fiction, aussi violente et tragique soit-elle, ne dépasse jamais la réalité. 

«Quand j'ai appris que mon petit frère de 24 ans allait mourir, je ne pouvais pas comprendre, raconte Réal Bossé, qui est le 13e d'une famille de 14 enfants. Il y a de ces injustices-là. Ma mère ne s'attendait pas à voir partir son bébé. Ce n'est pas une femme à s'épancher. Elle se disait : "Je vais pleurer le matin quand personne ne va me voir. Ça va être fait et je vais pouvoir commencer ma journée." C'est une Berrof, finalement.»

Télé d'avant-garde

L'écran, petit ou grand, tout comme la scène, est un miroir qui doit confronter ceux qui les regardent, selon Réal Bossé. «J'aime que la télé soit toutes sortes de choses, dont un divertissement, souligne l'auteur, mais elle ne peut pas être que ça. À mon avis, elle pourrait nous faire vivre beaucoup plus de choses que ce qu'elle nous fait vivre présentement.»

Le créateur ne rate jamais une occasion de côtoyer de jeunes auteurs, acteurs et réalisateurs, question de s'abreuver de ce qui se fait de nouveau, sans renier ce qui s'est fait avant.

«À partir du moment où tu as vu Breaking Bad ou True Detective, je n'ai pas envie de retourner à Tabou. Je n'irai pas refaire ce qui a déjà été fait. On n'aura jamais des budgets américains. Par contre, on a de super idées ici. Ce serait dommage qu'elles ne passent pas à cause de frilosités.» La scène ultraréaliste de la tuerie qui a ouvert la deuxième saison de 19-2 a semé l'émoi, même si on ne compte plus le nombre de chaînes de nouvelles qui présentent les tueries réelles en direct. 

«Je ne suis pas du genre à m'anesthésier, il faut voir le tort que l'humanité fait à la planète et le tort qu'elle se fait à elle-même. Je veux raconter des histoires d'humains qui s'adressent aux humains. C'est le côté très anthropologique et émotif de tout ça qui m'intéresse», résume Bossé. Alors qu'on laisse entendre sur différentes tribunes que cette saison de 19-2 pourrait bien être la dernière, celui-ci ne cache pas que, dans sa tête, il y a toujours eu cinq saisons - «mais on se questionne à chaque année», glisse-t-il.

La troisième saison de 19-2 sera diffusée à partir du mercredi 28 janvier à ICI Radio-Canada Télé.

Portrait-robot de la série

La série 19-2 a été créée par les comédiens Claude Legault et Réal Bossé, qui collaborent à l'écriture, et réalisée par Podz (Minuit, le soir, C.A., Les 7 jours du Talion). Elle est regardée en moyenne par 1,5 million de téléspectateurs. On y suit deux patrouilleurs de la Ville de Montréal, Ben Chartier et Nick Berrof (Legault et Bossé).

La saison précédente s'est ouverte par un long plan-séquence montrant une tuerie dans une école et s'est terminée par le suicide du sergent Houle, la taupe du poste 19, le mentor de Berrof, qui leur a avoué ses penchants pédophiles. Troublés, les deux policiers ont fait pacte de silence. La vérité tentera sans cesse de refaire surface pendant la troisième saison, alors que tout le poste fait l'objet d'une enquête.

Sur le plateau cet automne

Réal Bossé nous a appelé sur son heure de lunch... à 14h45. Sur le plateau de 19-2, il n'est pas rare de faire du midi-minuit, indique l'acteur. Le tournage de la troisième saison s'est déroulé du début septembre au 17 décembre, principalement dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve à Mont-réal. Un total de 68 jours de tournage pour 10 épisodes.

Mère Nature leur a causé quelques casse-têtes. «Puisqu'on est en raccord direct avec la deuxième saison, on était un peu bousculés par l'apparition de la neige blanche et le grand nombre de feuilles dans les arbres. C'est devenu un casse-tête de production. On cadrait autrement, on évitait d'avoir le reflet des arbres dans les fenêtres de char. Ça ne se verra pas», assure Bossé.

Se défaire de l'uniforme

Que ce soit pour aller faire un Gala Juste pour rire ou pour arrêter le président de Kia dans une annonce, «on me demande souvent de faire des polices de ce temps-là», constate Réal Bossé, qui refuse systématiquement toutes ces offres. «J'haïs la police. J'haïs le fait qu'on en ait besoin, qu'on force des humains à faire cette job-là. Mais c'est une maudite belle opportunité de parler des zones grises où l'humain perd de son humanité», souligne-t-il en parlant de 19-2.

Le fait de côtoyer de nombreux policiers du Service de police de la Ville de Montréal avant et pendant les tournages ont affirmé sa volonté de donner des visages aux uniformes. «La perception des gens a changé et je suis très heureux de ça», ajoute-t-il.

Taquinons la planète

Réal Bossé assume le double rôle d'auteur et de créateur dans la série humoristique LOL :-), dont les sketches sans paroles montrent différentes époques et différents décors extérieurs. La prochaine saison devrait être tournée à La Havane en février.

Comme acteur, il y retrouve le côté physique qui lui est nécessaire autant dans le drame que dans l'humour. «C'est drôle, mais en plus c'est à cheval avec une armure sur le bord d'un précipice. J'ai failli mourir plusieurs fois», raconte-t-il.

L'émission produite par QuébéComm, associé au Grand Rire, est tournée dans différents pays et largement diffusée au-delà de nos frontières, ce qui inspire le comédien et auteur pour ses prochains projets, nombreux et variés. «Il y a des gens qui rient de mes blagues en Chine, pourquoi ils ne pleureraient pas de mes drames?»

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