Wild: sur le sentier de la rédemption

Reese Witherspoon poursuit sa réinvention comme actrice «sérieuse»... (Photo fournie par Fox Searchlight)

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Reese Witherspoon poursuit sa réinvention comme actrice «sérieuse» et donne corps au personnage de Cheryl Strayed, une femme écorchée qui entreprend une randonnée de 1600 km sur la Pacific Crest Trail.

Photo fournie par Fox Searchlight

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(Québec) Jean-Marc Vallée ne manque pas de couilles. Il fallait une confiance sans bornes en ses moyens pour s'attaquer à Wild, l'adaptation du livre de Cheryl Strayed. Imaginez: filmer une jeune femme qui marche pendant 1600 kilomètres, jouée par une actrice qui veut qu'on la prenne plus au sérieux. Reese Witherspoon n'a pas froid aux yeux, elle non plus, en se mettant ainsi à nu. Mais avec ce long métrage passionnant et intense, le réalisateur et son actrice peuvent clamer: mission accomplie!

L'actrice de 38 ans se glisse dans la peau de Cheryl Strayed, une jeune femme sur le mode autodestructif depuis la mort de sa mère Bobbi (Laura Dern, lumineuse), qui se lance sur le sentier de la rédemption au cours d'une randonnée sur la Pacific Crest Trail. Cette marche solitaire est entrecoupée de retours en arrière sur le décès de sa mère, sa consommation d'héroïne, ses aventures sordides avec les premiers venus; son divorce; bref, sa descente aux enfers.

La voix hors champ de Cheryl permet d'avoir accès à ses pensées intimes et à ce qu'elle inscrit dans le journal, ce qui pigmente l'intérêt pour la protagoniste dans ce drame contemplatif. Bien sûr, son parcours est parsemé de rencontres, parfois dangereuses. Mais on se serait passé de l'interlude amoureux, vers la fin, qui n'apporte pas grand-chose au récit et en brise le rythme.

Il faut dire que, malgré son sujet, Wild n'a pas le même impact dramatique que Dallas Buyers Club- même s'il est tout aussi captivant. Il faut une grande maîtrise cinématographique pour nous intéresser, pendant près de deux heures, à une randonneuse solitaire! Mais Vallée et son directeur photo Yves Bélanger ont choisi, très judicieusement, une approche intimiste, collant au personnage et à sa souffrance, tant physique que psychologique, plutôt que d'exploiter seulement la beauté sauvage du paysage.

C'était la seule façon valable, sur le plan cinématographique, de rendre cette quête solitaire intéressante et Vallée ne s'y est pas trompé. Il s'avère ainsi presque un documentaire sur la Pacific Crest Trail, magnifiée par de superbes plans.

En montant en parallèle l'épreuve que Stacey s'impose avec les moments heureux de son enfance, le deuil de sa mère puis sa chute, Vallée donne aux spectateurs les clés pour comprendre les motivations profondes de cette femme écorchée.

La musique occupe, comme d'habitude chez le talentueux réalisateur de 51 ans, une place prépondérante, de Portishead à Stevie Ray Vaughan. En particulier El Condor Pasa, de Simon & Garfunkel, qui agit comme un leitmotiv, mais qui agit aussi pour Cheryl comme une réminiscence de sa mère Bobbi. Le récit de Cheryl Strayed est celui d'une personne qui tente de se réinventer, mais, surtout, un hommage appuyé à la figure maternelle et à l'amour qu'elle lui portait.

Il fallait une solide performance pour maintenir l'intérêt (Wild manque d'ailleurs de souffle à la fin). Reese Witherspoon poursuit sa réinvention comme actrice «sérieuse». Elle donne corps au personnage - le rôle est très physique - et n'hésite pas à se présenter sous un jour pas très avantageux, ni même à jouer quelques scènes nues. D'ailleurs, les scènes sexuelles sont explicites, mais pas racoleuses et dénuées de la lumière flatteuse habituelle des productions hollywoodiennes. On reconnaît la signature de Vallée. Witherspoon livre le genre de performance à plaire aux membres de l'Académie. Elle est, pour l'instant, en nomination comme meilleure actrice aux Golden Globes.

Wild illustre la catharsis d'une jeune femme qui cherche à surmonter le deuil de sa mère. Sa résonance est profonde. Il s'agit d'un film très touchant, qui s'adresse autant à la tête qu'au coeur.

***

Au générique

Cote: *** 1/2

Titre: Wild

Genre: drame

Réalisateur: Jean-Marc Vallée

Actrices: Reese Witherspoon et Laura Dern

Salles: Clap (v.o.a.s.-t.f.) et Sainte-Foy

Classement: 13 ans et plus

Durée: 1h55

On aime: le jeu naturaliste de Witherspoon, la réalisation intimiste, la superbe photographie, la trame sonore

On n'aime pas: l'interlude amoureux

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