La politique n'est pas un jeu d'enfants: un héritage empoisonné

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Durant la tourmente autour du projet de Charte des valeurs, certains matins étaient plus difficiles que d'autres pour la famille Drainville.

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(Montréal) «Dommage qu'ils l'aient manquée, je serais allé pisser sur sa tombe!» Voilà le genre de commentaires orduriers qu'on pouvait lire sur les réseaux sociaux, après l'attentat contre Pauline Marois au Metropolis, en 2012. Ce soir-là, la journaliste Karina Marceau s'est demandé comment les enfants de la nouvelle première ministre avaient reçu de tels propos.

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On a tous bien ri du bonnet de Gilles Duceppe, mais ses enfants l'ont trouvé moins drôle. Difficile de voir son père devenir la risée de la province quand on est encore un ado.

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Les enfants de Bernard Drainville ont vécu durement la période de la Charte, notamment dans la cour d'école. Sa fille Rosalie a même dû subir une sortie en règle de sa professeure contre la Charte devant toute sa classe.

Parce qu'on ne pense pas à la famille de nos élus quand on les accuse de tous les maux. Dénoncer leurs positions est une chose; salir leur nom publiquement en est une autre. Une pratique courante qui finit par empoisonner la vie des enfants de politiciens, victimes des convictions de leurs parents.

Dans La politique n'est pas un jeu d'enfants, diffusé lundi à 21h à Télé-Québec, Karina Marceau a voulu savoir jusqu'à quel point ils en restent marqués. À plusieurs égards, le documentaire fait le procès des médias, mais aussi de la société, et des parents, qui décident en quelque sorte de sacrifier une partie de leur vie familiale en se lançant en politique. Signe que l'expérience peut être éprouvante, aucun des fils et filles d'élus rencontrés par la journaliste n'ont l'intention de suivre les traces de leurs parents. Aucun.

On s'en doute : les enfants de Bernard Drainville ont vécu durement la période de la Charte, notamment dans la cour d'école. Sa fille Rosalie a même dû subir une sortie en règle de sa professeure contre la Charte devant toute sa classe. On imagine son inconfort, et la prof a été convoquée par la direction. Pas étonnant que certains matins, en route vers l'école, les enfants n'avaient pas envie de sortir de la voiture. Drainville ne doit-il en vouloir qu'à lui-même?

La famille du député du NPD Roméo Saganash, qui a longtemps milité au sein de la Nation crie, se relève durement de ses déboires avec l'alcool. Sa fille se met à pleurer en se souvenant d'une période où elle n'a pu le voir qu'une heure en sept mois. À l'époque de la crise d'Oka, ce n'était guère plus rose, et la famille recevait des insultes du genre: «Sales Indiens, vous payez même pas d'impôts, pis vous empêchez le Québec de faire de l'argent!» La famille s'est dissoute depuis.

La politique a aussi fait des ravages dans la famille du député libéral Robert Dutil, depuis qu'un scandale a frappé la Cité écologique de Ham-Nord, où il avait établi sa résidence. On a fait la preuve que la Cité, qualifiée à tort de secte, n'avait rien à se reprocher, mais le tort était fait. Sa fille, qui témoigne de cette période houleuse, n'a pas revu son père depuis 2008.

Était-ce d'intérêt public de dévoiler au grand jour que la fille de l'ancien ministre de la Justice Marc Bellemare avait été danseuse nue? Karina Marceau pense que non. «Il n'y a pas d'histoire», affirme Thierry Giasson, chercheur principal au Groupe de recherche en communication politique de l'Université Laval et ancien journaliste. Quand on se prête à des exercices aussi disgracieux qu'un concours pour dépuceler la fille de Brian Mulroney, ou de comparer les ordures de deux candidats à la mairie, on est rendu bien bas.

Le journaliste Daniel Lessard, qu'on voit et qu'on entend encore à Radio-Canada, raconte avoir un jour été témoin d'une scène captée par la caméra où l'ancien premier ministre Pierre Elliott Trudeau rabrouait sévèrement l'un de ses fils. Il a choisi de ne pas montrer ces images, jugeant qu'elles relevaient de la vie privée. Aujourd'hui, elles se retrouveraient sur YouTube l'instant d'après. «Tout est d'intérêt public, on est devenus des voyeurs», constate Daniel Lessard.

Pierre Karl Péladeau

À Infoman, Jean-René Dufort a déjà rapporté des propos de la fille de Pauline Marois sur sa page Facebook, truffés de fautes de français et de jurons. Selon lui, un enfant de politicien devient forcément un personnage public. «Ils sont ben contents de se montrer à côté de leur arbre de Noël», dit-il à propos de ces policitiens qui posent avec leurs enfants, comme le fait à satiété Pierre Karl Péladeau depuis son entrée en politique, et qui doivent en assumer les conséquences sur leur famille en des moments moins heureux.

Fille de Lise Payette

La fille de Lise Payette, l'auteure Sylvie Payette, se souvient qu'à l'époque du référendum, elle n'était plus la bienvenue chez certaines de ses amies. On la voit rencontrer pour la première fois le fils de Claude Ryan, Paul, du clan jadis ennemi. On a tous bien ri du bonnet de Gilles Duceppe, mais ses enfants l'ont trouvé moins drôle. Difficile de voir son père devenir la risée de la province quand on est encore un ado. Le fils, Alexis, qui a maintenant 35 ans, se souvient d'avoir appelé Tel-Jeunes. Comme son père, il parvient à en rire aujourd'hui.

Karina Marceau aurait bien aimé parler à la famille de Justin Trudeau, mais celui-ci a dit souhaiter se détacher de l'image de son père. Même refus du clan de Pauline Marois, pour qui la défaite est encore bien récente. Mais les désagréments de la vie d'enfant de politicien sont-ils bien différents de ceux des enfants d'artistes vedettes, aussi adulés que détestés? Le documentaire a le mérite de susciter des débats, un examen de conscience de ce qu'on doit dire ou ne pas dire dans les médias, mais n'a rien pour encourager ceux et celles qui souhaitent faire le saut en politique sans en faire payer le prix à leurs proches.

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