Coupes à Radio-Canada: Charles Tisseyre en colère

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(Montréal) Il en fallait beaucoup pour que Charles Tisseyre se fâche. Ébranlé par les compressions qui affectent CBC/Radio-­Canada, il a lancé un cri du coeur, mercredi midi, lors de l'Assemblée publique annuelle du diffuseur public. Sous les yeux du pdg Hubert T. Lacroix, l'animateur de Découverte, habituellement très posé, a exprimé sa colère et son vif désaccord avec les plans de la société.

«Il faut que ça cesse, et que le gouvernement comprenne que Radio-Canada/CBC est une institution capitale dans ce pays. Il faut nous soutenir!» a-t-il dit, longuement applaudi par l'assistance, composée en grande partie d'employés, satisfaits de voir une vedette de l'antenne livrer un tel plaidoyer.

L'assemblée annuelle, composée d'une table ronde et d'une période de questions venant du public, a pris très tôt une tournure houleuse et chaotique, et regroupait entre autres le chef d'antenne Patrice Roy, l'auteure et productrice Fabienne Larouche et le président du conseil d'administration, Rémi Racine. Dès l'ouverture, l'animatrice de l'événement, Rebecca Makonnen, a dû ramener à l'ordre des membres de l'assistance qui interrompaient le discours d'Hubert Lacroix. La tension n'allait que prendre de l'ampleur.

En réponse à une question de l'animatrice, Charles Tisseyre s'est emporté. «Ceux qui seraient le fer de lance, le moteur [du virage numérique], les jeunes, on les fout à la porte!» À son avis, comment procéder à ce virage tant valorisé par Hubert Lacroix sans réinvestir dans l'entreprise?

En entrevue au Soleil après l'assemblée, M. Tisseyre ne regrettait pas d'avoir haussé le ton. «J'ai reçu beaucoup de témoignages de mes collègues, qui auraient voulu s'exprimer de la même façon s'ils avaient été à ma place. Il y a actuellement une détresse, une morosité que je n'ai jamais vues dans cette boîte.» Personnellement touché par ces compressions, M. Tisseyre a expliqué que la saison de Découverte a commencé trois semaines plus tard cet automne, et que, depuis, une émission sur quatre est une rediffusion. «Les compressions budgétaires sont allées trop loin», dit-il.

Il ne croit pas un seul instant à la viabilité du plan stratégique de la direction. «C'est une démarche qui ne tient pas la route sur le plan de la logique. Ceux qui pourraient bâtir le numérique beaucoup mieux que nous, ce sont les jeunes, parce qu'ils ont ça dans leur ADN.» Il croit urgent que le gouvernement réinvestisse des sommes chez le diffuseur public. «Depuis 1990, il faut compter à peu près 600 millions $ en compressions. Comment peut-on continuer à couper et s'imaginer qu'on puisse effectuer le virage numérique?»

Charles Tisseyre ne croit pas qu'un changement de pdg pourrait changer les choses. «Le nouveau devra être d'accord avec les compressions», pense-t-il. Il croit cependant que la pression du public ne peut pas nuire. «Les politiciens n'aiment pas voir des citoyens en grand nombre s'organiser contre leurs mesures. Ils veulent se faire réélire.»

Panéliste invitée, Fabienne Larouche a admis être «très mal à l'aise», pensant ne pas être à sa place sur la scène, au point de songer à quitter l'assemblée. À une intervenante qu'elle jugeait agressive, elle a expliqué que la fermeture des studios à l'interne ne l'empêcherait pas de produire ses émissions à l'extérieur, avec les mêmes techniciens. Le vice-président national du Syndicat des techniciens et artisans du réseau français de Radio-Canada, Michel Labrie, considère que cette position encourage la précarité des employés, qui perdront tous leurs avantages.

Un intervenant de la salle a réclamé la démission d'Hubert Lacroix, lui remettant en mains propres une lettre prête à signer. «En 32 ans de services, je n'ai jamais vu un président se faire prendre à partie de cette façon dans une assemblée. Les gens ne font plus confiance à ce président et au conseil d'administration», affirme Michel Labrie.

Hubert Lacroix, qui a décliné notre demande d'entrevue, a répété à plusieurs reprises qu'il terminerait son mandat qui prendra fin le 31 décembre 2017. Accusé par une personne de la salle de ne pas «déchirer sa chemise» pour réclamer plus d'argent à Ottawa, il a rappelé que la dernière augmentation des crédits parlementaires fédéraux remontait à 1973 et qu'il s'est battu pour que le diffuseur obtienne des redevances des câblodistributeurs, comme les stations privées, sans succès.

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