Dans les coulisses d'Enquête: comme un roman d'espionnage

Les reportages d'Alain Gravel et de Marie-Maude Denis... (Phothèque Le Soleil)

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Les reportages d'Alain Gravel et de Marie-Maude Denis ont fait la manchette de plusieurs émissions d'affaires publiques et des nouvelles.

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(Québec) À force de démasquer les plus malhonnêtes et de susciter l'indignation publique, Alain Gravel et Marie-Maude Denis ont fini par devenir des héros. Leur quête de vérité n'est peut-être pas aussi rocambolesque qu'au cinéma, elle l'est suffisamment pour être racontée par l'auteur et journaliste Pierre Cayouette, avec la collaboration de Marc-André Sabourin, dans un livre intitulé Dans les coulisses d'Enquête et publié chez Québec Amérique.

Tout journaliste vous le dira: le quotidien de cette profession, si chargé soit-il, se passe rarement comme dans Les jeunes loups. Or, le parcours de l'équipe d'Enquête pour dévoiler au grand jour les scandales de corruption et de collusion est peuplé de rebondissements, de stratégies, d'erreurs et de grandes réussites, qui dépassent largement les noms de Gravel et de Denis.

Une bonne part du livre est d'ailleurs consacrée au travail de moine des membres de l'équipe, de la recherchiste Monique Dumont, qui observait des irrégularités dans l'administration de la Ville de Laval depuis 1998, à la réalisatrice-coordonnatrice Claudine Blais, qui entreprend des démarches pour louer le Touch, le bateau de Tony Accurso, en s'inventant un personnage.

Certains rebondissements, bien réels, frôlent le burlesque. Comme ce détective qui confond le Touch avec le Out of Touch et prend la mauvaise photo. Et ce jour de canicule où Marie-Maude Denis arrive en petite robe d'été, le pire vêtement pour dissimuler une caméra cachée, qui pendouille entre ses jambes.

Si le célèbre duo du Washington Post, qui a éventé le scandale du Watergate, recueillait les confidences de «Gorge profonde», Alain Gravel, lui, dispose d'un carnet bien rempli d'informateurs, auxquels il donne des surnoms aussi rigolos que la Tuque, Lénine, Railleur, Belette, Nettoyeur et monsieur Saint-Hubert.

Durant tout le livre, on sent l'excitation du scoop, et cette impression de la part des membres de l'équipe de ne pas croire ce qu'ils sont en train de vivre. Après tout, leur acharnement mènera à la commission d'enquête la plus longue de l'histoire du Québec.

Alain Gravel n'a eu que de brefs entretiens avec «le fantôme Accurso», qu'il a croisé par hasard chez Milano, une épicerie de la Petite Italie à Montréal. Accurso l'avait salué, en ajoutant qu'ils se reverraient bientôt. Ces petites allusions, tout comme la visite d'une mystérieuse femme au domicile de Gravel, ajoutent au suspense du livre.

L'ouvrage illustre assez bien cette témérité inconsciente qui anime les journalistes d'enquête, et rend morts d'inquiétude les membres de leur entourage. Au point où la conjointe de Gravel, excédée, manifeste son impatience et le somme d'agir pour qu'on renforce sa sécurité. «Une foule de gadgets dignes d'Hollywood ont été posés, dont des pellicules antichevrotines et anticocktails Molotov sur les fenêtres», raconte l'auteur.

Le père de Marie-Maude, Michel Denis, s'inquiète aussi pour sa fille, sachant très bien que certaines de ses sources sont loin d'être des enfants de choeur. Elle a refusé qu'un garde du corps l'accompagne en permanence, mais accepté qu'on paye son taxi quand elle quittait la tour tard en soirée.

L'un des passages les plus prenants du livre est cette rencontre secrète de Marie-Maude Denis avec l'ancien maire de l'arrondissement Ville-Marie et chef de l'opposition, Benoît Labonté, qui lui donne rendez-vous à Sainte-Anne-de-Beaupré, en pleine tourmente. C'est à elle que le politicien déchu videra son sac après sa démission de l'hôtel de ville.

Alain Gravel, qui signe l'avant-propos et la postface, soulève de gros doutes sur le déroulement de la commission Charbonneau, qui a pris fin vendredi. Il souligne notamment que Tony Accurso l'a eu facile en retardant le plus possible son témoignage, le temps de prendre connaissance de tout ce qu'on avait révélé sur lui durant la commission.

L'oeuvre de Cayouette et Sabourin est enlevante, et se lit tel un roman d'espionnage. Sans les morts et les «rapprochements». L'histoire méritait certainement qu'on y consacre un livre, ne serait-ce que pour montrer l'ampleur de la tâche accomplie par une équipe aussi dévouée qu'efficace et compétente.

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