Jean-René Dufort blâmé pour un topo sur Gaza

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L'animateur avoue prendre la décision à la légère.

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(Montréal) Le débat commence à être usé : Jean-René Dufort est-il un journaliste ou non? La question refait pourtant surface à la lecture d'une décision de l'ombudsman de Radio-Canada, qui blâme Infoman pour un reportage sur la bande de Gaza, diffusé le 11 septembre.

Dans ce reportage tourné avant la guerre de l'été dernier, Jean-René Dufort et son caméraman traversaient toutes les étapes pour entrer à Gaza, par le passage israélien d'Erez, une entreprise laborieuse. Avec son style habituel, il voulait ainsi démontrer que les Palestiniens ne pouvaient pratiquement plus sortir du pays.

En réponse à une plainte du directeur associé des affaires publiques du Centre consultatif des relations juives et israéliennes, David Ouellette, l'ombudsman Pierre Tourangeau n'y est pas allé dans la retenue. «Que diable allait-il faire dans cette galère?» se permet de demander ce journaliste reconnu, ancien cadre de l'information à Radio-Canada. En gros, la décision dit que Jean-René Dufort ne peut pas se cacher sous le couvert de l'humour pour aborder un sujet aussi sérieux que le conflit israélo-palestinien sans respecter les normes et les pratiques journalistiques de Radio-Canada.

«Je ne sais pas ce qu'ils mettent dans l'eau en ce moment à Radio-Canada», a blagué Jean-René Dufort mardi, quelques minutes après avoir pris connaissance de la décision. «On tombe des nues. Personne aux variétés n'était au courant de ces règles qui semblent tomber du ciel. Nous allons bien sûr demander des précisions.»

L'animateur avoue prendre cette décision à la légère et dit avoir l'impression de retourner à l'époque de La fin du monde est à 7 heures, quand on l'accusait de mêler divertissement et journalisme, un débat révolu, selon lui.

En 15 ans d'émission, Jean-René Dufort évalue à trois ou quatre le nombre de plaintes le concernant adressées à l'ombudsman. Mais chaque fois, celui-ci a refusé de les traiter, prétextant que l'émission relève des variétés et non de l'information. Pourquoi en est-il autrement cette fois? Pierre Tourangeau considère que ce reportage relève davantage des affaires publiques que du sketch, «ce qui le fait tomber sous la juridiction de l'ombudsman».

Jean-René Dufort ne partage pas du tout cet avis. «Il est un peu en retard et devrait revoir nos reportages en Haïti, quand nous avons interviewé le Hezbollah au Liban, Ingrid Betancourt, et traité de l'attentat contre Pauline Marois. À Infoman, il n'y a pas de sujet tabou, et ça va continuer», affirme l'animateur, qui répétera plusieurs fois durant la conversation que cette décision ne changera rien aux méthodes de son équipe. «C'est une émission de satire, d'opinion, d'éditorial qu'on fait.»

L'animateur ne comprend pas pourquoi personne ne l'a mis au courant de cette plainte pour qu'il puisse se défendre. «Il ne m'a jamais appelé pour discuter de ça. Ce serait la moindre des choses. C'est un ancien journaliste, il devrait savoir ça», dit-il à propos de Pierre Tourangeau.

Jugements de valeur

Irrité que le reportage ne présente que l'avis de Rachad Antonius, professeur à l'UQAM et spécialiste du Proche-Orient, l'ombudsman considère que même dans un contexte humoristique, Jean-René Dufort aurait dû montrer les deux côtés de la médaille, ou à tout le moins offrir un point de vue divergeant dans un reportage subséquent.

À plusieurs endroits dans sa décision, les propos de M. Tourangeau frôlent les jugements de valeur, notamment sur le choix des sujets. «Je ne doute pas qu'il soit possible pour quelqu'un qui possède le talent de M. Jean-René Dufort de faire de l'humour à partir de n'importe quel sujet. Par contre, il me semble que certains d'entre eux s'y prêtent plus difficilement et qu'à s'y frotter on risque de provoquer autant de grincements de dents que de sourires», écrit-il.

«On est très fier de ce reportage. Nous n'avons reçu qu'une seule plainte, c'est un miracle pour un sujet aussi délicat», affirme Jean-René Dufort, qui précise que les topos de l'émission sont prévisionnés par des patrons de Radio-Canada, par les producteurs et des avocats.

Le reportage de septembre n'était qu'un avant-goût de deux émissions spéciales d'Infoman, tournées entièrement à Gaza l'été dernier, et prévues pour décembre. Plairont-elles à l'ombudsman?

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