Une arme secrète se cachait à La Grosse Île

Devant le bâtiment de désinfection de La Grosse... (Collaboration spéciale Sylvain Fournier)

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Devant le bâtiment de désinfection de La Grosse Île qui a servi de laboratoire secret durant la Seconde Guerre mondiale, André Williams, témoin de cette époque, est entouré du réalisateur et du journaliste du film Le projet N, Yves Bernard et Vincent Frigon.

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Sylvain Fournier
Le Soleil

(Montmagny) La Grosse Île, située en face de Montmagny, n'a pas uniquement servi de station de quarantaine pour des milliers d'immigrants irlandais venus en sol canadien. Durant une époque encore jugée mystérieuse au coeur de la Seconde Guerre mondiale, des scientifiques canadiens y ont érigé un laboratoire militaire ultra secret afin de produire du charbon bactérien, un agent de guerre bactériologique aussi connu sous le nom d'anthrax.

Après quatre années de recherche, dont deux intensives qui les ont conduits un peu partout au Canada, aux États-Unis et en Allemagne, le journaliste Vincent Frigon et le réalisateur Yves Bernard de la maison de production montréalaise Telimagin lèvent le voile sur une partie de cette histoire inconnue de l'île de la quarantaine. Le documentaire Le projet N, nom de code de cette opération militaire menée par les armées canadienne et américaine, sera diffusé aux Grands Reportages de RDI, demain à 20h.

Encore des questions sont laissées sans réponse à la suite du visionnement de presse présenté, vendredi, au bâtiment de désinfection de La Grosse Île, endroit où furent menées les premières recherches scientifiques sur une arme de destruction massive au Canada. Certaines révélations glacent le dos. «Techniquement parlant, il y avait suffisamment d'anthrax à Grosse Île pour détruire 30 fois l'humanité», mentionne Vincent Frigon devant les immenses cuves utilisées jadis à fabriquer l'anthrax à un rythme qui aurait atteint les 120 kilos par semaine ou 1500 bombes.

«La plupart des documents relatifs au projet N étaient encore secrets jusqu'à récemment. Ils ont été obtenus par la Loi d'accès à l'information et au terme de recherches intensives dans des archives au Canada et aux États-Unis», ajoute-t-il en précisant que certains des documents restent introuvables ou auraient été détruits. À elle seule, la quête des rares images d'archives tournées à cette époque ont coûté 30 000 $ aux producteurs.

Thomas Stovell, un scientifique torontois à la retraite qui a travaillé dans ce laboratoire de guerre biologique, mentionne que personne ne devait savoir ce qui se passait à La Grosse Île. L'octogénaire n'avait encore jamais parlé publiquement de son histoire. Chargé de désinfecter le laboratoire d'anthrax de La Grosse Île à la fin de la guerre, il confie que les militaires canadiens se sont débarrassés de cette arme bactériologique en la mélangeant dans des barils de solvant avant de jeter ces derniers au beau milieu du fleuve St-Laurent, à la hauteur de Montmagny.

Il y aurait eu d'autres recherches militaires jusqu'en 1957 sur l'île. Elle deviendra ensuite une station de quarantaine animale pour le ministère de l'Agriculture avant que Parcs Canada en fasse une attraction touristique à partir des années 1990.

«Est-ce qu'il y a encore des traces d'anthrax dans le fleuve? On ne peut pas le dire car cette substance peut rester nocive pendant environ 100 ans», mentionne le journaliste. «Par ce documentaire, nous voulons que tout ce mystère soit dévoilé. Il y a encore des choses que l'on ne sait pas. On veut aussi rendre hommage à ces personnes qui ont risqué leur vie pour défendre leur pays. Leurs conditions de travail étaient horribles», a-t-il ajouté.

Témoin de l'époque

Présent au visionnement, l'un des rares témoins de cette époque, André Williams, était parmi les 200 militaires, dont 75 Américains, qui avaient pour mission de protéger farouchement cette île fermée au reste du monde. Il a même été en contact avec l'anthrax. Résultat : il a survécu après un coma de trois jours. «Je ne me souviens de rien... J'ai perdu ces trois jours-là de ma vie...»

L'ancien militaire âgé de 86 ans raconte que les gens craignaient les soldats comme la peste lorsqu'ils débarquaient en permission à Montmagny. «Ils ne savaient pas ce qui se passait sur l'île et s'imaginaient toutes sortes de choses», mentionne celui qui a pu visiter, vendredi, la petite chambre qu'il a occupée pendant 18 mois, en 1943-1944, dans l'hôtel de deuxième classe, bâtiment toujours inaccessible aux visiteurs. «Ça fait drôle», a-t-il commenté en se remémorant plusieurs souvenirs.

Parmi les rares citoyens de Montmagny autorisés à ravitailler les occupants de La Grosse Île durant l'hiver, le capitaine Joseph Lachance se rappelle avoir traversé par canot à glace une cruche bourrée d'anthrax.

«Bien sûr, on ne savait pas ce qu'elle contenait. Même si on l'avait su, on n'aurait pas eu le droit de le dire», mentionne-t-il dans le documentaire.

Durant la visite de La Grosse Île, les guides ne font qu'une brève mention de cette période mystérieuse. À part le bâtiment de désinfection qui ne présente toutefois aucun artéfact de cette histoire, une grande étable verte construite par les militaires pour servir de poulailler demeure le seul vestige relatant cette époque.

Le projet N, mardi à RDI, 20h. Rediffusion prévue en juillet à Radio-Canada.

 

 

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