Elvis vu par... Elvis!

Martin Fontaine a peaufiné son interprétation du King... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

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Martin Fontaine a peaufiné son interprétation du King depuis plus de 20 ans : d'abord à la barre de la revue musicale Elvis Story, puis dans Elvis Experience, qui recrée un spectacle de Presley à Las Vegas dans les années 70.

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(Québec) Quatre décennies après sa disparition, Elvis Presley continue de fasciner et fait toujours courir les foules. Alors que sera souligné mercredi le 40e anniversaire de la mort du King, son plus célèbre personnificateur québécois, Martin Fontaine, marque le coup avec une version symphonique du spectacle Elvis Experience présentée au Centre Vidéotron. Retour avec notre Elvis local sur quelques chansons marquantes du véritable Presley.

Elvis Experience, ce que le King aurait voulu

Dans la création du spectacle Elvis Experience, Martin Fontaine et son équipe ont trimé dur pour représenter le plus fidèlement possible la période Las Vegas d'Elvis Presley. Au moment de célébrer en mode symphonique la mémoire du King à l'occasion du 40e anniversaire de sa disparition, voilà qu'ils sont contraints de tricher un peu... 

«Elvis n'a jamais joué avec plus que 36 musiciens», reconnaît Martin Fontaine, qui perfectionne son interprétation de Presley depuis plus de 20 ans. «Nous, c'est déjà une première, ajoute-t-il. On invente un peu. Dans mon idée à moi, je pense que c'est un peu ce qu'Elvis aurait aimé faire pour célébrer un événement marquant de sa carrière. S'il s'était rendu à 25 ans de carrière et qu'il avait voulu le souligner, par exemple. Il aimait les choses à grand déploiement.»

Sur la scène du Centre Vidéotron, mercredi, Martin Fontaine sera entouré de 80 musiciens et choristes pour rendre hommage au King, 40 ans jour pour jour après son décès. Une façon de remercier le public pour son soutien, note l'interprète, et une première qui pourrait se reproduire si l'occasion de faire revivre les arrangements signés William Martin se représente. «Pour le moment, c'est un one-shot-deal. Mais une fois qu'on va avoir les feuilles de musique et qu'on va l'avoir déjà fait, on ne sait jamais...» laisse entendre Martin Fontaine.

Elvis Presley... - image 2.0

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Elvis Presley

Le palmarès de Martin Fontaine

Elvis Presley, Martin Fontaine l'a étudié sous toutes ses coutures pour en venir à porter pendant une quinzaine d'années le spectacle Elvis Story, un survol de la carrière du King, puis Elvis Experience, centré sur ses années à Las Vegas et qui a déjà 250 représentations au compteur. À l'occasion du 40e anniversaire du décès de Presley, notre expert québécois du roi du rock'n'roll a dressé un palmarès personnel de ses chansons. 

Q La plus marquante pour vous?

R If I Can Dream. Ça demeure pour moi la chanson la plus significative de son oeuvre. Il l'a chantée pour clore son [émission] 68 Comeback Special. On a l'image en tête, avec le gros Elvis écrit en rouge en arrière et lui habillé en blanc. C'est une chanson gospel qui est un gros rayon d'espoir. C'était à l'époque où Martin Luther King et Bobby Kennedy ont été assassinés. If I Can Dream, c'était un grand vent d'espoir. Je pense qu'Elvis n'a jamais été aussi intense dans une chanson, aussi émotif. Et après avoir chanté cette chanson-là, il a dit que plus jamais il n'allait chanter dans un film une chanson à laquelle il ne croit pas. En plus, c'est une mélodie très belle, une énergie très poignante et un très beau message. S'il devait n'en rester qu'une, pour moi, ce serait celle-là. 

Q Son meilleur slow?

R Moi, j'aime beaucoup Are You Lonesome Tonight? Il y a quelque chose de très vieillot dans cette chanson-là. Je trouve ça pur. Un peu grand-maman!

Q Un trésor un peu méconnu?

R Kentucky Rain. C'est une chanson méconnue, mais très belle. Priscilla [Presley] m'a déjà dit que c'est sa chanson préférée qu'on fait dans le spectacle. On ne la fait pas si souvent, on la fait en alternance avec d'autres pièces. Elle est magnifique, les arrangements sont beaux. 

Q Les arrangements les plus originaux ou surprenants?

R Il y en a trois qui me viennent en tête : The Impossible Dream, You Don't Have to Say You Love Me et What Now My Love. Elles sont grandioses, elles sont big. Et ce sont toutes des chansons que je vais faire dans le spectacle symphonique, justement à cause de leurs arrangements. 

Q La plus difficile à chanter?

R Ça demeure aussi The Impossible Dream et What Now My Love. À cause du registre et à cause de l'émotion qu'il faut garder. Par exemple, What Now My Love, ça commence très, très bas, très dramatique, et ça monte très haut à la fin. Ça prend de la technique. Mononcle a travaillé fort, disons! Le rendre live, c'est ça qui est difficile. Tu veux l'avoir aussi juste que possible. Ça demande de la dextérité vocale. 

Q La plus agréable à chanter?

R Des fois, on dirait que ça me chatouille le palais tellement c'est le fun. Il y en a beaucoup qui sont le fun à chanter parce qu'elles groovent et moi, je suis un gars qui bouge... Burning Love, par exemple, j'aime bien ça chanter ça. 

Q Le plaisir coupable?

R J'aime bien Hound Dog. Je ne m'en tanne pas. C'est le fun, c'est deux couplets. C'est la même affaire tout le temps. Mais ça marche. Et peut-être aussi Love Me. C'est une toune un peu prévisible et ringarde, mais la mélodie est belle et elle est le fun à faire. Et c'était une des chansons préférées d'Elvis, justement. Il l'a faite presque toute sa vie. 

Q L'hymne rassembleur?

R Suspicious Minds. Sans aucun doute. Je la fais tout le temps : dans mes petits shows avec les Porn Flakes, avec Elvis Experience, je la faisais avec Elvis Story. C'est la toune qu'on se fait demander dans les mariages. C'est le party assuré. Juste avec le rythme, tout le monde veut chanter, tout le monde bouge. Sans équivoque, c'est la plus rassembleuse, toutes catégories confondues!

Q Un succès dont vous vous êtes lassé, mais que vous n'avez pas le choix de faire?

R La chanson obligée, que j'ai appris à aimer en cherchant l'émotion sous tous les angles, c'est My Way. Pour moi, c'est le kitsch total, même si Elvis la faisait d'une manière superbe. Elle a peut-être été un peu galvaudée. Tous les mononcles de ce monde veulent la faire. C'est dur d'arriver avec quelque chose de nouveau avec ça. 

Q Un incontournable dont Elvis lui-même s'était lassé?

R Il y en avait plusieurs. Mais il était obligé de donner aux gens ce qu'ils voulaient entendre. Des affaires comme Heartbreak Hotel, Teddy Bear ou Blue Suede Shoes, sans doute qu'il aurait aimé s'en éloigner pour aller plus vers les If I Can Dream de ce monde. Toutes les tounes à la Hound Dog, il avait sans doute fait le tour, mais il n'avait pas le choix de les faire. Et il ne les a jamais vraiment revirées à l'envers, ces chansons-là. La seule chose qu'il faisait, c'était de les jouer hyper rapidement ou d'en faire des versions abrégées. Merci, bonsoir, on passe à autre chose!

Elvis en mai 1977, quelques mois avant sa... (Archives AP) - image 3.0

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Elvis en mai 1977, quelques mois avant sa mort

Archives AP

Toujours des visées internationales

Au printemps 2015, Martin Fontaine a réalisé un rêve en présentant une série de représentations d'Elvis Experience au Westgate de Las Vegas, là où le King lui-même s'est produit des centaines de fois dans les années 70. Cette résidence arrivait alors que le casino souhaitait mettre en valeur l'héritage de Presley et une imposante exposition qui se voulait permanente avait été inaugurée au même moment. Les choses ont toutefois tourné au vinaigre : faute d'achalandage, l'expo a été fermée quelques mois plus tard et une bataille légale s'est enclenchée entre les gestionnaires du Westgate et ceux d'Elvis Presley Enterprises, qui chapeautaient l'exposition. Martin Fontaine ne perd toutefois pas espoir de retourner faire vivre son Elvis dans la ville du vice et ailleurs sur la scène internationale. Reste à trouver les bons partenaires. «On est à monter une équipe pour travailler sur le développement international, confirme-t-il. Il y a un gros potentiel pour l'étranger. Il suffit d'avoir la volonté et d'avoir l'équipe. Oui, on a toujours nos canons vers Vegas. Comment et quand ça va se faire? Je ne sais pas. Mais le Canada, les États-Unis et l'Europe, ce sont des marchés à court et moyen terme, c'est sûr.»

Repiquer Elvis à l'oreille

William Martin, directeur musical d'Elvis Experience Symphonique... (Le Soleil, Erick Labbé) - image 5.0

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William Martin, directeur musical d'Elvis Experience Symphonique

Le Soleil, Erick Labbé

Pas évident de faire des arrangements symphoniques pour les chansons d'Elvis Presley. Les partitions sont introuvables et les enregistrements de ses spectacles à grand déploiement ne sont pas toujours de la meilleure qualité. «Il faut tout repiquer à l'oreille», raconte William Martin, directeur musical du spectacle Elvis Experience Symphonique

Si vous le cherchez pendant le concert, ne le confondez pas avec Joël Thibault, qui agit comme chef d'orchestre. Trouvez plutôt le grand barbu à la basse. Si vous regardez attentivement, vous  constaterez même que c'est lui qui donne le signal de départ pour chacune des chansons, grâce à une oreillette discrètement nichée sous sa perruque.

«En regardant les vidéos des spectacles, on n'arrivait jamais vraiment à savoir comment ils partaient les tounes, mais ça partait toujours un peu croche. Elvis avait l'air d'y aller selon son inspiration, puis la section rythmique suivait... Ça ne pouvait pas vraiment se faire comme ça aujourd'hui. On a décidé de faire un compromis», explique William Martin.

Le bassiste a intégré l'équipe de Martin Fontaine au début des années 2000, pour Elvis Story. À temps perdu, il a suivi des cours au Berklee College of Music à Boston, si bien qu'il a été promu directeur musical pour Elvis Experience, dont il a signé les arrangements. Sans partitions... «Elles doivent exister quelque part, mais on ne les a jamais trouvées. Et pourtant, on a fait beaucoup de recherches», signale l'arrangeur, qui a été agréablement surpris par la richesse musicale des «années Las Vegas». «À l'époque, Elvis était la grosse vedette mondiale et était entouré des meilleurs musiciens, des meilleurs compositeurs, des meilleurs auteurs... Ça paraît lorsqu'on regarde sa musique de près.»

En se familiarisant avec le répertoire de Presley, il a constaté que plusieurs pièces comme Welcome to My WorldImpossible DreamWhat Now My Love, You've Lost That Lovin' Feelin' ou Kentucky Rain, avaient une dimension orchestrale grandiose : «C'est tout un art d'orchestrer des chansons pop, parce que ce sont des histoires qui nous sont racontées très vite, en trois minutes. Il faut que tout soit efficace. Je n'ai jamais trouvé qui a fait les arrangements originaux, mais je lui lève mon chapeau, c'était vraiment très bien fait.»

70 musiciens, un gros luxe 

À l'apogée de sa carrière, Elvis était accompagné de 26 musiciens. Pour Elvis Experience, M. Martin a dû trouver le moyen d'obtenir la même ampleur avec seulement 18 instrumentistes. Les 70 musiciens d'Elvis Experience Symphonique constituent donc un gros luxe. «On peut doubler et tripler les sections. J'ai pu ajouter toutes les couleurs possibles», note-t-il. Cette expansion grandiose a été d'autant plus agréable que ce sont les musiciens de l'Orchestre symphonique de Québec qui sont venus grossir les rangs. «On ne fera qu'une ou deux pratiques, mais avec des musiciens de ce calibre, ce sera vraiment fantastique», indique M. Martin.

Si Elvis n'a jamais joué avec un orchestre symphonique de son vivant, le Royal Philharmonic Orchestra vient toutefois tout juste de faire paraître l'album Elvis Symphonique, pour souligner les 40 ans de sa mort. Le projet a été porté par Priscilla Presley, qui avait peut-être, qui sait, accès aux fameuses partitions introuvables... Josianne Desloges

Vous voulez y aller?

  • Quoi: Elvis Experience Symphonique
  • Quand: mercredi à 20h
  • Où: Centre Vidéotron
  • Billets: 70,50 $
  • Info: www.lecentrevideotron.ca




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