L'opéra Louis Riel: des airs tendus vers le dialogue

Le baryton Russel Braun (deuxième à partir de... (Michael Cooper)

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Le baryton Russel Braun (deuxième à partir de la droite) incarne Louis Riel, tandis que la soprano Simone Osborne (à droite) incarne Marguerite Riel.

Michael Cooper

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Cinquante ans après sa création, l'opéra Louis Riel d'Harry Somers et Movor Moore revit sous la férule du metteur en scène Peter Hinton. Après avoir été présenté à Toronto et à Ottawa, le spectacle sera la pièce de résistance du Festival d'opéra de Québec, qui commence lundi. Sa version 2017, revue et repensée, inclut, en plus du choeur parlementaire et du choeur métis, un Assemblée de la terre muette, composée d'interprètes autochtones. Plusieurs artisans et artistes d'origine amérindienne prennent part à cette nouvelle mouture qui sera chantée en anglais, français et cri (en plus d'un dialogue en michif). Tous évoluent autour de la figure légendaire du leader métis, incarné par Russell Braun, y compris la soprano Simone Osborne, qui tient le rôle de sa femme, Marguerite. La chanteuse inuite Elisapie Isaac se joint également à la distribution de Québec. Entrevues.

  • Russell Braun (Louis Riel)
Le baryton ontarien de 51 ans l'admet d'emblée : il ne connaissait pas Louis Riel.

À sa décharge, l'artiste a grandi en Allemagne, avant de rentrer au pays avec ses parents, à l'âge de 17 ans, et de poursuivre ses études de ce côté-ci de l'Atlantique.

«Mais encore là, je n'ai jamais vraiment entendu parler de lui dans quelque classe que ce soit...» affirme-t-il.

En fait, c'est au moment de devenir le parrain du poupon d'un couple d'amis (la maman porte le patronyme de Riel) qu'il a découvert le personnage, il y a une quinzaine d'années.

«Elle m'a raconté les grandes lignes de son parcours, mais sans plus», se souvient celui qui a, en héritant du rôle-titre de l'opéra, creusé un peu plus pour s'en faire une meilleure idée.

Or, tout en effectuant toujours en parallèle ses propres recherches sur les personnages qu'il se prépare à incarner, Russell Braun se fie d'abord et avant tout à la vision qu'en ont développée les compositeur et auteur. Dans le cas de Louis Riel, le baryton s'est donc imprégné essentiellement de ce que Harry Somers et Mavor Moore ont cherché à faire ressortir de l'homme à travers leur oeuvre, en plus d'échanger avec le metteur en scène Peter Hinton et les membres autochtones de l'équipe de création.

«Je ne me demande jamais vraiment ce que je peux apporter à un personnage. Je préfère m'effacer derrière ce que les compositeurs et poètes ont à dire par leur oeuvre, confie-t-il. Somers et Moore révèlent notamment à quel point Riel était tiraillé par son rôle de leader des Métis, par la conscience qu'il avait de son importance.»

Vocalement, cela rend sa présence sur scène d'autant plus exigeante, «en terme d'intensité et de portée».

Pour les besoins du dialogue inédit inclus dans la nouvelle production, Russell Braun a également dû apprivoiser le michif (le mélange de cri et de français que parlait Riel).

«Je n'avais jamais eu à relever un tel défi, de changer de langues comme ça au sein d'une même oeuvre!»

Car en fonction des gens (sa femme Marguerite, l'évêque Bishop ou Sir John A. Macdonald, par exemple) auxquels il s'adresse, son Louis Riel passe du français à l'anglais ou au michif.

«Chaque fois que j'ouvre la bouche pour chanter ou parler dans une langue ou dans l'autre, j'ai l'impression d'exprimer les différentes facettes de l'homme, du politicien, du chef qu'il était.»

Au final, en héritant de ce rôle, Russell Braun n'a pas tant l'impression d'avoir «appris une leçon d'histoire» sur Louis Riel que de le «connaître» de l'intérieur.

«C'est ça, le pouvoir de l'art! Nous n'offrons pas de réponses autant que nous soulevons des questions. Contrairement à la politique, disons...» fait-il valoir d'un ton où perce une légère pointe d'ironie, à l'autre bout du fil.

  • Simone Osborne (Marguerite Riel)
Dans l'ombre du monument que demeure encore aujourd'hui Louis Riel se tenait une femme : Marguerite. Qui l'a suivi à Batoche, «au lieu de rester seule derrière avec leurs enfants dans les montagnes du Montana», précise Simone Osborne, qui prête voix et corps à la jeune Métis (elle a tout juste 20 ans quand elle épouse Riel, «un homme complexe, déjà un héros aux yeux de plusieurs») sur scène.

«On connaît peu Marguerite, toutefois. Il n'existe que de très rares et très vagues descriptions d'elle dans les documents d'archives et je n'ai eu accès qu'à deux photos pour me faire une idée de ce à quoi elle ressemblait, relate la soprano. On dit qu'elle avait une forte personnalité, qu'elle était très intelligente, mais c'était aussi une femme plutôt discrète, qui n'avait absolument rien d'une diva.»

Avoir aussi peu de détails pour étayer la femme qu'elle incarne dans Louis Riel relève de l'exercice aussi délicat que motivant.

«Quand je joue Violetta [dans La Traviata], par exemple, je peux en faire la soubrette que je veux en lien avec les intentions du metteur en scène. Mais interpréter un personnage historique, qui a réellement existé, vient avec la responsabilité d'être crédible et respectueux dans la façon de lui donner vie sur scène. C'est encore plus vrai pour Louis Riel, qui aborde un pan controversé de notre passé.»

Collègues autochtones

Au cours des mois de préparation, Simone Osborne s'est entre autres tournée vers ses collègues autochtones pour mieux cerner les enjeux mis de l'avant dans l'opéra.

De plus, elle a pu compter sur l'acteur d'origine crie Billy Merasty (qui tient le rôle du chef des Cris des plaines, Poundmaker) pour non seulement apprendre, mais comprendre le texte de la chanson Kuyas qu'elle chante en cri lors du troisième acte.

«Je suis habituée à apprendre de nouvelles langues», soutient celle qui, en plus de l'anglais et du français, maîtrise l'italien, l'allemand, le russe et le tchèque.

«Cette fois, il était cependant très important pour moi de bien saisir toute la portée du propos de cette pièce. Parce que je ne suis pas autochtone et que je devais m'approprier un chant de deuil nisga'a [le chant de Skateen] qui, à l'origine, n'était pas censé être interprété en public.»

La controverse perdure d'ailleurs à propos de ce chant originellement enregistré - «en pleine censure du potlatch», rappelle Simone Osborne - par Marius Barbeau en 1927, retranscrit par Sir Ernest MacMillan, puis inclus par Mavor Moore et Harry Somers dans le libretto de Louis Riel en 1967, sans l'autorisation de la Nation nisga'a.

«Je ne peux qu'imaginer ce que les représentants du peuple Nisga'a ont pu ressentir en entendant l'opéra, eux à qui on avait carrément interdit de chanter, danser et créer pour préserver et partager leur culture...» mentionne la trentenaire dont la branche maternelle de la famille a fui l'Iran pour s'installer au Canada.

Pour Simone Osborne, la reprise de Louis Riel permet donc que «toutes les voix se fassent entendre afin que la discussion puisse s'élargir et inclure chacun».

Et Marguerite ne s'avère «peut-être pas le plus grand rôle que j'ai eu à défendre en 10 ans de carrière, mais assurément le plus signifiant» clame-t-elle fièrement.

***

Vous voulez y aller?

  • Quoi : Louis Riel
  • Quand : Les 30 juillet, 1er et 3 août, 20h 
  • Où : Grand Théâtre de Québec
  • Billets : de 82 à 145 $
  • Info : billetech.com




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