Pierre Lapointe: cultiver l'ambigu

Le nouveau spectacle de Pierre Lapointe, Amours, délices... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Le nouveau spectacle de Pierre Lapointe, Amours, délices et orgues, suscite un mélange de tendresse, d'adhésion, de plaisir et de perplexité.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) CRITIQUE / Ambigu. C'est vraiment le mot qui définit le mieux, bien que sans l'englober complètement, le nouveau spectacle de Pierre Lapointe. L'artiste brouille les pistes et joue les mixologues en combinant le sucré, l'amer et une flopée d'ingrédients disparates. Le résultat suscite un mélange de tendresse, d'adhésion, de plaisir et de perplexité.

Amours, délices et orgues est à la fois une expérience, un exposé, un tour de chant, une tribune et une installation performative. Alors que les concepteurs, qui sont aussi les interprètes, s'activent à tout préparer sur scène, la voix de la metteure en scène Sophie Cadieux se fait entendre pour présenter tout le monde, et la machine humaine se met en marche.

Jean-Willy Kunz est à l'orgue, Vincent Legault à la programmation et à la guitare, Florence Blain Mbaye au hautbois, Étienne Lepage à l'écriture, Frédérick Gravel aux chorégraphies, Alexandre Péloquin aux éclairages et la designer Matali Crasset à l'environnement scénique. Tous ont toutefois des tâches connexes et forment selon les tableaux un orchestre, un paysage de corps ou manipulent les blocs imaginés par Crasset, qui permettent de créer une scénographie en perpétuel mouvement.

Tout cela est ludique, mais crée un environnement un peu froid, surtout lorsque la scène est traversée de faisceaux de lumière vive. Nous passons sans cesse des deux côtés d'un miroir. L'ambiance est enveloppante et somptueuse pendant la plupart des chansons - «des chants mirifiques et un peu sexus», écrit Sophie Cadieux dans le programme - où Lapointe, dans le plus grand dépouillement ou baignant dans les excès sonores (orgue, sons électroniques vibrants et voix robotique et transformée) chante l'amour, le désir, la peine et l'espoir.

Bulles intimistes

Les bulles plus intimistes, où il est seul au piano, appuyé simplement par l'orgue grandiose ou entouré de quelques musiciens, créent les plus beaux moments du spectacle, avec ce segment particulier où danse, éclairage et scénographie se marient, pendant que Kunz joue sur le vrai clavier de l'orgue, plutôt qu'à partir de la console sur la scène.

Lors des monologues, qui deviennent aussi dialogues avec les interventions du comédien Éric Bernier, la scène est totalement éclairée et Lapointe s'adresse directement au public, sur le ton de la conversation ou en laissant les mots couler, comme s'il les savourait ou qu'il nous laissait entendre des pensées inavouables. Ses acolytes l'écoutent ou vaquent à leur affaires comme s'ils étaient en répétition plutôt qu'en spectacle.

L'homosexualité, la célébrité, le regard des autres, l'introspection y sont abordé. On entend alors beaucoup l'écriture d'Étienne Lepage, qui s'amuse à retourner la banalité sur elle-même pour la faire dériver, la tordre et la questionner, semble faite pour Pierre Lapointe. Mais on a un peu l'impression d'assister à deux spectacles, que l'environnement éclaté et la personnalité de Pierre Lapointe ne réussissent pas vraiment à arrimer.

Amours, délices et orgues sera de nouveau présenté samedi au Palais Montcalm (c'est complet), puis du 14 au 17 juin à la Maison symphonique, à Montréal.




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